La conclusion de l’enquête de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) dans le scandale du siècle du rachat de la clinique MedPoint ne s’annonce pas pour demain. C’est du moins l’une des conséquences directes du rejet par le leader du MSM de la proposition de l’ICAC en vue de consulter les extraits des Minutes of Proceedings du conseil des ministres du vendredi 18 juin 2010. En effet, Pravind Jugnauth, suite à des consultations avec ses conseils légaux, a écrit officiellement à l’ICAC pour signifier son intention de ne pas se rendre au rendez-vous du jour en attendant que la Cour suprême ne soit appelée à accéder à la motion sur l’accès aux documents du conseil des ministres. Dans le camp du gouvernement, la décision du leader du MSM est qualifiée de « fuite en avant et relevant de tactique dilatoire ».
Pravind Jugnauth, qui est sous une inculpation provisoire de conflits d’intérêts dans le rachat de la clinique MedPoint par le ministère de la Santé au coût de Rs 144,7 millions, ne s’est pas rendu au QG de l’ICAC pour consulter et aussi prendre note des extraits du procès-verbal de la réunion du conseil des ministres du vendredi 18 juin 2010 où le projet de National Geriatric Hospital avait été abordé. Ce développement ne constitue nullement une surprise en soi.
Dans une correspondance adressée à l’ICAC hier après-midi, Pravind Jugnauth réclame l’accès « to all Cabinet documents pertaining to MedPoint ». Il souhaite également voir le gouvernement, en particulier le secrétaire au Cabinet Suresh Chandre Seeballuck, venir s’expliquer en Cour suprême sur toute la question d’accès au procès-verbal du conseil des ministres. Il soutient que l’ICAC n’a rien à faire avec ce volet dans l’affaire MedPoint.
Intervenant lors des congrès du MSM à Triolet et à Richelieu dans la soirée d’hier, le leader du MSM s’est appesanti sur cette question et a accusé le Premier ministre Navin Ramgoolam de vouloir faire traîner cette affaire en Cour. « J’exige que l’affaire en Cour suprême se poursuive », a-t-il déclaré en substance. En principe, le litige autour du Cabinet Memorandum du 18 juin 2010 devra être appelé de nouveau devant la Cour suprême le 10 mai.
Lors de la précédente séance en Cour, le représentant du State Law Office a soutenu que le secrétaire au Cabinet n’avait aucune objection à ce que Pravind Jugnauth puisse consulter ces extraits du procès-verbal en question sous certaines conditions, notamment qu’aucune photocopie ne soit faite et que la teneur de ces informations ne soit pas divulguée en public.
Techniquement, en convoquant Pravind Jugnauth aujourd’hui, l’ICAC recherchait un double objectif, soit autoriser les consultations des documents et compléter l’interrogatoire de l’ancien vice-Premier ministre et ministre des Finances avant de soumettre dans les plus brefs délais le dossier complet de l’enquête au Directeur des Poursuites publiques. Celui-ci pourrait alors se prononcer quant à la marche à suivre à l’encontre des sept suspects inculpés provisoirement, dont une autre ancienne ministre, Maya Hanoomanjee et cinq hauts fonctionnaires.
D’autre part, le président du Parti travailliste, Patrick Assirvaden, a soutenu que la décision de Pravind Jugnauth de ne pas se rendre à l’ICAC constitue une « démarche peu crédible ». « Le leader du MSM a réclamé l’accès aux Minutes of Proceedings d’une réunion du conseil des ministres pour assurer sa défense. Quand cette autorisation lui est accordée, il fait une fuite en avant. Nous pouvons nous demander pourquoi ? Pravind Jugnauth sait qu’il n’y a rien dans ces extraits pour l’innocenter dans le scandale MedPoint. Il a cru que le gouvernement n’allait jamais accorder cette autorisation et qu’il allait pouvoir entretenir le doute au sein de la population », a-t-il déclaré.
Patrick Assirvaden, qui a donné une première indication sur l’identité de celui que l’alliance Ptr/PMSD présente comme « le parrain de MedPoint », soutient que « Pravind Jugnauth pe blefé. Li pe fer Delaying Tactics dans lanket MedPoint. Me saki pli trist seki li gagn konplisite MMM ki osé vinn koz Early Trial ».
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« Zot pe rod fer malin ar mwa »
Commentant sa décision de ne pas se rendre à l’Independent Commission Against Corruption (ICAC), Pravind Jugnauth a déclaré au Mauricien que « zot per rod fer malin ar mwa ». Le leader du MSM affirme que la correspondance officielle que lui a adressée l’ICAC fait état de deux documents à être consultés selon les conditions élaborées par le State Law Office en Cour suprême.
« Le gouvernement veut jouer au plus rusé. Jusqu’ici, le Premier ministre a fait la sourde oreille à mes demandes répétées pour avoir accès à ces documents du conseil des ministres. Les correspondances en témoignent. Il a systématiquement refusé. Ma demande ne porte pas sur seulement deux documents. Zot rod zwé ar mwa lor bann lezot dokima », a déclaré Pravind Jugnauth.
« Ensuite, ma demande est adressée au Secretary to Cabinet et non à l’ICAC. Si j’ai à aller consulter ces documents, ce sera là-bas et non à l’ICAC. Aujourd’hui, les dossiers sont déjà à l’ICAC. Je constate déjà des infractions à la loi et aux règlements. Comment se fait-il que les documents soient déjà transmis à l’ICAC avant que je ne me sois prononcé sur la proposition formulée en Cour suprême. Je trouve cette démarche irrégulière », poursuit-il.
« À ce stade de l’affaire en Cour suprême, le Secretary to Cabinet doit soumettre sa défense. Qu’il le fasse dans les meilleurs délais au lieu de s’engager dans toute autre stratégie. Je suis convaincu de mon innocence dans cette affaire et ces documents vont le prouver. Je maintiens que tout doit être fait pour un Early Trial », a conclu le leader du MSM.