PADMA MOULIN-UTCHANAH

Si la nouvelle de la rénovation de l’Hôtel de Ville de Curepipe est accueillie comme un grand soulagement pour bon nombre de Mauriciens et surtout de Curepipiens, je reste pour ma part un peu sur la réserve. Ce sentiment doit également être partagé par les amoureux du patrimoine, car on ne badine pas avec la restauration des monuments historiques !!!

Tout d’abord, quand on parle de patrimoine, le mot rénovation est à proscrire car, dans le lexique patrimonial, « rénover » signifie remettre à neuf un bâtiment ou un objet jugé vétuste, alors que la restauration consiste à réparer une œuvre d’art, un monument, et ce en respectant l’état primitif et le style originel. Reste le deuxième point, et pas des moindres, le choix de l’architecte qui supervisera le chantier. La restauration est attribuée au constructeur RBRB et cela a pris effet à partir du 4 février. Ce qui me rend perplexe, c’est la spécialisation de l’architecte. Il est impératif que le maître d’œuvre soit spécialisé en patrimoine. Il ne suffit pas d’être architecte pour mener à bien la restauration d’un monument historique. Le spécialiste en ingénierie patrimonial entreprend un travail de fond en se documentant sur des faits historiques et en s’appuyant également sur des photos d’archives. Il doit respecter un cahier des charges précis. Est-ce que l’architecte de RBRB Construction Ltd en question répond bien à tous ces critères ?

De même le parqueteur (professionnel dans la fabrication, la pose, l’entretien et la réparation du parquet) doit respecter et maîtriser la technicité de l’œuvre originale de La Malmaison. Le parquet de cette belle demeure a-t-il été posé « à l’anglaise ou à la française » ; « en damier » ou « en point de Hongrie » ? Le carrelage ou le marbre seront-ils réhabilités à l’identique ? L’artisan menuisier doit reproduire et se soumettre aux exigences du bois utilisé initialement. Tous les amoureux du patrimoine s’accorderont à dire qu’il faut être méticuleux, scrupuleux, et qu’en matière de restauration de monuments historiques ou de tout autre chef-d’œuvre ancien, chaque détail compte, même le moindre pigment a une importance capitale. On ne fait pas du rafistolage. On ne fait pas dans « l’à-peu-près ». Il s’agit là d’un travail d’orfèvre. Cela reviendrait à dire que si demain il fallait restaurer la magnifique fresque de Michel-Ange « la Création d’Adam » dans la chapelle Sixtine au Vatican, on ferait dans « l’à-peu-près » ? Ce serait un ‘blasphème’ patrimonial !

Par ailleurs, de nombreuses questions restent en suspens :

1) Y avait-il des tapis dans La Malmaison ?

2) Allons-nous retrouver les mêmes appliques murales ?

3) Où sont passés les meubles d’époque ?

4) Où sont ces grands miroirs d’antan ?

5) Allons-nous retrouver les mêmes lustres qui jadis émerveillaient nos fêtes ?

6) Les moulures et les corniches seront-elles reproduites avec la même exactitude ?

Comment savoir ce qu’il y avait à l’intérieur si aucun état des lieux n’a été fait publiquement jusque-là ? Comment savoir si des objets d’époque n’ont pas été dérobés ou ne se sont pas volatilisés dans la nature ? Comment savoir si chaque détail dans la restauration sera respecté dans les règles de l’art ? Le maire de Curepipe avec le concours du ministère de la Culture aurait dû créer un site internet, où l’état des lieux serait affiché en toute transparence ainsi que des photos avant et après travaux.

Rs 140 millions, voilà la somme que coûtera la restauration de cette demeure. À ce prix-là, les citoyens ont le droit d’exiger un travail d’excellence. La transparence est de mise. Le constructeur RBRB se doit de fournir les meilleurs ouvriers sortis tout droit des meilleures institutions, par exemple des architectes en patrimoine formés à l’École de Chaillot, à Paris. Au vu de ces millions, La Malmaison doit retrouver sa splendeur d’antan à l’identique. Au vu de ces millions, les contribuables méritent qu’on les respecte.