« Nous demandons au gouvernement d’agir afin qu’il n’y ait pas de tensions industrielles inutiles dans le port, qui pourraient avoir des répercussions très graves. » Tel est l’appel lancé par Ashok Subron, porte-parole de la Port-Louis Maritime Employees Association (PLMEA), ce matin lors d’une rencontre avec la presse, où il a été question d’expliquer les motifs de l’affidavit signé par le président du syndicat, Alain Edouard, contre le managing director de la CHCL, Gassen Dorsamy, et sa déposition au CCID cette semaine. Cette action fait suite à la suspension du président et de l’assistant secrétaire de la PLMEA. « L’affidavit a pour but de dire la vérité, de faire en sorte que la vérité triomphe et que le droit syndical ne soit bafoué par personne d’autre », a souligné Ashok Subron. Ce dernier en appelle au gouvernement pour « prendre les mesures qui s’imposent immédiatement à l’encontre des personnes mentionnées dans la déposition consignée à la police ». Il demande également que les deux dirigeants syndicaux ne fassent l’objet d’aucune sanction.
Ce sont précisément des « pressions » et du « chantage » exercés sur le président de la PLMEA à la veille du comité disciplinaire le 21 janvier dernier qui ont motivé cet affidavit et cette déposition au CCID. « On laisse au managing director assumer la responsabilité de sa déclaration selon laquelle il n’a jamais rencontré Alain Edouard, président de la PLMEA. Il y a des éléments suffisants dans la déposition consignée pour savoir qui dit la vérité. Il y a aussi des caméras qui peuvent montrer qui est sorti et qui est entré », laisse entendre Ashok Subron.
« Le président de la PLMEA a juré un affidavit pour dire qu’il y a eu une violation des droits des travailleurs de la CHCL et une violation de ses droits en tant que président. Il a aussi dit qu’il y a eu des actions constituant une perversion au processus de la justice », selon le porte-parole de la PLMEA. Il a rappelé que l’organisation est « le seul syndicat reconnu » de la CHCL. Et de souligner : « La reconnaissance du droit de négocier a été accordée par un ordre de l’Employment Relations Tribunal en 2014. Le droit syndical des employés de la CHCL émane donc d’un processus légal. » Alain Edouard, à travers son affidavit, estime qu’il y a eu « violation de ce droit constitutionnel » du fait qu’il ait été suspendu de ses fonctions et qu’on l’ait « menacé » de perdre son emploi.
Selon Ashok Subron, la section 31(b) de l’Employment Relations Act stipule : « No person shall discriminate (…) a worker for his involvment in trade union activities. » De mêmes, dans les sections 30 et 31, il est stipulé : « No person shall interfere with the establishment functioning and administration of workers. » Or, selon les dires d’Alain Edouard, il aurait fait appel du directeur des ressources humaines de la CHCL le 14 janvier dernier pour lui demander de le rencontrer à son bureau le lendemain. « Mr Dahari started by saying that the Managing director, Mr Dorsamy was doing everything to sack me (…). He even advised me that if I lose this job it would be difficult for me to have a job of this status. »
Selon Ashok Subron, la section 2 de l’Employment Relations Act est devenue, depuis 2009, une « offense criminelle ». Il estime que « c’est donc un “police case” » avant d’ajouter : « De plus en plus, les entreprises utilisent les comités disciplinaires pour tenter d’anéantir le droit syndical des employés mauriciens. L’affidavit vient donc aussi défendre les droits de tous les travailleurs mauriciens. » La PLMEA en appelle au gouvernement, « qui est le propriétaire de la CHCL », pour qu’il « s’assure que les deux processus disciplinaires ayant été mis en place depuis le début de l’année ne débouchent sur aucune sanction contre les deux dirigeants syndicaux, Alain Edouard et Guy Martin ».
Parallèlement à la déposition consignée à la police, la PLMEA s’est adressée au secrétaire permanent du ministère du Travail hier car, selon Ashok Subron, « il y a aussi une possible violation » de l’Employment Rights Act. « S’il est clair qu’il y a eu violation, étant donné qu’il ne peut y avoir de discussions entre employeur et employé en dehors de l’oral hearing du comité disciplinaire, sous cette loi, c’est le ministère du Travail qui doit faire la poursuite. Nous demandons donc l’ouverture d’une enquête s’il y a eu violation de l’Employment Rights Act. Et, dans une telle circonstance, le gouvernement devrait agir en conséquence. »
La PLMEA a réitéré sa position par rapport au projet de privatisation du port par DPWorld. « Le gouvernement a nommé un consultant pour négocier avec DPW. Nous estimons qu’il faut plutôt un Select Committee avec des parlementaires de tous bords, des syndicats, des opérateurs du port et des citoyens mauriciens, pour exprimer leurs opinions. C’est une question de souveraineté et de sécurité nationale qui s’inscrit dans l’intérêt de nos enfants. »
La PLMEA organise par ailleurs le 10 mars prochain un séminaire d’une demi-journée sur la privatisation du port. « Le but est de constituer une coalition pour dire “Pa vann nu pei !”. » Le 19 mars, une marche pacifique sur le même thème sera organisée à partir de 14h au siège de la PLMEA, à Trou-Fanfaron.