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Une ouverture vers l’agriculture organique avec formation à l’appui. Telle est l’orientation de Manoj Seeborun, président de la Falcon Citizen League. Son Ong, qui a ouvert ses portes en 2004, a pour philosophie de se tourner vers une agriculture naturelle, qui ne nécessite l’apport d’aucun pesticide. Il a aussi, comme autre projet, d’introduire la Women’s Farmer’s et le Young Farmer’s, qui inciteraient les femmes et les jeunes à se tourner vers l’agriculture.

« L’UN Family Farming organise un séminaire à Rome en mai autour de l’agriculture familiale. Tous les pays se sentent concernés et il faut inculquer cette notion aux jeunes car, face au changement climatique, l’agriculture a besoin d’un renouvellement et il faudrait aussi que le gouvernement inclue le Family Farming dans son budget, qui serait comme un signal fort pour aider des familles en difficulté », explique Manoj Seeborun.

Fort de son expérience sur le terrain, le président de la Falcon Citizen League a participé, sur invitation, à la 37e session de l’Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE, à Bucarest, en Roumanie, du 18 au 20 mars et participera à l’Assemblée générale de l’Organisation mondiale des agriculteurs, du 20 au 23 mai au Luxembourg. Il fera aussi le déplacement pour assister au lancement mondial de la Décennie des Nations unies pour l’agriculture familiale (2019-2028), qui se tiendra du 27 au 29 mai au siège de la FAO, à Rome, en Italie.

Pour l’interlocuteur, ce séminaire est « porteur ». Il insiste sur le fait que Maurice doive emboîter le pas et aider les personnes défavorisées. « Il faut encourager les plantations dans les cours, offrir un terrain aux personnes défavorisées et leur montrer comment planter pour pouvoir nourrir leurs familles tout en ayant une forme de revenus », explique-t-il.

C’est sur un grand terrain à Bois-Pignolet, Terre-Rouge, réparti en différents secteurs porteurs, dont l’hydroponique, l’apiculture, l’élevage de poissons et celui des vaches, que Manoj Seeborun a mis en place son projet d’agrotourisme. Commençant sur un plan d’hydroponique en 2004, les membres de son association et lui ont, au fil des années, élargi leur champ d’activité.

« J’ai une formation de planteur mais en 2004, il y avait une forte demande pour l’hydroponique. Après concertation avec les membres de la Falcon Farmers, on a décidé de se tourner vers le “bio-farming”. On a aussi travaillé sur un projet d’agrotourisme en vue d’aider les agriculteurs dans leur récolte tout en leur permettant de planter sans avoir recours aux pesticides », a-t-il souligné. Il ajoute : « L’aide de la FAREU, à nos débuts, a été d’un apport considérable. De là, est venue une autre idée de créer la Falcon Peas Model Farm car nous avons constaté que plusieurs planteurs et agriculteurs voulaient une connaissance plus approfondie sur l’“Organic Farming”. L’autre option étant de permettre aux touristes, visitant notre île, de venir à notre ferme située à Community Lane, Bois-Pignolet, Terre-Rouge, et de goûter sur place aux produits du terroir. »

Cohabiter dans un seul espace

Dans sa ferme, Manoj a mis en place 29 variétés de plants. Sa détermination repose sur un axe précis, soit faire de son association un exemple pour ceux souhaitant s’adonner au domaine agricole tout en permettant à ce créneau porteur de venir en aide aux pauvres. « Nous fabriquons notre propre miel et échangeons nos idées avec d’autres planteurs de la région », indique-t-il. Lorsqu’il a démarré son projet en 2004 avec l’hydroponique sur 40 mètres carrés, Manoj et deux autres personnes ont injecté la somme de Rs 100 000 comme “startup”.

Homme de terrain et constamment à l’affût d’idées nouvelles, Manoj Seeborun voit grand à travers l’hydroponique dans un premier temps. Il a aussi inclus dans son calendrier de charte des activités s’articulant autour de l’environnement et qui repose sur le compostage, la récupération de l’eau de pluie, l’utilisation d’engrais et de pesticides naturels et à base de plantes et le recyclage, entre autres. Le rôle de la Falcon Citizen League, dit-il, est d’aider les gens à se prendre en charge au niveau local.

Aujourd’hui, sa serre s’étend sur 350 mètres carrés avec des produits variés en passant par les concombres et les tomates, auxquels viendront s’ajouter des aubergines, des plants de pistaches, des raves, des piments, des laitues et des “arouilles”. « Je suis pour la diversification et pour l’organique car les pesticides génèrent une odeur nauséabonde. Grâce à un expert de l’Inde, ayant mis en place un programme de formation autour de “zero budget natural farming” pour les agriculteurs, on a appris à faire du compost à partir d’excréments et l’urine de la vache. Ces déchets animaliers ont aidé à la composition des engrais plus naturels », explique-t-il.

