Après la saisie de 1,38 kg d’héroïne estimée à Rs 20,7 M à la Poste centrale fin juillet qui a conduit à l’arrestation de deux employés de cette institution, l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU) compte passer à l’étape supérieure cette semaine en examinant les différents appels effectués par le duo ces derniers jours pour remonter jusqu’à l’importateur. Les enquêteurs soupçonnent que Satish Mungur (28 ans), Assistant Postman, et Yogeshwar Poonye (26 ans), Postal Officer, ne sont que les récipiendaires de cette drogue, alors que le cerveau est activement recherché.
Selon une source de l’enquête, c’est à travers un informateur proche d’un réseau de drogue que la police a appris qu’une cargaison d’héroïne devait entrer sur notre territoire vers la fin de juillet. Après les grosses saisies effectuées par l’ADSU ces derniers mois, le prix de l’héroïne a flambé sur le marché local, avancent les Casernes centrales. Ainsi, l’importateur de cette cargaison aurait touché le jackpot en écoulant cette drogue, même si la quantité n’est pas énorme. Une fois ces informations à sa disposition, la police a sollicité l’aide des douaniers de la Mauritius Revenue Authority (MRA) et des services postaux pour une surveillance. Pour ne pas éveiller les soupçons, l’importateur a tenté de détourner l’attention des autorités mauriciennes en faisant transiter le colis par la France après avoir quitté Madagascar, considéré comme un « high risk country » par l’ADSU. C’est à travers le vol AF 460 d’Air France que le colis est arrivé à Maurice le 30 juillet. Celui-ci contenait des boîtes de vêtements et des sandales et il était adressé à un habitant de la rue Brabant à Port-Louis. Or, l’identité de la personne était fictive. Après l’avoir passé au scanner, la police a noté la présence d’héroïne dissimulée à l’intérieur. 680 grammes de drogue ont été découverts dans un paquet et 700 grammes dans un autre. Un échantillon a été envoyé pour analyse au Forensic Science Laboratory (FSL).
Sur les instructions du DCP Choolun Bhojoo et du surintendant Sharir Azima, la police a substitué le colis original par un faux et l’a expédié à la poste centrale pour une opération de livraison contrôlée. En visionnant les caméras de surveillance de la poste centrale, un policier a remarqué que Satish Mungur a pris des photos du colis le jeudi 3 août. En plus, il a pris un des deux paquets et l’a placé dans un sac en raphia, avant de le remettre à sa place. Le samedi 5 août, Satish Mungur a été interpellé par la police. Soumis à un interrogatoire serré, il a allégué qu’il a suivi les instructions de son supérieur, Yogeshwar Poonye, qui lui avait demandé de faire sortir ce colis. Ce dernier a été arrêté à son tour et la police a fait une perquisition chez lui à Cassis où elle a saisi un reçu de banque d’une somme de Rs 327 400 versée dans son compte. En plus, les limiers ont découvert que le Postal Officer a déposé en liquide Rs 90 000 sur son compte en banque le 19 juin, et Rs 50 000 le 26 juillet. L’ADSU soupçonne que l’argent provient du trafic de drogue. Un passeport au nom de Yogeshwar Poonye, une carte SIM et un cellulaire de la marque Samsung ont également été mis sous scellés. Chez son complice présumé à Bois-Chéri, la police a saisi un téléphone portable et une carte SIM.
Après cet exercice, les deux suspects ont été immédiatement embarqués aux Casernes centrales pour un interrogatoire où ils ont nié toute implication dans cette saisie de drogue. Ils devront consigner leur version des faits durant la semaine. Après leur comparution à la Bail and Remand Court dimanche, ils étaient à nouveau attendus au tribunal de Port-Louis ce lundi où une accusation provisoire de « attempting to possess dangerous drugs » devait être logée contre eux. Hier, la police a objecté à leur remise en liberté conditionnelle en avançant qu’ils peuvent interférer avec les témoins, altérer les preuves, et s’enfuir. Un haut gradé de l’ADSU a déclaré en cour que cette affaire a des ramifications internationales et que l’enquête pourrait prendre au moins trois mois pour être complétée avant qu’une charge formelle ne soit logée contre le duo.