DR DIPLAL MAROAM

La restructuration du ministère de l’Environnement et sa nouvelle désignation – Ministry of Environment, Solid Wastes Management and Climate Change – pour mettre plus d’accent sur le phénomène du changement climatique constituent une décision fort louable. En effet, vu l’urgence et la gravité de la situation écologique au niveau global, le dossier environnement dans la hiérarchie des priorités gouvernementales devrait connaître une réévaluation et revalorisation dans tous les pays car la contribution de chaque État, quels que soient le niveau de son développement et sa taille, compte dans le processus de l’assainissement mondial. D’ailleurs, selon un récent rapport de l’ONU, parmi les 10 préoccupations majeures de notre existence actuellement, le changement climatique caracole dans le peloton de tête.

Telle une épée de Damoclès, la dégradation de notre biosphère constitue effectivement une des menaces les plus sérieuses qui pèsent sur toute l’humanité aujourd’hui et, qu’on le veuille ou non, le sort de la planète et de la biodiversité qu’elle abrite serait déterminé durant les prochaines décennies. « How dare you ? » Cette interrogation lourde de sens de la jeune activiste suédoise, Greta Thunberg, qui avait retenti à l’ONU en septembre dernier a profondément marqué les esprits. Notre nouveau ministre de l’Environnement, oserait-il prendre le taureau par les cornes afin de redonner à ce ministère qui a longtemps pataugé dans un profond immobilisme, ses vraies lettres de noblesse ? Dans une déclaration le 12 novembre, Kavy Ramano a mis l’accent sur la croissance économique mais en omettant toutefois de préciser la source d’énergie nécessaire pour catalyser cette croissance.

Il convient de reconnaître que, si nous avons fait un choix, nous n’avons d’autres alternatives que de l’assumer. Ainsi que toutes les conséquences qui vont avec. Mais, à la question de savoir si nous sommes réellement sur la bonne voie, la nature elle-même nous envoie, de temps à autre, la réponse appropriée, parfois de façon cinglante, de sorte que ceux qui s’obstinent toujours à concevoir que l’on pourrait éternellement produire une croissance infinie dans un monde fini devraient impérativement revoir leurs copies. Certains climato-sceptiques, sans doute grassement rétribués par des multinationales pétrolières, tentent toujours d’éteindre le feu en lavant de tout blâme l’énergie fossile dans le phénomène du réchauffement climatique mais, devant la réalité des faits, manifestement, leur voix commence à fondre dans les océans, pourtant déjà saturés par le phénomène d’acidification.

Force est de constater qu’un vrai ralentissement de la tendance actuelle du réchauffement climatique ne serait possible que s’il est précédé d’un changement majeur de nos modes de vie, de production et de consommation qui sont complètement incompatibles avec la politique de protection de notre « maison commune ». Et le déchaînement fréquent des forces de la nature n’est, dans une grande mesure, que le reflet de notre empreinte écologique démesurée sur la planète mais nous feignons de ne pouvoir décrypter le message envoyé. Pourtant, tout n’est qu’une question de priorité. Car le bien-être et la sécurité humaine ne peuvent éternellement être sacrifiés sur l’autel du profit et de la croissance.

C’est pourquoi la modification de notre relation envers l’environnement est dictée aujourd’hui par un impératif de survie. Selon la Banque mondiale, l’émission actuelle du gaz carbonique rend quasiment intenable l’engagement pris par la communauté internationale de contenir le réchauffement du globe à + 2°C par rapport à l’ère préindustrielle. En effet, comme le démontrent ses études, le thermomètre mondial pourrait, en réalité, grimper de + 4°C dès 2060 si les gouvernements n’agissent pas en urgence et ce sont d’abord et surtout les plus pauvres et vulnérables qui seront les plus durement touchés. Mais cette sombre perspective peut et doit être évitée. Or, il est malheureux de constater qu’après la COP 21 de 2015 à Paris – sommet mondial qui avait réuni tous les pays et qualifié d’ailleurs comme celui de la dernière chance –, l’élan et l’enthousiasme attendus de la communauté internationale par rapport au problème de changement climatique ne se sont pas matérialisés. Les engagements pris n’ont pas été respectés, la volonté politique n’y étant plus. S’il est aujourd’hui très tard, demain il sera malheureusement trop tard. Nous devons agir maintenant si nous voulons qu’en 2050, la planète soit encore vivable pour ses 9 milliards d’habitants.