Le “strike ballot” organisé le 2 avril dernier a été sans appel : 88% des travailleurs d’AEL-DDS ont voté en faveur d’une grève. Celle-ci est prévue pour le mardi 23 avril et sera « indéterminée », a prévenu le syndicat. Cette situation fait suite à un “deadlock” devant la Commission de Conciliation et de Médiation (CCM) concernant une augmentation de salaire due depuis 2015.

AEL-DDS, transporteur de produits pétroliers, risque d’être paralysée à partir de mardi prochain si une entente n’est pas trouvée avec le syndicat. Selon Lall Deonath, négociateur de l’Artisans and General Workers Union (AGWU), le conflit dure depuis plus d’un an et porte sur les conditions de travail et une augmentation salariale. « L’affaire a été portée devant la CCM et nous sommes arrivés à un “deadlock”. Dans son rapport, la CCM annonce que l’employeur accepte une augmentation de 4%. Un chiffre qui montre que les propositions ont été décroissantes, passant de 21% à 18%, puis 16% et, finalement, 4%. Une situation inacceptable pour nous. »

Lall Deonath met en avant le fait que les chauffeurs et aide-chauffeurs de cette compagnie transportent 40 à 50 tonnes de produits pétroliers hautement inflammable et mettent ainsi leur vie en danger. « Tout ça pour un salaire de Rs 10 000 à Rs 12 000. » Il fait un parallèle avec le secteur public, où un chauffeur se retrouve avec un salaire de Rs 24 000 et peut terminer sa carrière avec Rs 32 000. « Ici, après 10 ans de service, les chauffeurs ont toujours Rs 10 000. »

Il rappelle que la grève du 23 avril prochain est « tout à fait légale » et que toutes les procédures prévues par la loi ont été respectées. « Personne ne perdra son emploi. La grève aura lieu, à moins que le ministre du Travail ne trouve une solution avant le 23 avril. » Lall Deonath rappelle qu’une grève chez AEL-DDS aura de lourdes conséquences sur l’économie du pays. « C’est cette même compagnie qui distribue l’essence pour le transport, le mazout pour les usines et le Jet A-1 pour les avions. Imaginez les conséquences pour le pays si ces travailleurs entrent dans une grève illimitée. »

Le négociateur syndical dénonce par la même occasion des prélèvements sur le salaire des employés d’AEL-DDS à Rodrigues. « Selon la compagnie, les Rodriguais étaient en train de les voler. D’où leur démarche de déduire de l’argent sur leur salaire. Or, c’est une pratique illégale. Nous avons porté cette affaire devant la Cour industrielle à Rodrigues. » Lall Deonath a aussi été très critique envers Robert Desvaux, general manager d’AEL-DDS. « Il aura à répondre de ses actes. » Il rappelle également que le syndicat avait écrit au gouvernement pour réclamer la révision du Remuneration Order des travailleurs concernés. « Mais à ce jour, nous n’entendons rien du NRB. »

Il lance également un appel au gouvernement pour venir de l’avant avec les amendements aux lois du travail dans les plus brefs délais. « J’espère qu’on ne va pas attendre décembre, alors que tout le monde est en fête, pour faire passer des choses en douce. Nous exigeons d’obtenir une copie du projet de loi et de pouvoir faire des contre-propositions. » De même, il lance un appel à la mobilisation des travailleurs le 1er mai. La GWF organisera d’ailleurs une grande marche de Saint-Jean à Belle-Rose. Lall Deonath prévoit la présence d’environ 15 000 personnes à cette occasion.