Deux sujets d’importance nationale, évoqués à l’Assemblée nationale, risquent de déborder le simple cadre de l’hémicycle. Compte tenu de la convocation d’une séance parlementaire pour vendredi à l’initiative du Premier ministre et Leader of the House, sir Anerood Jugnauth, pour débattre du rapport du Select Committee Bodha sur la retransmission en direct à la télévision des débats à l’Assemblée nationale, Lalit soutient que le gouvernement se doit de compléter l’Unfinished Business avec l’introduction du kreol morisien par la grande porte de l’hémicycle. C’est ce qui ressort d’une lettre signée de Rada Kistnasamy au nom de Lalit et déposée au Prime Minister’s Office dans la matinée.
L’autre dossier à portée politique d’envergure, soit la réforme électorale, suscite déjà de vives réactions dans le camp de Rezistans ek Alternativ, dénonçant les « delaying tactics » du gouvernement de l’Alliance Lepep avec la proposition en vue d’instituer un comité ministériel pour revoir toute question de l’introduction d’une dose de représentation proportionnelle ou encore l’élimination de la déclaration ethnique des candidats aux élections générales. Dans les deux cas, la solution passe par des amendements à la Constitution à être adoptés par l’Assemblée nationale.
Dans la correspondance adressée au Premier ministre, Lalit rappelle que dès décembre de l’année dernière, aussitôt après l’installation du gouvernement de l’Alliance Lepep, « we wrote to call on you to bring in a simple constitutional amendment to allow the language of the people, Mauritian Kreol, to become joint (with English) medium in the National Assembly. In that letter we referred to the fact that you already intended for live MBC-TV broadcasting of Parliament, which makes the introduction of the language people understand more pressing. »
Justifiant l’urgence de l’introduction officielle du kreol morisien lors des débats parlementaires, Lalit avance qu’en sus que le « kreol is the main language of lepep », une majorité de deux-tiers de la population, soit 67 %, sont en faveur de l’usage du kreol morisien à l’Assemblée nationale même si 18 % sont foncièrement contre ; cette langue est également enseignée à l’école avec la Kreol Unit du Mauritius Institute of Education préparant des manuels à cet effet. A cela, Lalit ajoute qu’une orthographe nationale existe et que « official communiqués by Ministries and written versions of Ministers’Speeches are already in Mauritian Kreol ».
L’introduction du kreol morisien à l’Assemblée nationale devra permettre à la grande majorité de Mauriciens de suivre les débats se déroulant au sein de cette instance. « We call on your Government to introduce a Bill for a Constitutional Amendment, as part of the discussion of the plan to broadcast live. This way the Official Languages of the National Assembly become both English, as it is at present, and Mauritian Kreol, while French can still, as it is now, be used for addressing the Chair », suggère Rada Kistnasamy en formulant le libellé de l’amendement constitutionnel à cet effet.
Lalit se dit également conscient que l’usage officiel du kreol morisien à l’Assemblée nationale nécessite une période d’adaptation, notamment le recyclage linguistique des membres du personnel du secrétariat du Parlement de même que la traduction de la Constitution, d’Erskine May : Parliamentary Practice et des Standing Orders au cours des prochains six mois. « The Speaker and Deputy Speaker will need to set up a small committee of lexographers with knowledge of both English and Kreol, to discuss « Parliamentary » and « unparliamentary language. We maintain that the process of decolonization and further democratization will also be a unifying factor for ‘the people’ of the country », conclut Lalit.
Entre-temps, au moins huit parlementaires ont signifié leur intention de participer aux débats de vendredi avec la présentation de la motion inscrite au nom du Premier ministre en vue de l’adoption de la motion pour la retransmission en direct des débats de l’Assemblée nationale. Ce ne sera nullement une surprise de voir le leader de l’opposition, Paul Bérenger, secondant cette motion dans la conjoncture. Les autres intervenants devraient être le ministre de l’Infrastructure publique, Nando Bodha, qui a présidé le Select Committee, le ministre de la Santé, Anil Gayan, Shakeel Mohamed en tant que chef de file du Parti travailliste, Alan Ganoo, le leader du Muvman patriotik, et Rajesh Bhagwan, dont la première interpellation de la présence session en début d’année a fait revivre ce Select Committee.
Avec l’adoption de la motion de vendredi, il faudra compter un délai, jusqu’à la fin du premier semestre de l’année prochaine, pour le Live and Direct from the National Assembly. D’abord, le Standing Committee, prévu dans le rapport du Select Committee Bodha, devra être mis sur pied en vue de définir les modalités de l’entrée des caméras de télévision en direct au sein de l’hémicycle. Ensuite devront intervenir le recrutement des membres de la Production Unit et le budget pour l’acquisition des équipements et le fonctionnement.
Les débats sur la réforme électorale débordent le cadre de l’hémicyle après la Private Notice Question (PNQ) du leader de l’opposition d’hier. Réagissant aux échanges intervenus au sein de l’hémicycle, Rezistans ek Alternativ, qui a été au premier plan du combat de la réforme avec l’élimination du communalisme dans le système électoral, a remis les affaires en perspective en soulignant que « se viktwar desiziv Rezistans ek Alternativ divan United Nations Human Rights Committee ek liminans Constitutional Challenge Rezistans ek Alternativ ki pu pran on Merits dan Lakur Siprem Mardi 3 novam 2015, ki finn pus Paul Berenger akse so PNQ yer ».
Michel Chiffonne et Ian Jacob, deux représentants de Rezistans ek Alternativ, dénoncent le manque de sérieux du gouvernement à ce sujet. « Le gouvernement de sir Anerood Jugnauth adopte la même posture que celui de Navin Ramgoolam, soit des Delaying Tactics, ziska ki pa fer nanyen de sibstansyel ek dirab ». Rezistans ek Alternativ compte solliciter le concours du United Nations Human Rights Committee pour relancer tout le débat sur la réforme électorale.
Rezistans ek Alternativ s’insurge également contre la position du Premier ministre « lor lefet ki li pe atann Case Rezistans divan Lakur Siprem le 3 Novam avan ki li pran enn desizyon, demontre enn iresponsabilite extraordiner. Ki stand Leta pu pran dan Lakur Siprem le 3 Novam ? Eski li pu defann obligasyon deklarasyon kominal, apre ki MSM inn vot pu abolisyon sa obligasyon-la ek plizyer kandida MSM, i-konpri Pravind Jugnauth, ti opte pu pa fer okenn deklarasyon kominal ? »
Les animateurs de Rezistans ek Alternativ s’en prennent personnellement à sir Anerood pour son refus d’envisager un système électoral moderne, débarrassé de tout communalisme avec un approfondissement de la démocratie et une dose de représentation proportionnelle, ou encore Shakeel Mohamed, présenté comme faisant partie des « politsiyen aryere ek lezot ki pe rod re-kominaliz sistem elektoral ek pei an antye, par reklam re-introdiksyon resansman kominal popilasyon pou bann bezwen politik ».
En tout cas, le mérite reconnu de Lalit et de Rezistans ek Alternativ, même s’ils sont en dehors de l’Assemblée nationale, consiste à contribuer de manière significative aux débats d’importance nationale…