Tous les regards sont tournés ces jours-ci vers les femmes à l’occasion de la Journée internationale qui leur est consacrée par l’Onu, célébrée à travers le monde le 8 mars, et ce bien que les célébrations soient généralement échelonnées sur plusieurs jours. À Maurice, cette journée a toujours été un moment fort pour faire le point sur le chemin parcouru dans le développement en matière non seulement des droits des femmes, mais aussi pour le progrès accompli dans le domaine économique et social. Il faut reconnaître que, durant ces 50 dernières années, beaucoup de progrès a été accompli dans le domaine du droit de la femme à Maurice. Si on peut souvent avoir tendance à prendre pour acquis tous les droits dont jouissent les Mauriciennes aujourd’hui, il ne faut cependant pas oublier qu’un grand nombre de facilités obtenues par les femmes sont les fruits d’une longue lutte que celles-ci ont menée elles-mêmes à travers des mouvements de libération et des Ong, mais également par le biais de partis politiques.

C’est donc l’occasion d’avoir une pensée spéciale pour tous ceux et celles qui se sont sacrifiés à travers leurs luttes, manifestations et pressions de toutes sortes pour assurer l’avancement des femmes. Pour prendre un exemple précis, si Maurice est aujourd’hui en mesure de revendiquer, avec une autorité légitime, sa souveraineté sur les Chagos après l’opinion donnée par la Cour internationale de justice, c’est en grande partie en raison de l’engagement des femmes. Souvenons-nous en effet de ces manifestations organisées à Port-Louis essentiellement par les Chagossiennes pour amener le gouvernement d’alors à prendre conscience des conditions dans lesquelles elles vivaient et pour sensibiliser l’opinion publique locale sur leur expulsion de leur archipel. Elles n’avaient pas hésité à affronter les “gardes-bâtons”et à s’engager dans des grèves de la faim afin que leurs droits et leur dignité soient reconnus. Aujourd’hui encore, c’est une femme, en la personne de Liseby Elisé, qui a touché le coeur de tous ceux qui l’ont entendue à travers son témoignage diffusé devant les juges de la Cour internationale de justice à La Haye l’année dernière. L’Union africaine a reconnu qu’elle était, à ce moment précis, la voix de l’Afrique.

Les chefs de missions européennes à Maurice soulignent, et avec raison, dans un message publié le 8 mars, que « malgré les progrès accomplis au cours de ces dernières décennies, les femmes sont encore aujourd’hui trop souvent confrontées aux inégalités dans des domaines clés, tels que le travail, les rémunérations et les processus de décisions ». Maurice n’est pas en reste. Il suffit de voir dans la presse les photos illustrant les manifestations organisées à la suite de la fermeture de l’usine textile de Palmar pour comprendre que les femmes sont les premières victimes de la crise que connaît le secteur manufacturier, dont le textile. Or, le paradoxe veut que la zone franche d’alors et de ses usines textiles a largement contribué à l’autonomisation de la femme à travers l’île. Quelles alternatives offre-t-on à ces femmes aujourd’hui ?

En cette année électorale, la célébration de la Journée internationale de la femme à Maurice prend une dimension spéciale. Aucun parti politique ne lésinera sur les moyens pour gagner le vote des femmes. Hier, c’était le cas pour l’alliance gouvernementale au SVICC, où Pravind Jugnauth n’a pas manqué de souligner que les femmes constituent plus de 50% de la population. Des célébrations seront par ailleurs organisées par tous les partis politiques durant ce week-end.

Puisque tous les hommes politiques, aussi bien du gouvernement que de l’opposition, sont favorables à une égalité homme-femme, on se demande ce qu’ils attendent pour arriver à un consensus en faveur d’une vraie réforme électorale qui permettrait aux femmes d’avoir une meilleure représentation à l’Assemblée nationale. C’est le moment de traduire dans les faits ce qu’ils promettent de faire et de mettre en pratique le slogan “Egalite zom-fam koumans par mwa !”