Le concours de slam Dix mots pour la Francophonie est l’occasion de faire un état des lieux de cet art oratoire. Des slammeurs nous apportent leur vision des choses. Des bouches qui parlent, des mots qui claquent. Slam attack…
Des mots se sont posés sur le sol mauricien en 2002, sous l’impulsion de Stefan Hart de Keating. Il a lancé le mouvement, et le slam a pris son essor. Les proses étaient en ébullition, les adhérents se sont multipliés, les slam sessions grouillaient de jeunes amateurs de mots. Des livres ont même été édités par le Slam Master, Stefan H2k. Après quelques années, le mouvement s’est un peu essoufflé. Les membres se sont dispersés. Le Slam Master s’est exilé à l’Île Soeur, et d’autres cellules sont nées. Le slam a survécu… Les mots qui noircissent les pages blanches ne meurent pas.
Émergence.
Il y a eu cette vague de mots. Une bouche qui parle, des mots qui claquent, portant des rimes en vrac. Les proses ouvrent la voie à l’art oratoire, permettant aux jeunes pousses de dire leurs mots sans complexes. Le slam ouvre les portes à d’autres tendances. Le spoken words, où la musique s’installe avec élégance. Grand Corps Malade a porté cet art dans sa plénitude. Abd Al Malik en a fait une expression orale propre au rap, tout en restant très proche de l’élocution du slam. Toute ces vagues d’influences ont permis à l’amateur des mots de trouver la formule qui lui plaît. Mais elles ont aussi apporté des divergences d’idées et d’opinion, entraînant une division des scènes.
Aujourd’hui, le Sapin CaféCulture propose un plateau qui réconcilie tous ces styles à travers sa scène ouverte les vendredis soirs. Et ailleurs, des ateliers sont organisés : à Tamarin avec Ziad Peerbux, à Quartier-Militaire avec Giovanni Hope, ou encore à Port-Louis avec Jamel Colin.
Expression libérée.
Le slam est une expression qui s’est libérée des barrières pour prendre d’assaut les mots. Mais il s’est ensuite isolé en s’imposant des règles entravant son évolution. “Je veux ouvrir une scène oratoire pour permettre à des slammeurs de venir partager leur art sans aucun esprit de compétition”, dit Giovanni Hope. “Sans être dans la compétition, je veux essayer de revivre cette passion de dire ses mots, de déclamer sa poésie, parmi des gens ayant le même centre d’intérêt.”
“Pour l’instant, je trouve que ça évolue. Il y a des rencontres, des compétitions, des ateliers en tout genre et, franchement, les passionnés font de leur mieux pour le slam. Le slam, c’est une façon de dire ce qu’on pense en toute liberté. Un moyen de dire, de partager nos sentiments”, confie pour sa part la jeune slammeuse LaMuse.
Compétition.
“La compétition ne fait pas le slam, mais il fait partie du slam. Mon but est de partager cette passion à d’autres et d’initier les jeunes à cet art. D’où les ateliers que j’organise à Tamarin. Avant, j’animais des ateliers à Flic-en-Flac”, raconte Ziad Peerbux. Ce dernier est, en outre, le coach de l’équipe championne des intercollèges de Maurice, comprenant Alexandre Remila, Fabien Raffaut, Avikesh Luckhun et Jason Desdames. Il les a accompagnés jusqu’à leur sacre suprême : le titre de champion de slam intercollèges de France. Ces élèves de Palma SSS vont maintenant participer à un autre concours mondial, aux États-Unis, dans le courant de l’année. “C’est un exemple de réussite à travers la compétition”, ajoute Ziad Peerbux.
À Maurice, c’est seulement dans le cadre des compétitions organisées que le slam bouillonne, soulignent Jamel Colin et Giovanni Hope. “On devient trop individualiste, on cherche son “bout” et puis c’est bon. On ne doit pas résumer le slam à une compétition. Sinon il perd sa dimension artistique, ce processus de création et la passion pour les mots. Si le slam se résume à l’aspect compétitif pour beaucoup, on ne va pas aller loin”, observe Jamel Colin. Giovanni Hope abonde dans le même sens : “Je pense que beaucoup de slammeurs, surtout les jeunes, souffrent de cet esprit de compétition trop pressant dans ce milieu. La compétition, c’est bien. Mais trop de compétition tue la compétition. Et au final, on perd l’identité du slam. On se focalise trop sur le succès, le désir d’être champion.”
Structure.
Si ailleurs, comme à Rodrigues, le slam a pris une dimension plus grande qu’à Maurice, c’est grâce aux structures mises en place autour de cet art. “Il y a un gros travail abattu par les slammeurs à Rodrigues, notamment par Stellio Pierre-Louis, avec le concours du ministère de l’Éducation, pour vulgariser cet art sur le territoire”, explique Jamel Colin, qui a travaillé avec l’équipe rodriguaise il y a peu. “Il faut une fédération autour du slam. Une structure permettant l’existence perpétuelle et continue de cet art”, poursuit-il. “Il y a trop de parti pris. Il manque une structure solide autour de ce mouvement, une véritable cellule pour promouvoir le slam. Aujourd’hui, chacun fait sont truc dans son coin.”
Espoir.
Le slam a-t-il sa place dans le milieu de l’art ? Les différents concours vont, certes, l’aider, mais ne pourront assurer sa survie. C’est la passion qui sauvera le slam. Et nos interlocuteurs en sont conscients. “Je garde l’espoir qu’on peut arriver à trouver une solution. Et qu’on peut surmonter les divergences pour la cause de l’art”, dit Jamel Colin. “Le slam, j’en fais pour exprimer mes sentiments aussi bien que mes envies. Je l’utilise aussi pour véhiculer des messages. Plus que pour les concours, je le pratique pour la passion de l’art oratoire”, avance LaMuse. “Il faut réapprendre a apprécier cet art. Le vivre avant tout comme une passion”, souhaite Giovanni Hope.
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Slam A.K. 1/2 : Les poètes de Rodrigues
C’est le jeune Rodriguais Azazel qui, le premier, a commencé à écrire puis à présenter publiquement ses textes en slam. Après la consécration de Stellio Perrine au Slam National de 2011, et son passage à la Coupe du monde de Slam à Paris, le slammeur a lancé Slam A.K. 1/2 (“Académie”) à Rodrigues. Des ateliers sont ainsi animés à Mon Plaisir sur une base hebdomadaire. Le mouvement du slam a ainsi pris de l’ampleur. Les écoles ont également bénéficié de la mise en place de cellules de slam. “Les choses bougent, et vite”, soutient Jean-Luc St Pierre. Ce dernier a tout récemment participé au spectacle Ile Maurice Durable (conçu par Percy Yip Tong), dans le cadre des célébrations officielles de l’Indépendance au Champ-de-Mars. “Au cours de ces ateliers, on regroupe plus d’une soixantaine de jeunes, et il y a une grosse motivation autour du slam. Surtout depuis le lancement officiel de l’association en février dernier”, affirme Jean-Luc St Pierre.