Vashil Jasgray

C’est en 1983 qu’a eu lieu la première édition de la Journée Mondiale du Travail Social. Elle est célébrée à travers le monde le 21 mars. À cette occasion, Stéphanie Calou et Vashil Jasgray, respectivement Social Worker chez Lovebridge et manager de T1Diams, racontent la profession qu’ils ont choisie. Au-delà d’un engagement, ces deux jeunes diplômés souhaitent que ce métier ne soit pas perçu comme un travail bat bate lor terin ou de bénévolat. Car il est rémunéré et comporte plusieurs tâches, des responsabilités et des opportunités d’évolution de carrière.

Stéphanie Calou

Vendredi, bientôt 16h. Alors que certains se préparent à terminer leur semaine de travail, Stéphanie Calou entre dans la maison d’une des familles qu’elle suit actuellement pour l’ONG Lovebridge. Elle est attendue et accueillie. Elle discute de tout et de rien : la chaleur, le dîner qui sera préparé, les ti-news de la semaine. C’est après s’être assurée que tout le monde va bien et qu’il n’y a pas d’urgences à traiter que la Social Worker sort un dossier de son sac. La jeune femme connaît presque tout sur cette famille. Dans l’intimité de la maisonnette, beaucoup de choses sont confiées. Les difficultés, les incertitudes et les autres secrets dont on hésite à parler aux autres. Mais la barrière a été franchie par Stéphanie Calou. Grâce à la relation de confiance construite depuis plusieurs mois, on discute carte sur table.

Tous les jours de la semaine, Stéphanie Calou consacre une à deux heures à chacune des dix familles en période d’essai. La jeune femme de 28 ans peut aussi les voir en dehors des heures spécifiques pour les accompagner dans différentes démarches administratives. Mais son travail ne s’arrête pas là. Ayant été recrutée par l’ONG pour développer le réseau de Grand-Port, elle passe aussi une bonne partie de son temps assise derrière un bureau pour assurer d’autres responsabilités et tâches : staff meeting, time frame, suivi des projets, évaluation, plaidoyer et connexion des familles vers les services sociaux…

“Enn travay sa ?”

C’est aussi un peu le quotidien de Vashil Jasgray, manager de T1Diams. Dès qu’il franchit la porte de son bureau, le jeune homme fait le tri du travail à faire, classant les tâches par ordre de priorité. Trouver une solution aux problèmes demande des recherches, un sens de l’organisation, des analyses, des discussions, des réflexions. Souvent, cela prend bien plus qu’une simple journée de travail pour y parvenir. Pas de quoi le décourager. Au contraire, c’est ce qui l’a poussé dans ce choix de carrière.

Accompagner des personnes en difficulté, être à l’écoute, constituer des réseaux de solidarité, créer des liens, monter des projets, mais aussi conseiller, informer : le travail social revêt plusieurs aspects. Cela nécessite un investissement personnel important, avec des aptitudes et des capacités physiques, morales et émotionnelles fortes. Certaines perceptions subsistent. Stéphanie Calou se souvient de ce que des proches lui ont dit quand elle a annoncé son choix de carrière : Enn travay sa ? Faut-il dépenser de l’argent et aller faire de grandes études pour faire du social ? Al mars-marse lor sime, al koz ek ed dimounn dan site : kouma to pou viv ?”

Les travailleurs sociaux occupent une place importante dans la société. Tout n’est pas rose, mais les travailleurs sociaux continuent néanmoins à exercer leur métier, le plus souvent par vocation, avec passion et dévouement. “C’est un travail noble. Tu ressens une satisfaction indescriptible quand tu parviens à faire quelque chose, même un petit rien, et que cette personne te remercie ou te donne une bénédiction. Cela est plus gratifiant que le salaire. Le social est devenu un vrai métier où on peut mettre en avant notre personnalité, nos talents et nos compétences au service des autres”, confie Vashil Jasgray.

Acteurs du changement.

Chaque individu a certes les capacités d’aider, mais Stéphanie Calou souligne que la formation compte dans ce métier. “Elle permet d’avoir toutes les clés en main quand on se retrouve sur le terrain. Je suis consciente que de nombreux travailleurs sociaux ont tout appris sur le tas. Il est vrai qu’on apprend des choses qu’on ne trouvera jamais dans les livres et les leçons, mais les choses ont évolué et certaines situations sont très compliquées.” Un point de vue que partage Vashil Jasgray. Il ajoute que les travailleurs sociaux sont des acteurs du changement. Leur rôle et leurs actions dépassent largement le cadre du bénévolat et de l’entraide. Chaque jour, ils sont amenés à lutter contre les exclusions et la précarité, à soutenir les jeunes en difficulté, à favoriser l’accès de tous aux droits fondamentaux, à prévenir la délinquance, à restaurer le lien social. Ils sont aussi là pour permettre à ceux qu’ils encadrent de préserver ou de recouvrer leur autonomie. “Pour cela, il faut être à la fois sur le terrain et dans un bureau. Mais il ne faut pas oublier que nous n’avons pas de super-pouvoirs et que nous devons aussi collaborer avec d’autres acteurs économiques, politiques, et des bénévoles.” Le réseau de contact de ce trentenaire, ses références, voyages, rencontres et nombreux awards (Chevening of the Year 2016-2017, Commonwealth Point of Light 2018 par la reine Elizabeth, Most Inspirational Leader de l’Université de Bradford en 2016-2017) sont des atouts qu’il ne cesse de mettre au profit de ceux qu’il aide depuis ses débuts comme Social Worker en 2009.

“Mo la pou zot”.

Depuis le jour où elle a eu le déclic en croisant la route d’une Social Worker venue aider sa jeune sœur, l’intérêt de Stéphanie Calou pour ce métier est demeuré intact. “J’ai fait le bon choix et je n’ai aucun doute de pouvoir m’épanouir dans ce métier que nous faisons tous avec un amour sans limite. J’encourage d’autres à nous rejoindre sans hésitation. Aujourd’hui, c’est à mon tour de contribuer pour qu’une personne aille mieux. Un jour, elle sera aussi en mesure de rendre service à une autre personne.”

Les notes obtenues lors des assignments de la semaine sont plus ou moins satisfaisantes. Ses conseils de révisions auprès de la jeune bénéficiaire commencent à porter ses fruits. Dans son dossier, la Social Worker sort une fiche pour un autre membre de la famille qui veut se lancer dans une plantation agricole. En attendant de réaliser son projet, Stéphanie Calou lui a trouvé une formation en home gardening. Avant d’entamer son week-end et de s’adonner à ses passe-temps – cuisine, plage, musique, road trip –, elle revoit les derniers détails concernant la suite des démarches de permis d’étal dans le marché, ainsi qu’une visite médicale fixée dans les jours à venir pour la mère de famille.

Il est bientôt 18h. Stéphanie Calou s’en va, en rappelant aux membres de la famille : “Pa ezite pou telefone, mo la pou zot.” De son côté, Vashil Jasgray va à la rencontre des membres de son club Rotaract de Mahébourg pour faire le point concernant les enfants de la Learning Zone de Le Bouchon et sur la phase de développement de la Music Academy et le projet d’Adult Literacy. Au passage, il ne manquera pas de faire un saut à la Plaine Magnien Youngster Academy, qu’il a créée “pour encourager des jeunes à faire du volontariat et organiser des activités afin d’éviter qu’ils ne se retrouvent sur de mauvaises pentes”.