Prisca Seerungen ne mâche pas ses mots. Malgré l’euphorie du succès obtenu lors de la 24e édition du championnat des clubs de la zone 7 de volley-ball, la responsable du Quatre Bornes VBC s’élève contre le manque de considération des autorités à l’égard de sa formation. Selon elle, ce succès acquis en terre seychelloise ne porte la griffe que de ceux qui ont apporté leur soutien financier, des joueuses qui ont cru en leur objectif et des dirigeants qui se sont dévoués corps et âme.

Prisca Seerungen, quel enseignement principal retenez-vous de cette consécration à ce championnat de la zone 7 ?
Notre grosse satisfaction demeure que nous avons réalisé une prestation grandiose devant près de 4 000 spectateurs acquis à la cause de notre adversaire. Face à Praslin Girls en finale, c’était une équipe soudée et psychologiquement forte qui était en action. Tout cela a pu être réalisé du fait que nous avons bossé en équipe, tout en créant des exercices de team-building. Les liens ont ainsi été soudés au sein du groupe. Qui plus est, l’apport des autres encadreurs, à savoir mon époux Patrick, Joanna Lamy et Chery-Ann Besnard, a été conséquent. Cette cohésion au sein du groupe a ainsi pu faire la différence. Les joueuses y ont cru jusqu’au bout et ont ainsi vu l’aboutissement de deux ans de travail.

Ne trouvez-vous tout de même pas regrettable qu’il aura fallu attendre 22 ans pour voir une équipe mauricienne décrocher un titre de surcroît régional ?
Je considère que cette situation a été provoquée par le fait que tout se fait au petit bonheur à Maurice et qu’on ne vise pas l’excellence. Il existe certes la bonne volonté des entraîneurs, mais les joueurs ne bénéficient pas de l’encadrement et de facilités voulus. C’est pourquoi plusieurs d’entre eux ont pris leurs distances de la compétition. Souvent, vous entendez dire « Lekip-la dan pins » après des défaites aux Jeux des îles. Mais quelles facilités ont-elles été accordées aux sélections ? Il faut donc que les autorités aient du respect pour les sacrifices encourus par les joueurs, qu’ils leur donnent les moyens de leurs ambitions et qu’elles comprennent que ce sont les clubs qui permettent à la fédération d’exister. Je prends pour exemple le cas de l’équipe seychelloise de Swim Blue Pal qui va bientôt participer à la Coupe d’Afrique. Tous ses frais sont encourus par le gouvernement.

Vous êtes la seule joueuse médaillée d’or aux championnats d’Afrique juniors en 1997. Comment expliquez-vous cette longévité dans le milieu ?
Tout simplement parce que je suis une véritable passionnée. D’autres volleyeuses possèdent également cette passion, mais ne peuvent la vivre en raison d’autres engagements. D’autant que le sport ne nourrit pas son homme à Maurice et qu’il est ainsi difficile de vivre à fond une passion sportive. Toujours est-il que j’ai également été à la bonne école et que j’ai eu comme mentor Christian Marty (ndlr : ancien directeur technique national). Il nous a enseigné à tout donner sur le terrain et à nous surpasser. C’est pourquoi je demande à mon tour à mes joueuses d’être hyper disciplinées et à se montrer fort exigeantes. C’était d’ailleurs la condition que j’avais émise aux joueuses qui étaient venues me contacter pour diriger l’équipe. Aujourd’hui, cette confiance mutuelle a porté ses fruits.

Reste que ce déplacement aux Seychelles s’est révélé comme un parcours du combattant. Cela vous a-t-il marqué ?
Il faut savoir que la compétition de la zone 7 demeure notre seule plateforme pour des frottements avec des équipes étrangères. Or, la fédération locale favorise-t-elle de tels échanges ? Où se trouve la motivation après avoir remporté le championnat local ? Depuis le début, certains voulaient nous mettre les bâtons dans les roues. Nous nous sommes entendus dire « Si pena kas, pa bizin ale ! » Avec de tels propos, n’enlève-t-on la passion aux joueuses ? Nous nous sommes battues pour obtenir l’aide des commanditaires, mais ni le ministère de la Jeunesse et des Sports ni la fédération locale ne nous ont accordé le moindre soutien. Ils n’ont apporté aucune pierre à l’édifice. Nous avons atterri aux Seychelles sans avoir l’argent nécessaire pour le logement. Nous avons atterri aux Seychelles sans avoir l’argent nécessaire pour le logement. Fort heureusement, nos sponsors nous ont aidées à réunir la somme requise.

Pourtant, vous étiez consciente qu’il fallait encourir les frais d’un arbitre…
Nous étions en négociations avec Crystelle Parsooramen (ndlr : joueuse qui n’avait pu effectuer le déplacement en raison d’une blessure) et notre team-manager, Cherry-Ann Besnard, qui étaient à Maurice. Il était question d’obtenir cet argent, soit 1000 euros, à l’arrivée de l’équipe masculine du Quatre Bornes VBC en soirée. Toutefois, certains responsables locaux n’ont rien voulu entendre. C’est alors que nous avons dû récolter l’argent de poche de toutes les joueuses afin de réunir la somme voulue.

Quand vous aviez évoqué les noms des commanditaires, nous avons été surpris de constater celui d’Arvin Boolell. Comment expliquez-vous cet état de faits ?
Nous frappions alors à toutes les portes et nous avions ainsi pu obtenir un rendez-vous avec Arvin Boolell. C’était un samedi matin et nous lui avions expliqué notre détresse. Pendant deux heures, il a téléphoné à ses contacts et c’est ainsi que nous avons pu nous mettre en lien avec des commanditaires. Nous devons saluer son geste, car, lui, il a entendu notre rage de vaincre et notre désir de décrocher l’or pour notre pays ! Au sein du Quatre Bornes VBC, huit joueuses sont potentiellement bien placées pour se retrouver au sein de la sélection finale des Jeux des îles en 2019.

Aujourd’hui championnes de la zone 7, estimez-vous pouvoir franchir un nouveau palier en participant à la Coupe d’Afrique ?
Nous aimerions certainement y participer. Toujours est-il qu’il faudra nous donner les moyens de nous préparer à travers des stages et l’apport de sparring-partners. Auparavant, nous avions bénéficié de frottements à travers des sorties face à des équipes venant de France, ou des sélections kenyane et sud-africaine. Aujourd’hui, tel n’est plus le cas. J’en profite pour lancer un appel à la municipalité de Quatre-Bornes afin que nous puissions bénéficier de trois heures d’entraînement par soirée. Ce n’est pas possible de débuter une séance d’entraînement à 20h.

Avec une carte de visite encore plus enrichie, ne regrettez-vous pas de ne pas avoir été sollicitée pour vous joindre au staff technique de la sélection nationale ?
Aucun regret. Je crois dans ma passion et je suis fière de mon équipe sur le plan international et d’avoir marqué le coup pour les 50 ans d’indépendance de Maurice. Je voudrais saluer le DTN Zoran Kovacic, qui a su partager son savoir depuis sa venue chez nous. .