Avec la fin du moratoire sur l’application de la Landlord and Tenants Act 2005, prévu pour décembre prochain, les commerçants appréhendent une hausse excessive du loyer. Selon le Front commun des commerçants, les prix ont déjà été libéralisés depuis 2005, comme confirmé en réponse à une question parlementaire récemment, en dépit du moratoire. Avec la conjoncture économique difficile, le front prévoit que plusieurs commerces devront fermer boutique.
La Landlord and Tenants Act avait été revue en 2005 afin d’introduire un nouveau cadre pour la location de bâtiments à usage commercial. Toutefois, la loi n’a pas été mise en application immédiatement, et ce afin d’accorder du temps aux petits commerçants de prendre leurs dispositions face aux nouvelles réglementations. La fin du moratoire, prévue pour décembre, laisse toutefois planer le doute chez les locataires.
Selon le Front commun des commerçants, ce changement s’opère dans un contexte difficile. « L’économie est au point mort. La population n’a pas d’argent. Les magasins peinent à survivre. Beaucoup doivent fermer à peine quelques mois après leur ouverture », relève Raj Appadu, président du front.
De son côté, Ismed Abdoollah, secrétaire, souligne qu’en dépit du moratoire, les prix des locations ont déjà été libéralisés depuis 2005. « Il y a eu une augmentation entre 500% à 2 000% dans plusieurs cas. Cela a été confirmé en réponse à une question parlementaire. Les propriétaires de bâtiments profitent déjà de la nouvelle loi. On aurait dû maintenant permettre aux opérateurs économiques de travailler. Mais avec la fin du moratoire, nous craignons une nouvelle vague de libéralisation. »
Ainsi, le front a fait une demande pour prolonger le moratoire. Ses représentants affirment que plusieurs lettres ont été envoyées au ministre des Terres et du Logement, Showkutally Soodhun, sans aucune réponse. Avec les nouvelles augmentations à venir, les commerçants craignent que beaucoup doivent fermer boutique. « Il y a déjà des membres, dont le loyer est aujourd’hui de Rs 8 000 et Rs 12 000, qui ont été avisés que celui-ci passera à Rs 40 000, Rs 50 000. Beaucoup vont devoir fermer. Ce qui va entraîner automatiquement des pertes d’emplois. Ce sera une catastrophe humaine », estime Raj Appadu.
Devant le silence de Showkutally Soodhun, les commerçants se tournent vers le Premier ministre, Pravind Jugnauth. Le front souligne également que le gouvernement a supprimé les “trade fees” de moins de Rs 5 000 pour une période de trois ans afin de promouvoir les PME. Dans cette conjoncture, il estime que « toute nouvelle hausse de leurs coûts d’opération avant cette date ne serait pas souhaitable ».
Les commerçants estiment que le gouvernement devrait attendre la relance économique avant de permettre toute augmentation. « On sait tous qu’avec la situation actuelle, les gens n’ont pas d’argent à dépenser. Même les centres commerciaux, qui attirent la grosse foule, ne tiennent qu’à leur “food courts”, et non pas aux magasins. Beaucoup ont d’ailleurs fermé. De même, des complexes dans les centres-villes sont presque vides aujourd’hui. »
Le front commun dénonce également la pratique de certains propriétaires de bâtiments, qui « commercialisent plusieurs emplacements avec un seul permis », ajoutant : « On divise un seul espace en plusieurs échoppes. Nous invitons la municipalité à ouvrir les yeux sur cette pratique. »
Le front prévoit un grand rassemblement de tous les commerçants de l’île pour décider de la marche à suivre. « Beaucoup de villes sont touchées, beaucoup d’arcades ont fermé. Il y a un nouveau phénomène : il y a de petits commerces contraints de fermer à peine deux mois après l’ouverture. Or, les propriétaires réclament trois à six mois de location à l’avance. »
Alors que le gouvernement prévoit de gros chantiers dans le pays, le front est d’avis que les commerçants mauriciens n’ont rien à y gagner. « Les compagnies de construction indiennes ou chinoises viennent ici avec tous leurs matériaux. Ils ne vont pas acheter à la quincaillerie du coin. »
Le front estime que si le gouvernement ne trouve pas une bonne formule pour relancer l’économie, les commerces continueront à souffrir. Il prévoit que la fermeture des magasins pourrait entraîner la perte de quelque 7 000 emplois.