Manoj Seeborun sollicite ainsi l’aide du Food and Agricultural Research Extension Institute afin de mettre en place le concept “zero budget natural farming”. « Nou finn vilgariz konsep-le avek bann lezot agrikilter », dit-il. En optant pour le nom de Falcon Peas Model Farm pour sa ferme, Manoj Seeborun souhaite que l’agriculture, l’environnement, l’entrepreneuriat et le social cohabitent dans le même espace.

« On fait face à des changements climatiques soudains. L’agriculture peut être affectée par les inondations et la sécheresse. Aujourd’hui, c’est important de se former et de pousser les agriculteurs et d’autres personnes intéressées par l’approche du travail de la terre à participer au développement durable. Les objectifs mis en avant portent sur la réduction de la pauvreté, la protection de l’environnement, le développement agricole et l’entrepreneuriat social », explique-t-il.

Manoj Seeborun s’ouvre également vers l’international et confie qu’en 2016, il a participé à des séminaires comme la COP 21. « J’ai pu créer un bon réseau pour nos Ong avec des organisations internationales », dit-il. En 2017, son organisation prend de l’essor et devient membre de la World Farmers Organisation (WFO) et IFOAM – International. « Cette affiliation m’a permis d’être invité au cours de cette même année à l’Assemblée générale en Finlande, où j’ai eu la possibilité de faire une présentation sur l’agriculture, les coopératives et les agriculteurs de Maurice. La WFO m’a également permis de participer aux séminaires du Comité économique et social européen ACP-UE, à Bruxelles, et au siège de la FAO, à Rome, en tant que membre du panel sur la gestion durable des sols à Maurice pendant le Comité de sécurité alimentaire 44 », avance Manoj Seeborun.

L’an dernier, autre coup de bol pour notre interlocuteur qui se voit invité par la FAO, à Rome, pour contribuer à l’élaboration d’un code de conduite sur les Directives volontaires concernant la fertilité des sols et les utilisations des engrais. « En avril 2018, j’ai été invité à assister à une conférence de la SACAU sur le commerce et à créer des relations avec la FCL. Puis en mai de la même année, j’étais en Russie pour l’Assemblée générale de la WFO, où j’ai été sélectionné par le continent africain pour faire partie du Groupe de travail sur le changement climatique et les coopératives », souligne-t-il.

Il poursuit : « Le Conseil d’administration de la WFO m’a nommé membre du Comité de suivi ACP-UE du Comité économique et social européen (CESE), à Bruxelles, pour une période de trois ans 2018-2020, représentant les agriculteurs. En juillet, j’ai été invité à notre première réunion de suivi ACP-UE à Bruxelles. En septembre, j’étais à Beijing avec la délégation du MACOSS au Festival de la marche et j’ai pu négocier la signature d’un protocole d’entente. En octobre, j’ai été invité avec le président de MACOSS, M. Dana Chengen, à signer le protocole d’accord entre la FALCON Citizen League, le Beijing Science & Technology Vocational College of Agriculture (BSTVCA) et la Beijing Agronomist Society. »

Au mois de novembre, Manoj Seeborun indique avoir été invité à faire partie du panel sur la dégradation, la fertilité et la préservation des sols à Maurice, comme la plantation de mangroves, organisé par le Comité de suivi ACP-UE, en Namibie. « J’ai terminé l’année 2018, par la COP24, en Pologne. J’ai obtenu mon accréditation auprès de la WFO et mon hébergement et mon combat aérien étaient couverts par la Communauté du Pacifique », indique-t-il.

Parmi les activités reliées à la réduction de la pauvreté, Manoj Seeborun parle aussi du concept de “Manze Partaze”, qui vise à partager des excédents alimentaires des hôtels, restaurants et supermarchés, et ce avant leur date de péremption. Notre intervenant insiste sur le fait que “Manze Partaze” a formé des personnes vulnérables à l’agriculture biologique pour qu’elles puissent produire leurs propres aliments, commercialiser les excédents et ainsi obtenir un emploi dans le secteur agricole. « “Manze Partaze” est une bonne initiative de relayer ce surplus d’aliments, qui devaient aller à la poubelle, à devenir un don en partage pour les gens dans le besoin. Il faut générer des prises de conscience sur le gaspillage », estime-t-il.

Manoj Seeborun lance aussi un appel pour qu’une Fédération organique voie le jour. « En 2016, nous avions mis en place une coopérative organique, Falcon Bio Organic Farming Cooperative Society Ltd, et, en 2017, deux membres de la coopérative ont fait le déplacement en Inde pour un stage d’un mois à l’université organique à travers le ministère des coopératives. C’est maintenant que la formation prend son envol avec un certificat organique “MQA approve”. Suite à cela, les autres coopératives, qui font de l’organique, veulent mettre en place une Fédération organique. C’est une option qui reste à être exploitée. J’invite d’autres coopératives à nous rejoindre dans cette ligne de pensée car l’agriculture a d’énormes potentiels qui peuvent être de réelles ressources pour des familles dans le besoin », conclut  Manoj Seeborun.