Les atteintes à l’environnement sont pour ainsi dire intrinsèques au développement touristique mauricien. Aussi au lieu de le qualifier de durable comme le veut le jargon à la mode, il serait plus juste d’employer le terme « supportable ». On ne compte plus les projets immobiliers venus empiéter sur les voies publiques, les villages, le patrimoine paysager et les infrastructures que l’on plie à la priorité devenue impérative du développement. Mais les nuisances n’en sont pas plus tolérables pour autant. Ainsi les habitants du village de Cap-Malheureux ou même les plagistes de Mon-Choisy sont-ils en proie en ce moment à une pollution sonore qui tape un peu sur les nerfs…
Un petit séjour près de la fameuse chapelle de Cap-Malheureux dont le toit rouge flamboyant fait écho au Coin de Mire, laisse perplexe dès que les rayons du soleil réchauffent l’atmosphère. Dans ce site qui garde encore le cachet d’authenticité de village côtier avec ses pêcheurs et ses habitants industrieux, une nuisance sonore se fait de plus en plus prégnante et exaspérante chaque jour.
La petite musique mécanique des marchands de glace devient à certains moments si continue que l’habitant, le touriste ou le promeneur de l’endroit n’a d’autre solution que renoncer au repos pour l’agacement, ou se résoudre à partir faire un tour loin de ces bruits entêtants dont le seul objet est d’attirer le badaud en quête de sorbets et autres sucettes glacées. L’ambiance est déjà tendue en ce mois d’août, qu’en sera-t-il en plein été ?
Rien à voir ici avec les musiciens de rue et les orgues de barbarie d’antan qui faisaient écouter des mélodies grâce au défilement des cartes perforées. La musique du marchand de glace est une mélodie ultracourte aux aigus stridulants qui se répètent imperturbablement au point de devenir pénible et rester en tête pendant des heures. Quand ces petits camions et leurs vendeurs stationnent devant la chapelle, ils le font souvent sur la chaussée car les places de parking aux abords de cette sorte de Montmartre mauricien se font rares.
Mais de toute façon, ces marchands vous répondent que le sol n’est pas nivelé sur le parking de l’église et qu’ils préfèrent de loin un bon bitume bien plat ! Puis la petite musique s’enclenche pour une bonne demi-heure afin d’attirer les gourmands à la manière de Pavlov et aguicher le touriste venu prendre la traditionnelle photo devant ce lieu de culte exotique. Inutile d’insister sur les prix à la carte, qui grimpent jusqu’à quelques centaines de roupies lorsque le client est chinois ou européen. Des touristes ont ainsi récemment jeté les glaces à terre, de dépit lorsque le prix leur a été annoncé…
Concert non-stop…
Un marchand passe encore, mais lorsque les habitants ou les employés du coin sont contraints d’assister à un défilé de quatre ou cinq camions bariolés et tonitruants aux heures chaudes de la journée, qui se succèdent les uns les autres comme dans un jeu de chaise musicale, la moutarde monte au nez. Nuisibles, ils le sont d’autant plus qu’ils ne répondent pas aux supplications des habitants de couper la musique et cesser de stationner dans un endroit où ils gênent la circulation. C’est même parfois le cas les jours de cérémonie et célébrations comme lorsque dernièrement, le sacristain a dû sortir de la chapelle pour supplier le marchand de respecter l’office…
Parfois, la ténacité commerciale et l’entêtement qui consistent à arrêter la musique sous la pression, puis la remettre quelques instants plus tard, confinent au mauvais film d’horreur où des poupées mécaniques donnent petit à petit des envies de meurtres et instillent en vous une colère dévoreuse qui ne demande qu’à exploser. Les touristes ne sont ici que de passage, pas de policier pour faire la loi. Seuls la diplomatie des uns et le seuil de tolérance des autres peuvent réguler les méfaits causés à la tranquillité villageoise.
Dans un tout autre contexte, du côté de la paisible plage de Mon-Choisy, ces charmants marchands sont postés en différents points de la longue baie… Adieu farniente au son de la brise de mer ! À la plage comme au village, la question reste entière de savoir quel recours l’habitant ou le plagiste peut avoir contre ce qu’il convient d’appeler une pollution sonore que la police de l’environnement devrait peut-être réguler…