Qui est ton frère ? Assurément le sinistré de Cité La Cure, de Chitrakoot ou d’ailleurs qu’on

Jean Clément Cangy

a voulu mettre au régime sec, choquant, blessant, privé de compassion, d’empathie. Qui est ton frère ? C’est aussi le migrant, la migrante et l’enfant qui essaient de traverser la Méditerranée à la recherche également d’un espace de vie, d’un pays, d’un logement. De l’épisode Berguitta, en dépit des dérapages racistes sur Facebook, devenu un déversoir pour une minorité de personnes haineuses, retenons cette formidable solidarité, cette générosité spontanée, cette énergie incroyable qui se sont cristallisées pour soutenir les sinistrés. Imaginons un seul instant la mobilisation d’une telle énergie pour que tous puissent avoir un logement ?

Il a suffi du cri de cœur d’un journaliste pour que des personnes sans drapeau, des travailleurs sociaux, des organisations non gouvernementales se mobilisent. Et cela avec une vigueur insoupçonnée ! Mais il ne faut pas en l’occurrence que l’Etat et les institutions de l’Etat défalquent leurs responsabilités. Utilisons le Prime Minister’s Relief Fund pour soutenir et venir en aide aux sinistrés dans les moments difficiles qu’ils traversent mais aussi pour des projets de construction de logements sociaux. Un logement pour tous n’est pas une utopie. Il faut de la volonté politique, la volonté du gouvernement en place. Accueillons donc la confirmation exprimée du gouvernement actuel de construire 2 000 maisons annuellement.

Mais il faut aller au-delà des incantations récurrentes, habituelles, et s’atteler avec acharnement à la construction de ces logements. Il s’agit de résorber tous ces logements insalubres dans lesquels vivent des squatters, des Mauriciens. Est-ce ainsi que vivent des Mauriciens au XXIe siècle : entre quatre feuilles de tôle rouillées alors qu’à côté, des résidences cossues, luxueuses fleurissent. Ces logements sociaux, une fois construits, doivent être alloués sans discriminer personne. L’épisode Palma est encore vivace dans tous les mémoires.

Il est un fait que beaucoup de squatters, nombre de familles mauriciennes vivent dans une grande pauvreté, dans une précarité quotidienne. Le squatting n’est que le symptôme de la crise du logement qui ne fait que perdurer. Beaucoup se sont contentés d’annonces sans lendemain pour tromper la population. Cependant, si le gouvernement actuel réalise son objectif de 2 000 logements sociaux, il aura réussi là où les autres ont failli lamentablement. Mais il faut aussi que les logements construits respectent la dignité des Mauriciens.

Par ailleurs, il est impérieux que le gouvernement intervienne pour réglementer le prix du loyer qui atteint ces jours-ci des sommets, la population se faisant littéralement vampiriser par des propriétaires sans scrupule. La pénurie de logement social est bien une des causes de la pauvreté, devenue endémique.

Il est aussi important que le présent gouvernement, s’il réussit, comme il dit pouvoir le faire, à construire 2 000 logements annuellement, pense à doter ces nouvelles agglomérations des infrastructures nécessaires en matière d’écoles tant au niveau primaire que préscolaire, d’espaces verts, de jardins d’enfants, d’aire de jeux  pour la pratique de basket, de volley-ball et du football. Dans le passé, à de rares exceptions, il n’y a eu aucune préoccupation  pour le mieux-être social de la population. Pour n’avoir pas pris en compte ces paramètres et n’avoir pas prévu un encadrement pour les enfants à l’école primaire ainsi que pour nos adolescents au niveau secondaire, on assiste depuis plusieurs années à une faillite honteuse du sport collectif. Nous ne sommes plus aujourd’hui que l’ombre de nous-mêmes et personne ne semble vouloir réagir contre cette lente descente aux enfers du sport collectif.

A part la violence de Berguitta, il y a aussi la violence qui s’exprime quotidiennement dans les couples, dans les familles, sur nos routes, à l’égard de nos proches, de nos voisins. Ne faut-il pas tenir des Assises nationales sur le social pour évoquer, analyser tous nos problèmes d’aujourd’hui dont cette violence qui est en train de pourrir notre société ? Ces assises pourraient nous proposer des solutions. Construisons des maisons et des vies. En construisant des maisons, nous construisons aussi des vies.