Photo illustration Source: Clarksville Now

Une vague de chaleur remarquablement intense et précoce – symptôme sans équivoque du réchauffement climatique – s’installe sur l’Europe, avec des records de chaleur attendus dans certains pays d’ici à la fin de la semaine.

En France, le thermomètre est monté jusqu’à 31,3°C à Paris lundi après-midi. 37°C ont été atteints à Carpentras (sud). Le mercure va continuer de grimper mardi. 35 à 40 degrés sont attendus sur la grande majorité des régions. Localement, des températures de 41 à 42 °C seront observées mercredi à Clermont-Ferrand (centre) par exemple, selon Météo France.

« Je suis une personne âgée, donc je reste à la maison », a expliqué à l’AFP Mireille Soler, une Marseillaise de 80 ans. « Je bois beaucoup, je me rafraîchis. Mais c’est inquiétant ces températures, on se demande ce que ça va donner pour les prochaines années ».

« Les vagues de chaleur sont le marqueur du réchauffement » planétaire, résume Jean Jouzel, ex-vice-président du Giec (experts climat de l’ONU), et « clairement le diagnostic est qu’elles vont devenir plus précoces, plus intenses, plus fréquentes ».

L’institut climatologique spécialisé de Potsdam a indiqué que les étés les plus chauds en Europe depuis l’année 1500 avaient tous été relevés au cours du XXIe siècle: par ordre décroissant, 2018, 2010, 2003, 2016 et 2002.

En France par exemple, ces 30 dernières années ont vu deux fois plus de vagues de chaleur que la période antérieure, et leur fréquence devrait encore doubler d’ici à 2050, souligne l’organisme national de la prévision.

En 2016 et 2017, ce fut en juin et en septembre, et on pourra à l’avenir les attendre de fin mai à début octobre, débordant la seule période estivale.

Alors que la France garde en mémoire la canicule de 2003 qui avait provoqué une surmortalité de 15.000 personnes, le président Emmanuel Macron a souligné que « tout le gouvernement » était mobilisé.

A Paris, un « nouveau dispositif » pour les véhicules polluants sera mis en place, avec un déclenchement « beaucoup plus rapide » de la circulation alternée face aux pics de pollution, a indiqué mardi le gouvernement.

Le réchauffement climatique va générer des besoins en énergie accrus, pour les climatiseurs notamment, de +25 à +60% d’ici le milieu du siècle, selon une étude parue lundi.

La demande en énergie pourrait croître d’un quart, même si le réchauffement était limité. Cette hausse atteindrait 58% si les émissions de gaz à effet de serre gardaient leur trajectoire présente.

De quoi alimenter encore plus le dérèglement du climat si cette énergie devait venir de sources fossiles (charbon, gaz ou pétrole), note l’étude parue dans Nature Communication.

– « Ilots de chaleur » –

« Ilots de chaleur », les grandes villes souffriront particulièrement, pour cause de sols bétonnés, du manque d’arbres et des activités humaines.

Dès lundi, Anne Sophier Viger, une Parisienne de 30 ans, jupe et haut sans manches, a tenté d’acheter un ventilateur. « Mais il n’y en avait plus! », dit, mi-amusée, mi-agacée, la jeune femme qui travaille dans le secteur des assurances.

« Je crains particulièrement la nuit, pendant la journée j’ai la clim au travail… je vais continuer à chercher pour essayer de dormir au frais! », explique-t-elle à l’AFP.

Ventilateurs et climatiseurs sont particulièrement prisés, et les piles d’appareils disposés dans les magasins d’électro-ménager sont prises d’assaut et dévalisées en quelques instants. De même, les queues s’allongent devant les magasins de glaces.

Sur l’esplanade du Trocadéro, les touristes se protégeaient avec des parapluies en guise d’ombrelles et des chapeaux pour admirer la Tour Eiffel.

La Belgique a quant à elle émis un avertissement « forte chaleur », prévoyant « des maxima jusqu’à 34 ou 35 degrés » à partir de mardi, selon l’Institut royal météorologique.

L’Allemagne pourrait connaître elle aussi en milieu de semaine des températures parmi les plus élevées jamais enregistrées depuis plus de 70 ans, le record en juin remontant à 1947, avec 38,2° relevés à Francfort.

En Autriche, les autorités ont mis en garde contre les risques d’intoxication au monoxyde de carbone, en lien avec l’usage de climatiseurs et d’extracteurs d’air dans les logements.

Plusieurs personnes ont dû être hospitalisées ces dernières semaines après avoir utilisé leurs chaudières à gaz pour se doucher sans avoir préalablement coupé ces équipements, qui provoquent une légère dépressurisation et favorisent un reflux de CO dans les habitations.

En Espagne, l’agence météo Aemet a déclenché une alerte « vague de chaleur » à partir de mercredi, prévoyant des températures de jusqu’à 42°C dans le nord-est du pays.