Sir Satcam Boolell, décédé le 23 mars 2006, aurait fêté ses 95 ans aujourd’hui. Né le 11 septembre 1920 sur la propriété de Gros Billot, situé entre Rose-Belle et New-Grove, et cadet d’une fratrie de trois frères et trois soeurs, Sir Satcam Boolell retourne à Maurice en 1952 après avoir entrepris des études de droit. Il se joint à la politique active dès 1953 et se fait élire membre de l’Assemblée législative la même année.
Décrit par ses pairs – qui l’ont côtoyé des années durant – comme un vrai patriote, un homme de principe et de valeurs, Sir Satcam Boolell a été et restera avant tout un grand tribun du Parti travailliste et une figure historique de la politique locale de par sa contribution sur le plan social et économique. Il aura joué, rappelons-le, un rôle clef en tant que ministre de l’Agriculture dans l’accord de Lomé I et II mais également au moment de la signature du Protocole sucre. Il s’est ardemment battu pour que Maurice fasse partie du quota sucrier pour le marché européen.
Ayant servi le gouvernement de Maurice, en plusieurs occasions comme ministre de l’Agriculture, pendant plus de 20 ans, mais aussi comme Ministre de l’Education, de l’Economie, de la Justice, comme « Deputy Prime Minister » et en tant que haut-commissaire de Maurice à Londres (1996 à 2001), Sir Satcam Boolell a su maintenir une simplicité et une accessibilité certaine, en particulier auprès de ses mandants qu’il recevait chez lui à la rue Bancilhon à Port-Louis ; des visiteurs « from the powerful and well-heeled rich to the rags and bones of the deprived » qu’il accueillait sous un « pie Bilinbi » selon certains témoignages que nous avons recueillis.
Mais beaucoup, surtout ceux dans l’arène politique, conserveront le souvenir d’un Sir Satcam intègre et loyal, le sens politique vissé au corps. Un homme au sourire ironique, cynique même, mais doté d’une tendresse, attachant, qui aimait passionnément la vie. Une vie qui se résumait à sa passion pour la politique, à laquelle il imprimait le rythme du sacrifice et de la patience.
Intègre et loyal, parce qu’il n’a jamais laissé tomber le Parti travailliste et Sir Seewoosagur Ramgoolam même si se présentaient à lui d’alléchantes opportunités de devenir Premier ministre par le biais des stratégies de vote de « no confidence » pour faire tomber le gouvernement d’alors et prendre la place de SSR… Eh oui ! Une offre qu’il a maintes fois déclinée « parce qu’il n’y avait pas de raison valable pour se séparer de Ramgoolam » ; puisque pour Sir Satcam « si nous tombons, ce sera tout le monde, ensemble, et avec honneur ». Une notion de loyauté qui de nos jours en politique est toute relative puisqu’elle est devenue comme une « red light city » avec les alliances qui se font et se défont à volonté.
Il est vrai qu’en 1982 Sir Satcam prit un certain recul du Ptr par principe à travers un mouvement de protestation pour faire plier ceux (non-travaillistes) qui voulaient s’approprier le parti, et qui après six mois ont capitulé pour réclamer son retour. Il ne baissera pas les bras et ne se laissera point séduire par d’autres partis politiques, en particulier quand il subissait un déficit en popularité ou encore quand Sir Seewoosagur Ramgoolam lui-même commençait à vaciller selon certains aînés.
Ayant croisé au cours de sa carrière les chemins de grands tribuns tels que Sookdeo Bissoondoyal, Beekrumsing Ramlallah, Fernand Le Clézio ou encore Guy Rozemont – raison pour laquelle il a intégré le Parti travailliste – Sir Satcam Boolell a conservé ses principes de loyauté, de sincérité et de sacrifice transmis par les fondateurs du Ptr. Des principes qui se désintègrent petit à petit et qui doivent être évoqués avec insistance par des piqûres de rappel : le parcours de Sir Satcam Boolell comme celui de tant d’autres tribuns et géants de la politique mauricienne afin de contrecarrer tous ses couplets moralistes à deux balles et les ambitions malsaines de certains loups. L’objectif final étant de faire revivre les véritables valeurs essentielles d’une politique saine et sincère.