Puneet Arora, responsable du segment Railway Systems,: « Cette “last mile connectivity” est essentielle pour augmenter le nombre de passagers dans le métro ».

Le manque de main-d’œuvre appropriée, l’absence d’ingénieurs à Maurice et la situation géotechnique du pays sont autant de Challenges auxquels la firme Larsen & Toubro, qui boucle la première phase du projet Metro Express, aura été confrontée. Des carences qui auront pesé sur le budget de l’entreprise, qui estime qu’un pays s’engageant dans un tel projet doit au préalable avoir une population d’au moins 3 millions d’habitants. Aussi, selon Puneet Arora, responsable du segment Railway Systems de Larsen & Toubro, la réussite du métro à Maurice « dépendra de ce que Metro Express pourra offrir comme transport aux passagers une fois descendus ».

« Le plus grand défi que nous avons eu à affronter est le manque de main-d’œuvre, que nous avions cru disponible à Maurice », a soutenu Puneet Arora lors d’un atelier régional placé sur le thème “Innovations in delivery of infrastructural projects”, qui se tient depuis mercredi matin à l’hôtel Intercontinental, à Balaclava, sous l’égide du ministère des Infrastructures publiques et du Construction Industry Development Board (CIDB). Cette absence de main-d’œuvre aura compliqué la tâche de Larsen & Toubro car, affirme ce responsable, cette situation « a fait augmenter les coûts », l’entreprise ayant dû faire appel à des Indiens n’ayant aucune expérience dans le domaine. « Nous comprenons que personne n’ait jamais fait ce type de travail à Maurice. Mais d’un autre côté, nous avons dû faire venir de la main-d’œuvre non qualifiée », dit-il. Et d’ajouter que le travail aura été « si intense » qu’il aura été aussi difficile de trouver une main-d’œuvre qualifiée en Inde. « Or, nous n’avions que deux ans pour compléter les travaux, ce qui demandait d’effectuer des heures supplémentaires. Raison pour laquelle nous n’avons pas obtenu cette main-d’œuvre que nous recherchions », déplore le responsable de Larsen & Toubro.

Le deuxième problème était le manque de compétences à Maurice. « Nous avons dû faire appel à des ingénieurs indiens. À un certain moment, il y en avait 225 dans le pays », dit-il. Là encore avec une répercussion sur les frais de Larsen & Toubro. « Le problème, c’est que chaque roupie compte pour une entreprise privée comme la nôtre », fait-il ressortir. Il se dit cependant confiant que le nombre d’ingénieurs augmentera à Maurice dans le cadre du projet Metro Express, « qui nécessitera des ingénieurs qualifiés pour opérer les rames ». Ainsi, dit-il, si Larsen & Toubro devait s’engager dans un nouveau projet à Maurice, le pays devrait cette fois disposer de suffisamment d’ingénieurs. Leur présence au pays est d’ailleurs primordiale, selon lui, « surtout si Maurice souhaite partager son expertise dans le domaine du métro en Afrique ».

Concernant la mise en place des structures avant que le métro soit opérationnel, un autre défi restait à relever : les études géotechniques. Heureusement que Larsen & Toubro, dit encore Puneet Arora, avait déjà effectué une partie de ces études. « Les résultats n’ont pas été trop choquants pour nous », dit-il, même s’il admet avoir eu certaines surprises au fur et à mesure de l’avancement du projet, du fait notamment de la présence de gros rochers dans le sous-sol. Ce problème s’est particulièrement posé au dépôt de Richelieu, où 262 pylônes devaient être posés, nécessitant une opération de “piling rig”. Du fait des rochers, une machine a ainsi dû être utilisée pour creuser des trous de trois mètres de profondeur.

Les ouvriers indiens n’auront en tout cas pas chômé. Manque de main-d’œuvre, présence de rochers, délais à respecter et autres imprévus auront en effet compliqué leur tâche. Sans compter que cela aura augmenté les coûts de Larsen & Toubro. Et le responsable de la firme de rappeler, une fois encore, le manque d’ingénieurs qualifiés.

Concernant la viabilité du projet à Maurice, Puneet Arora, tout en se disant « heureux que le projet ait été entrepris par le gouvernement mauricien », estime qu’avant la réalisation de ce type de projet, une étude préalable est importante. « Il faut qu’il y ait d’abord la nécessité, mais aussi la demande », dit-il. « Le financement pour un tel projet doit être assuré. » Et de préciser que Metro Express Ltd pourra étendre le réseau « un peu partout dans le pays ».

Puneet Arora rappelle également qu’en Inde, certaines personnes ont acheté des terres à proximité des gares de trains, ce qu’il souhaite également voir arriver à Maurice. Mais pour ce responsable, il est aussi important que les passagers bénéficient d’une connexion en descendant aux différentes stations. « Cette “last mile connectivity” est essentielle pour augmenter le nombre de passagers dans le métro », dit-il. Au cas contraire, le succès du projet pourrait être compromis.

Par ailleurs, Puneet Arora estime que Maurice a bien fait de placer sa confiance en Larsen & Toubro. « Nous voulons apporter de la technologie à Maurice pour qu’à son tour, Maurice puisse éventuellement réaliser la même chose sur le continent africain », dit-il, rappelant que notre pays « est le seul de la région qui disposera d’un métro ».

Le conglomérat Larsen & Toubro a vu le jour en 1938 avec des revenus nets de USD 20 millions. Avec son expertise dans la conception et le développement de villes intelligentes, Larsen & Toubro, croit encore Puneet Arora, « peut aussi apporter sa contribution dans ce secteur à Maurice ». À noter que la firme indienne procédera bientôt à l’achèvement des travaux du dépôt de Metro Express, considéré comme « le coeur du projet ». Ce dépôt, selon Puneet Arora, pourra accommoder jusqu’à 32 wagons, soit près du double (18) de ceux qui seront mis en service.

De son côté, le ministre des Infrastructures publiques, Nando Bodha, estime que notre expertise pour la réalisation de grands projets et d’études géotechniques « permettra à Maurice d’être un “showcase” pour l’Afrique ». Présent lors de la première partie de cet atelier de travail, il a affirmé que « Maurice peut devenir un “construction consultancy hub” et exporter l’expertise locale sur le continent ».