Dans un rapport publié fin de l’année dernière, les Nations unies, s’appuyant sur les conclusions des experts du GIEC, nous donnaient 12 ans pour agir afin de prévenir une catastrophe climatique, soit de maintenir le réchauffement sous la barre des 1,5°C. Pour autant, tous ne sont pas de cet avis, qualifiant ce dernier rapport de beaucoup trop optimiste, revoyant dès lors l’estimation du temps qu’il nous est accordé pour réduire notre empreinte carbone à 5 ans et même, pour d’autres, à 2 ans seulement. Un constat que l’on peut aisément comprendre, sachant en effet que le monde a déjà gagné 1°C et que cette élévation de température aura provoqué davantage de précipitations et de cyclones dévastateurs, en sus d’un net rétrécissement de la banquise et d’une acidification des océans, entre autres choses.

Mais après tout, qu’importent les chiffres. Que l’on adopte le point de vue du GIEC ou celui d’experts indépendants, au final, ne change pas grand-chose. Le monde continue de se réchauffer, laissant présager une augmentation de catastrophes dont l’intensité, elle aussi, sera progressive. Sans compter qu’en annonçant des échéances trop lointaines, l’on pourrait être tenté de repousser une énième fois nos actions à plus tard. Au final, ce n’est pas 12 ans qu’il nous reste, pas même 2, ni même 2 secondes si l’on se veut réaliste. Notre engagement, celui que nous avons pris à Paris en 2015, et que nous avons réitéré aux COP suivantes, c’est dès aujourd’hui qu’il faut le matérialiser. Car le CO2 que nous avons émis jusqu’ici restera de toute manière fixé pour des décennies encore dans l’atmosphère, avec pour conséquence un inéluctable emballement climatique. En outre, plusieurs facteurs n’ont pas suffisamment été pris en compte par les experts du GIEC, voire carrément ignorés. Nous pourrions ainsi citer le cas des nuages bas, ceux-là même qui nous protègent le plus du rayonnement ultraviolet et qui, si nous continuons sur notre lancée, pourraient voir leur couverture largement réduite, favorisant ainsi une hausse additionnelle des températures, allant même jusqu’à atteindre une élévation de 8°C. Il en est de même du CH4 (méthane), dont personne ne parle quasiment et qui, pourtant, participe plus qu’activement à ce phénomène climatique.

Une question demeure : comment, à notre niveau, pouvons-nous réduire notre impact carbone sur la planète ? Pour le commun des mortels, c’est une évidence : le CO2 étant directement associé à notre consommation énergétique, il nous suffit de la réduire. De même, il n’est un secret pour personne que l’industrie du transport contribue grandement au réchauffement. Mais il est un autre acteur du dérèglement climatique que la plupart d’entre nous ignorent : l’élevage. Il faut en effet savoir que la consommation de viande est excessivement néfaste pour la planète, celle-ci étant même considérée comme la principale cause du réchauffement climatique. Ah bon ? Ben oui !

La viande, c’est un fait, reste bien ancrée dans nos traditions alimentaires. Or, le problème, c’est que sa consommation entraîne une augmentation croissante du nombre de cheptels à travers la planète. Selon de récentes statistiques, 25 milliards de poulets, 1,5 milliard de vaches et un milliard de moutons et de cochons seraient en effet actuellement élevés, avec pour seul dessein de finir dans nos assiettes. Avec de douloureuses conséquences pour le climat, souligne par ailleurs une étude de la FAO, rappelant que 83% de la surface agricole terrestre est utilisée pour l’élevage (zones de pâturage et production de céréales pour nourrir le bétail). Les terres venant à manquer à cette fin, il faut donc en trouver d’autres, ce qui explique l’ampleur de la déforestation. Un seul chiffre suffit pour s’en convaincre : 91% des terres « soustraites » de la forêt amazonienne servent aux pâturages ou à la production de soja (pour nourrir le bétail). Et comme on le sait, qui dit moins d’arbres, dit aussi moins d’absorption de dioxyde de carbone. À cette problématique, l’on doit de plus ajouter les déjections de ce même bétail, qui libère ainsi une énorme quantité de méthane dans l’atmosphère. Lequel gaz, pour rappel, a un « pouvoir réchauffant » 30 fois plus élevé que celui du CO2. Pour résumer, les animaux et l’agriculture destinée aux cheptels contribuent à hauteur de 15% des émissions de gaz à effet de serre, ce qui représente plus que les émissions de CO2 liées à l’industrie mondiale du transport (voitures, avions, cargos…).

La solution à cet épineux problème apparaît donc d’elle même : nous devons réduire notre consommation de viande, voire carrément la bannir. Sans élevage intensif, l’on pourrait alors récupérer l’équivalent de la taille du continent africain, ce qui pourrait alors servir à la plantation de fruits, légumes et céréales, en sus de permettre l’émergence de nouvelles forêts. Seulement, et alors seulement, nous pourrions nous permettre un léger répit en rendant à la planète une infime partie de ce que l’on lui aura arraché.