Huit ans après l’inscription du Morne au Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, le gouvernement a annoncé, le 28 juin dernier, que l’accès à la montagne du Morne est désormais public. À cette occasion, Dhareena Pipou, son époux et une amie ont effectué une randonnée jusqu’au sommet. Une expérience extraordinaire, selon Dhareena Pipou. « C’était plus qu’une randonnée, c’était un pèlerinage », affirme-t-elle au Mauricien.
Le 30 juin, date à laquelle l’accès au site devait être rendu public, le petit groupe a entamé une marche à partir de la Ros Rastafari, dans la matinée, aux alentours de 9 h 30. « Lorsqu’on est arrivé sur place, le passage était ouvert. Une porte avait été découpée dans la clôture, qu’on pouvait voir des deux côtés. Des hommes travaillaient sur le terrain pour le baliser. On a commencé à monter. On y a rencontré un touriste qui, lui, était passé par le terrain privé pour rejoindre le sentier public », témoigne notre interlocutrice, qui attendait avec impatience ce moment historique.
« Cela me tenait à coeur depuis très longtemps. Quand, il y a quelques années, j’ai pris connaissance du dossier de l’Unesco, et sachant que l’accès devait être public, et donc gratuit, par principe, je trouvais cela absurde de devoir payer un guide pour y faire une randonnée », affirme-t-elle, en ajoutant : « Je n’ai rien contre le fait de payer pour un service, mais je n’encourage pas du tout l’idée de le faire pour accéder à un patrimoine mondial. »
Habitante de La Gaulette depuis cinq ans, notre interlocutrice dit connaître la montagne depuis 15 ans. « Elle a toujours été inaccessible au public. Quand je vais à la plage avec mes enfants, on voit qu’il y a toujours une sécurité, des gardiens armés… ». Aujourd’hui, elle est heureuse de renouer avec une histoire jusqu’ici inaccessible. « J’ai mis environ deux heures pour monter parce que j’ai fait des pauses de temps à autre. Je me suis aussi arrêtée pour admirer le paysage. Le sentier est relativement facile, sauf la dernière partie, qui demande plus d’efforts car il faut aussi grimper pour arriver jusqu’au sommet. Une fois en haut, c’était extraordinaire. Comme je dis, c’est plus qu’une randonnée, c’est un pèlerinage. Je ne suis pas allée en haut en priant, mais c’était important de le faire parce que cela fait partie de notre histoire, de notre existence. J’étais très fière de le faire. Sur place, nous avons vu des pailles-en-queue, adultes et bébés, qu’on ne voit pas partout, et la fleur nationale, la trochetia boutonniana. La vue est magnifique sur presque tous les sommets de l’île et jusqu’à Albion. »
Mère de deux enfants, Dhareena souhaite leur faire découvrir le parcours dans quelques années. « Mes enfants sont trop petits, mais j’ai vu des enfants de 10 ans de touristes qui s’y sont rendus avec un guide. Donc, c’est accessible ! » Des touristes qu’elle a rencontrés sur place estiment aussi qu’il s’agit d’un des « meilleurs endroits au monde pour des randonnées, avec une vue imprenable, sans aucune construction autour ».
« C’est un parcours à faire par tous les Mauriciens », poursuit notre interlocutrice. Il faut quand même être conscient des différents niveaux de difficulté. Christophe Pipou explique : « La randonnée est facile jusqu’au plateau d’herbes, qui se trouve une altitude de 255 mètres. Puis le sentier devient plus escarpé jusqu’au baobab, avec un niveau de difficulté moyen jusqu’au plateau de basalte et plus abrupt jusqu’au sommet. » Dhareena affirme : « À aucun moment on n’a eu l’impression de déranger. On ne faisait que passer et on y va en tant que personne libre. Cela appartient à tout le monde. »