DIPLAL MAROAM

Dans de nombreux pays à travers le monde, un mécontentement populaire latent gagne du terrain et s’exprime parfois par des manifestations, pacifiques ou violentes, afin d’attirer l’attention du pouvoir public pour revendiquer une meilleure qualité de vie des citoyens. Le dernier rapport de l’Ong britannique Oxfam, publié à l’occasion du sommet de Davos en janvier dernier, indique que la concentration de la richesse mondiale s’est davantage accentuée durant l’année écoulée ; désormais, seulement 26 personnes les plus riches de la planète possèdent autant de richesses que la moitié la plus pauvre de l’humanité. C’est effectivement cette inégalité effroyable et dangereuse qui est à la base de l’outrancière compétition pour les ressources disponibles. S’installe alors la loi de la jungle où les plus forts – du point de vue des moyens financiers, bien entendu – arrivent toujours à s’en sortir alors que les plus faibles trébuchent et chutent irrémédiablement en cours de route. Ainsi, une proportion importante de la population dans de nombreux pays est privée de ressources de base alors que certains amassent des fortunes sans que cela soit lié au mérite, à l’ardeur, au travail ou au talent.

Dans les crises d’aujourd’hui, l’activisme financier n’est certainement pas le seul en cause ; les dérèglements de l’économie et la défaillance de la politique y ont leur part. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’insurrection des « Gilets Jaunes » en France (est-ce le précurseur d’une mouvance globale ?), mouvement apolitique soutenu, selon les sondages, par une majorité des Français. Troublé manifestement par la tournure que pourraient prendre les événements, Emmanuel Macron a pris certaines mesures populaires, comme le rehaussement du SMIC et multiplie les rencontres au niveau des régions pour tenter de rassurer ses concitoyens, particulièrement ceux au bas de l’échelle. Mais est-ce vraiment suffisant pour renverser la vapeur ?

Sur tous les continents, les tensions sociales et économiques deviennent palpables. Voulant impérativement passer à autre chose, les gens réclament un changement d’orientation de la politique actuelle, ce quitte à installer aux affaires des dirigeants aux intentions imprévisibles et inavouables à l’instar d’un Donald Trump aux États-Unis avec son slogan nationaliste “America first”. C’est toujours cette même soif du changement qui avait incité les Britanniques à voter pour le Brexit en 2016. Réalisant maintenant les conséquences désastreuses que pourrait entraîner un tel projet, nombreux sont ceux qui revendiquent un second référendum pour tenter d’annihiler le premier. Exaspéré par l’alternance gauche-droite qui n’a rien apporté de bon au niveau de la qualité de vie, un nombre grandissant de la population européenne se tourne vers les partis extrémistes qui ont connu ainsi une montée fulgurante ces dernières années.

À Maurice, bien que bon nombre de nos concitoyens affichent une aversion marquée à l’égard de la classe politique, force est de constater toutefois que c’est le phénomène du communalisme et la pratique des faveurs qui, dans une grande mesure, maintiennent toujours une certaine adhésion au niveau des partis. Pourtant, la stagnation épouvantable dans laquelle est embourbé notre pays aurait dû susciter une sérieuse prise de conscience au sein de l’opinion publique, car phagocytant considérablement la qualité de vie de la population. À la Santé, par exemple, perdurent les mêmes casse-tête des années 80/90 : cartes perdues, attentes interminables, appareils manquants ou défectueux, médecins arrogants et impolis, pénurie de médicaments, diagnostics approximatifs comme les bébés siamois qui n’ont pu être détectés par l’échographie, entre autres. À l’Éducation, les enfants demeurent toujours les éternels cobayes des dirigeants politiques. Ce qui fait qu’une élève de 11 ans devrait voyager des dizaines de kilomètres, quittant sa maison à 5 heures du matin à Goodlands pour arriver au collège à l’heure à Pailles. Que dire du problème de “law and order” sinon que le gouvernement est contraint d’installer 4 000 caméras sophistiquées sur tout le territoire pour suppléer à une force de l’ordre léthargique et démissionnaire. Pouvons-nous encore longtemps nous complaire à une situation si ubuesque pour ne pas dire révoltante ?