Le chalutier Austral Leader quitte Port-Louis dans les prochains jours, pour entamer une nouvelle campagne de pêche dans les eaux des îles lointaines australiennes Heard et Edwards. Ce chalutier, engagé entre autres types d’activités, dans la pêche aux légines, vient très souvent dans le port mauricien depuis une dizaine d’années. Sauf que cette fois, il se prépare à aller afffronter les grosses vagues des 40 èmes rugissantes et des 50 èmes hurlantes (ainsi que les marins appellent les latitudes australes concernées) et qu’il a été allongé de quelques 7 mètres 80 que lui a ajouté le Chantier Naval de l’Océan Indien, l’entreprise de construction et d’entretien des navires installée dans le Port.
Le rallongement du Austral Leader, dit entreprise de « Jumboïsation » dans le jargon du chantier naval,  a été réalisé pour la première fois à Maurice et a fait l’objet d’une présentation sur grand écran, jeudi 22 dernier. C’était lors d’un cocktail offert par l’armateur Austral Fisheries au gouvernement mauricien, au ministère de la Pêche, aux autorités portuaires et des opérateurs privés locaux pour les remercier de l’avoir aidé à obtenir une précieuse éco-certification du Marine Stewardship Council.
L’Austral Fisheries, entreprise australien, utilise Port-Louis comme base d’opération depuis près de quatorze ans et ses activités rapporteraient à l’économie mauricienne quelques Rs 400 millions par an (selon le service de presse du Chantier Naval de l’Océan Indien). Sa certification MSC représente une reconnaissance internationale de ses efforts et investissements pour une pêche durable. Comme on le sait, la légine (un type de poisson très gras, mais très goûteux qu’on n’est malheureusement pas prêt de trouver dans nos hypermarchés en raison d’une réglementation très sévère) est l’objet d’un pillage à grande échelle dans les eaux du Grand-Sud. Il fut un temps où, au vu et au su des autorités, certains chalutiers-pirates (dont des Chiliens) venaient transiter à Port-Louis avec leur cargaison de légines illicites. Jusqu’à ce que le gouvernement mauricien se décida de prendre des sanctions, il est vrai sur l’insistance (entre autres organisations écologiques) de Greenpeace. En se soumettant à la réglementation de la pêche aux légines, notamment à travers des mesures de contrôle strictes imposées par les autorités portuaires pour ce qui est de l’identification des chalutiers étrangers et de leur cargaison, l’Etat mauricien a, du même coup, aidé l’Austral Fisheries à obtenir une des certifications renommées comme étant très difficile à décrocher. Cette certification oblige effectivement le récipiendaire à maintenir une chaîne de suivi à tous les échelons, soit du débarquement du poisson jusqu’à sa réexpédition vers le destinataire final en passant par le stockage à froid.
On a donc, lors du cocktail de vendredi dernier, témoigné d’un échange de remerciements mutuels entre M. Peter Stevens, représentant d’Austral Fisheries, et le ministre de la Pêche, M. Nicolas Von Mally. Ce dernier a fait remarquer que la République de Maurice, en sus d’avoir adhéré à plusieurs organisations de conservation des ressources marines, a également signé le Southern Indian Ocean Fisheries Agreement (SIOFA) qui l’engage à protéger les espèces autres que le thon et qui tombent dans des eaux en dehors de sa jurisdiction. Prenant appui sur le fait que, d’une part, Port-Louis se fait une réputation dans la « Jumboïsation » des bateaux et, de l’autre, il s’installe comme un SeaFood Hub et que Maurice démontre aussi sa capacité, son expertise et sa volonté à prendre des mesures pour la conservation des ressources marines, le ministre Von Mally n’a pas hésité à solliciter de la part de son grand voisin australien un coup de pouce afin que le siège du secrétariat de SIOFA soit implanté à Port Louis… Ce qui serait un juste retour d’ascenseur !