Les électeurs ont voté le prochain gouvernement. La voix du peuple est celle de Dieu, disait autrefois Sir Anerood Jugnauth, et ne saurait être remis en cause. Xavier Duval, offensé d’être sorti en troisième position dans son fief,  se demande si les électeurs – qui n’ont plébiscité que 13 candidats de l’Alliance Nationale, dont seulement trois du PMSD – ont bien voté. Pourquoi ne pose-t-il pas cette question quand il est élu en tête de liste? Les électeurs ont choisi. Tout au moins ceux qui sont allés accomplir leur devoir civique, au contraire de ceux qui se sont abstenus. Car on l’oublie un peu trop souvent, c’est dans les urnes qu’on fait les élections, pas dans les salons ou sur les réseaux sociaux. Paul Bérenger a déclaré que son parti a été victime du système électoral. En effet, si l’on suit le décompte mathématique, les résultats des élections sont les suivants:
– Le MSM/ML a obtenu 69% des sièges, soit 38, avec 37% des suffrages.
– Le PTr/PMSD a obtenu 23% des sièges, soit 14, avec 32% des suffrages.
– Le MMM a obtenu 13% des sièges, soit 8, avec 20% des suffrages.
Vu sous cet angle mathématique, les suffrages du PTr/PMSD, ajoutés à ceux du MMM et des petits partis, totalisent 63% des votes. Ce qui signifie que s’il est largement majoritaire en termes de sièges au Parlement, le MSM/ML est loin de l’être au niveau de l’électorat et du pays. Mais le système que Paul Bérenger dénonce aujourd’hui existe depuis belle lurette. Il fait partie de la loi électorale avec le Best Loser System et l’obligation au candidat de choisir une origine ethnique, ce qui institutionnalise le communalisme. Une loi qu’aucun des partis qui se sont succédé au gouvernement n’a jugé bon d’amender, en dépit de leurs promesses – faites surtout quand ils sont dans l’opposition. Cette élection a aussi été marquée par le nombre d’électeurs rayés de la liste électorale. Même si ceux qui ont eu la mauvaise surprise de découvrir que leurs noms avaient été rayés de la liste ne représentent que 0,72% du nombre d’électeurs, comme l’a déclaré, sur un ton un peu méprisant, un membre de la commission électorale. Si l’on divise les 6,813 électeurs rayés de la liste par 20 circonscriptions, cela donne 340 votes qui auraient pu modifier les résultats dans les circonscriptions où la différence entre le 3e et le 4e candidat est de seulement quelques dizaines de voix
Les électeurs qui ont choisi l’alliance MSM/ML ont plébiscité le transfugisme politique. Ils ont choisi, parfois en tête de liste dans leurs circonscriptions, des politiciens qui ont changé de camp politique à la veille des élections. Mais il n’y a pas que l’électeur qui semble avoir fait du transfugisme une “valeur” de la politique. La composition du front bench de l’alliance victorieuse aux élections atteste que cette nouvelle “valeur” politique est également prisée par le MSM/ML. Que nous sommes loin du temps où l’on chantait encore “dan lalit péna rékonpens”!  Si, comme le disait autrefois SAJ, “moralité napa rempli ventre”, l’électeur d’aujourd’hui se satisfait facilement d’un petit boutte offert. Selon certaines informations, il y aurait eu de véritables déluges de boutte dans certaines circonscriptions, ce qui expliquerait des classements surprenants pour certains observateurs. Il paraît que des promesses de terres du gouvernement auraient été faites contre des votes et que,  depuis hier, des électeurs qui ont cru dans cette promesse sont allés “choisir” leurs parcelles sur les terres de l’État à Rivière Noire! On gardera surtout de cette 10e élection générale le pitoyable spectacle donné par Navin Ramgoolam dans le centre de dépouillement de la circonscription no.10. En raison de ses exigences quasi monarchiques, le dépouillement censé commencer à 9h a commencé avec six heures de retard. En raison de sa contestation des résultats partiels, alors qu’il était a la 4e place et de son retour après avoir concédé la défaite, il est revenu au counting et ce n’est qu’à 4h30 samedi matin que les résultats ont été proclamés! Son mauvais cinéma, ses accès de colère et d’autorité sont venus démontrer qu’en dépit de sa défaite cuisante de 2014 et sa traversée du désert, celui qui est encore le leader du PTr n’a absolument pas changé. Il a raté sa sortie du centre de dépouillement en étant obligé d’emprunter, sous forte escorte, une porte dérobée.
Pravind Jugnauth a réussi à enlever l’étiquette de “Premier ministre l’imposte”que lui avaient collée ses adversaires. Avec sa victoire électorale, c’est par la grande porte qu’il est entré à l’Hôtel du gouvernement en soulignant qu’il avait un mandat “net et clair.” Est-ce que ce nouveau mandat sera la continuation de ses deux années écoulées au cours desquelles le gouvernement sortant a accumulé les scandales qui l’ont contraint  à rayer de sa liste de candidats la moitié des ministres et députés de sa majorité? Est-ce que Pravind Jugnauth dirigera comme le Premier ministre de tous les Mauriciens ou, comme cela a été parfois ressenti, comme le protecteur de son clan et le chef du MSM? Ou alors, est-ce que Pravind Jugnauth insufflera à son gouvernement une nouvelle manière de fonctionner en rupture réelle avec les pratiques d’un passé récent? L’avenir nous le dira très vite.