« 80% des cas de cécité peuvent être évités s’ils sont dépistés et soignés à temps », c’est que qu’indique le Dr Hassenjee Daureeawoo, Consultant in Charge de l’hôpital ophtalmologique Soobramanien Bharati de Moka. Trois types de maladies des yeux sont les plus courants à Maurice, susceptibles d’entraîner une perte irréversible de la vue si elles ne sont pas soignées précocement. Il s’agit de la cataracte, du glaucome et de la rétinopathie diabétique. Selon une étude du ministère de la Santé, presque la moitié des patients (45 %) de l’hôpital de Moka sont des diabétiques. Des maladies infectieuses de l’oeil comme le chalazion qui affecte les glandes à l’intérieur des paupières, l’ulcère de la cornée et la conjonctivite constituent également le quotidien des ophtalmologistes.
630 patients sont traités chaque jour à l’hôpital ophtalmologiste. L’établissement accueille annuellement 219 750 malades. Le Dr Ramesh Ramlugun, Surintendant de l’hôpital de Moka, et le Dr Daureeawoo expliquent lors d’un entretien avec Le Mauricien comment l’on peut préserver sa vue avant qu’il ne soit trop tard. « Nous pouvons donner un traitement pour éviter que les lésions ne deviennent irréversibles », indique le Dr Daureeawoo. Le Dr Ramlugun constate néanmoins que le dépistage est le parent pauvre de l’ophtalmologie à Maurice. « Les gens attendent d’avoir des complications graves pour venir à l’hôpital », note le Dr Daureeawoo. « Dans ces cas, même une opération ne pourra les guérir. Ils doivent se faire dépister et soigner tôt », poursuit-il. « Mais quand on dit aux gens qu’ils doivent subir une intervention au laser ils ont peur et ne reviennent pas car au stade précoce de la lésion ils voient encore bien », constate-t-il.
2 500 interventions au laser
Chaque année, entre 2 000 et 2 500 patients sont traités au laser à Moka. Un nouvel équipement, le PASCAL argon laser permet de traiter la rétine chez les diabétiques, ainsi que d’autres pathologies comme un trou dans la rétine ou une congestion veineuse, indique les deux principaux responsables de l’hôpital de Moka. « Nous recommandons aux Mauriciens d’aller faire des tests dans les services de dépistage de la rétine qui existent maintenant à travers l’île dans les hôpitaux régionaux et des médicliniques », exhorte le Dr Daureeawoo.
40 opérations de la cataracte sont pratiquées chaque jour dans cet établissement au moyen de la technique Phaco, une chirurgie non-invasive sans point de suture. « Cette technique permet une récupération rapide du patient car il peut reprendre son travail deux semaines après l’intervention », indique le Dr Daureeawoo. La cataracte, explique-t-il, est diagnostiquée quand la lentille naturelle de l’oeil devient opaque au lieu d’être normalement transparente. Le chirurgien enlève sous anesthésie locale la lentille et la remplace par un implant. La cataracte affecte les personnes de plus de 50 ans. Néanmoins elle peut toucher des jeunes y compris des nouveau-nés pour cause congénitale. Actuellement 1 200 à 1 300 patients sont sur la liste d’attente pour une opération de la cataracte. La durée de l’attente est de trois mois contre un an auparavant, précise le Dr Daureeawoo.
Autre maladie des yeux : le glaucome est une tension oculaire d’origine héréditaire qui doit être dépistée impérativement à partir de l’âge de 40 ans. L’hôpital de Moka dispose d’un nouvel équipement digital qui permet de prendre la tension oculaire sans douleur et sans toucher l’oeil au moyen d’un tonomètre par pulsion d’air. Grâce au dépistage précoce, la tension de l’oeil peut être contrôlée et évitée par une prescription de gouttes oculaires ou traitée par une chirurgie au laser.
Les infections des yeux constituent une autre catégorie d’affection couramment traitée à Moka. La plus grave d’entre elle, l’ulcère de la cornée, requiert l’hospitalisation du patient. Maladie très douloureuse et courante, elle se manifeste par une rougeur de l’oeil, des paupières gonflées et une baisse de la vision. Elle est traitée par des injections d’antibiotique dans l’oeil, explique le Dr Daureeawoo. Autre affection répandue : le chalazion, qui contrairement à l’orgelet du bord de la paupière, se situe à l’intérieur de celle-ci en bouchant les glandes. Son traitement nécessite une incision sous anesthésie locale et la prescription de gouttes oculaires. 40 à 60 cas de chalazion sont opérés chaque semaine à Moka.
La conjonctivite virale est quant à elle une infection bénigne mais contagieuse, qui connaît des pics saisonniers. Les médecins recommandent des règles d’hygiène, le repos chez soi afin d’éviter toute propagation de l’épidémie sur le lieu de travail et à l’école.
Plus sérieux, les traumatismes peuvent provoquer une perte irrémédiable de l’oeil. Les ouvriers, les soudeurs, les travailleurs agricoles sont les plus exposés et doivent porter des lunettes et équipements de protection.
Les agriculteurs courent le risque pendant la coupe d’avoir un duvet dans l’oeil. Il en résulte alors une infection redoutable due à des champignons qui endommagent la cornée. Les enfants quant à eux sont victimes de blessure à l’école causée par des crayons et des plumes. Par ailleurs, les blessures aux yeux ont beaucoup diminué, nous dit le Dr Daureeawoo depuis le port obligatoire de la ceinture de sécurité.
Les infections et les traumatismes
44 greffes de la cornée ont été réalisées à Moka avec le concours du Lions Club. La majorité des patients souffraient de kératocome, une dégénérescence génétique de la cornée, d’opacité de la cornée due à des traumatismes et d’infection sévère. « C’est seulement un petit pourcentage de patients qui ont une greffe », indique le Dr Daureeawoo. Des procédures ont été enclenchées pour l’achat d’un nouvel équipement grâce à un don du Lions Club pour la chirurgie et le traitement de la « macula », une membrane de la rétine. Les tumeurs de l’oeil, très rares, affectent les nourrissons et les jeunes enfants entre 0 et 5 ans. L’hôpital de Moka a aussi une antenne à l’hôpital de Crève-Coeur à Rodrigues. À Moka, l’on accueille aussi des patients comoriens qui y sont opérés gratuitement suite à un protocole entre les gouvernements de Maurice et des Comores. Des opérations de strabisme chez les enfants sont aussi pratiquées à Moka lors des séjours dans l’île de spécialistes de Genève, de France et du Pakistan. La prescription de verres de myopie et d’hypermétropie notamment est effectuée par des opticiens uniquement pour les patients recevant une allocation de la Sécurité Sociale.