Ce 12 novembre 2015 restera toujours gravé dans ma mémoire. Contrairement à mes habitudes, je me suis réveillé plus tôt que prévu. En arrivant dans la cuisine, ma femme me dit : « Roby nous a quittés. » J’ai pris du temps pour comprendre le fond de ces paroles. Mais après, c’était comme-ci le ciel m’était tombé sur la tête et dès lors les images de Roby défilaient devant moi. Je compris alors comment cette perte était pour moi inestimable.
Roby Bathfield, qui a vécu pendant 33 ans, soit presque la moitié de sa vie à Baie-du-Tombeau, est un personnage très respecté par la communauté chrétienne. C’était un prêtre qui a marqué le coeur de beaucoup de paroissiens de par sa façon d’inculquer les paroles de l’Évangile. Il savait convaincre les plus difficiles par des explications simples, mais pertinentes et de nombreuses familles, dont la mienne, ont adopté, grâce à lui, une perception différente de l’Église catholique.
Aujourd’hui, les chrétiens de la paroisse pleurent son départ subit et se sentent un peu orphelins de père. Roby était comme un père pour nous tous. Il savait nous encourager dans des moments difficiles et trouvait toujours le mot juste pour nous réconforter. S’il serait long et futile d’élaborer sur le travail qu’il a fait pour toute la paroisse de Baie-du-Tombeau, faisons ressortir qu’il aidait en premier les plus pauvres comme ses propres enfants. C’est par lui que l’entraide scolaire a embryonné dans la paroisse et aujourd’hui, plus de 75 jeunes ont pu poursuivre leurs études universitaires et beaucoup aujourd’hui ont réussi à trouver un bon emploi. De plus, il a su encourager les paroissiens à venir en aide aux plus pauvres en mettant une boîte de contribution à la porte de l’église pendant les messes dominicales. Grâce à cette initiative, beaucoup de familles pauvres parviennent à subvenir à leurs besoins.
Roby aimait ses paroissiens, la preuve : en revenant de Rodrigues, il a passé ses dernières heures avec ses amis de Baie-du-Tombeau. La veille de sa mort, il a rendu visite à son grand ami Miracho Cassimally et sa femme Georgette. En voyant la statue de la Vierge dans la cour, il a dit à Georgette : « La Vierge pleure » et elle lui a répondu : « Mais non », mais lui a persisté : « Si, la Vierge pleure ». Signe prémonitoire ?
En fait, venant d’une famille mélomane, Roby était un fin connaisseur. Il m’a étonné lors de la dernière saison lyrique, lorsqu’il a fait des remarques très perspicaces sur les acteurs en lice. Il a imprimé deux CD de ses chansons avec l’aide de Miracho Cassimally pour une levée de fonds en faveur de la reconstruction de l’église de St-Malo. Il a aussi été le précurseur de la construction de l’église du Bon Pasteur, qui se trouve près du Dockers Flat. Cette nouvelle église aidait ceux qui ne pouvaient voyager jusqu’à St-Malo pour pratiquer leur religion.
Ce serait, comme je disais, long d’énumérer ses accomplissements. Je voudrais profiter pour présenter mes sincères condoléances à toute la famille de Roby et ainsi qu’à ceux qui sont attristés par son départ.
Je terminerai enfin par un témoignage personnel. Lors d’une session de travail pour les équipes Notre Dame, il m’a dit ces quelques mots, qui ont pour moi aujourd’hui une grande valeur : « François, ta femme tu dois l’aimer comme Dieu nous aime. Quand tu es près d’une montagne, tu ne réalises pas comment sont sa beauté et sa splendeur, quand un jour vous serez loin l’un de l’autre, alors vous tomberez des nues devant l’éclat et l’immensité de cette beauté. Aujourd’hui, je peux chanter comme le dit Jean Ferrat : que la montagne est belle. »