Concert remarquablement bien présenté le vendredi 20 mars à l’IFM. Le long du Santié Papang, la chanteuse d’origine réunionnaise Maya Kamaty a offert un beau voyage musical entre tradition et new age aux spectateurs. Ici on finit par comprendre Doum Doum bluz Maloya.
La mélodie de cette voix qui flotte sur le bruissement de la maravanne alerte qu’il est déjà trop tard. On ne sortira pas indemne de ce concert amorcé par un Dernié Viraz. Ça commence lentement, dans une ambiance d’envoûtement comme le ferait une déesse indigène en passe de prendre le contrôle de ceux qui l’observent, qui l’attendent. Mon kor i vann, mon lann i rann le charme est instantané tandis que la guitare, le clavier et les percussions restent comme un bruit de fond qui porte la magie de la princesse sauvage. Fantézi pou mon somèy fantézi in larkansiel… et le rythme se déchaîne. Sur la scène de l’IFM samedi soir, Maya s’emporte, ses cheveux volent, elle tape des pieds, la maravanne fait monter une vague qui engloutit l’assistance dans son royaume là où l’on joue en tongs et en sandales.
Il est trop tard, autant se laisser emporter par les flots et prendre tout le plaisir possible dans ce beau voyage au coeur de cette autre musique réunionnaise qui se déroule le long de Santié Papang, l’album lancé par Maya Kamaty il y a quelques mois. Impossible, en effet, de sortir comme on y est entré de cette expérience musicale où le passé se marie au présent avec une souplesse déconcertante. Dans ce Live rodé après la tournée en Europe et ailleurs, Maya Kamaty et ses musiciens maîtrisent la moindre note et toutes les émotions qui vont avec chacune d’elle. Cette musique des îles devient alors universelle. Le créole réunionnais n’est plus barrière. Il bouscule les sentiments, donne envie de danser, d’écouter, de se laisser couler. Ces rythmes anciens qui rejoignent ceux de l’ère électro s’envolent dans des échos qui frappent krik krak si mon po.
Son zié, Santié Papang, Ti brine, Ensam, le voyage le long de l’album se compose de beaux paysages. On s’y perd davantage comme elle dans ces gares, dans ces ports, sur les quais du hasard. Maya Kamaty c’est aussi une belle poésie de mots qui racontent en image. Le poète Michel Ducasse lui signe deux textes et lui fait chanter Écris-moi à l’ancienne/Que je lise entre les lignes/Si les mots font des siennes/Si les phrases rechignent/Le jeu en vaut la chandelle/Quand le désir trépigne/D’impatience rebelle/Et de fautes bénignes. Et Maya Kamaty n’est pas que musique. La chanteuse est aussi une voix. Zanfan n’a besoin d’aucun autre instrument pour prendre par les triples. Woy !
Si elle dessine la nouvelle vague de la chanson française, Maya Kamaty reste aussi profondément attachée à ses racines. D’où cet hommage au symbole du maloya Firmin Viry, tandis qu’un petit détour du côté de Ras Natty Baby sur Mazine ne pouvait que faire du bien.
Maya Kamaty n’est plus fille-de. Elle n’est plus réunionnaise ou artiste des îles. Artiste complète, elle confirme son style, affirme sa personnalité et laisse faire son charisme de chanteuse universelle. Après avoir joué l’album en boucle, on a adoré traverser Santié Papang en live.