Le président du Comité d’organisation des Jeux des îles (Coji), Thierry Grimaud, nous a accordé un bref entretien à quelques minutes de la cérémonie de clôture des 9es JIOI à La Réunion. L’occasion pour lui d’évoquer, sans détours, les événements ayant rythmé la semaine écoulée. Même si les choses n’ont pas toujours pris la tournure voulue, le président du Coji se dit un homme satisfait et heureux, avec le sentiment d’avoir accompli sa mission.
Thierry Grimaud, à quelques heures de la fin officielle des Jeux, quels sont les sentiments qui vous animent ?
Quand on m’a confié l’organisation des Jeux, on m’avait dit qu’il fallait que les rencontres se déroulent, que les athlètes prennent du plaisir. Je pense que c’était le cas. Vous étiez présents, vous l’avez vu.
Les questions sur l’engouement populaire sont souvent revenues. Un pari réussi, selon vous ?
On a vu une liesse populaire, une communion entre le public et les athlètes. Ça s’est passé à la piscine ou au gymnase. C’est ce qu’on a vu. C’est allé au-delà de nos espérances.
Pourtant, la décision du Cij d’interdire les hymnes et les drapeaux a un peu terni les Jeux…
Justement, je pense que ça a donné plus de ferveur patriotique, quelle que soit la nationalité. On a vu des Seychellois chanter la Marseillaise, on vu les Mauriciens chanter l’hymne national malgache. Je crois que ça répond à la demande et que ça a fait venir le public dans les stades.
Est-ce qu’il y a de quoi être déçus ?
La déception vient des événements périphériques des Jeux, qui ont pollué les Jeux, et que malheureusement, il y a eu, je dirais, un peu trop d’emballement de certaines choses, de certains incidents qui ont été montés en épingle, très rapidement dans des dispositifs de réseaux sociaux.
Un exemple ?
Le message qui annonçait que la délégation malgache partait. C’est devenu tout de suite la faute du Coji, on nous a traités de lamentables, d’incompétents. Mais quand on a estimé que la République malgache avait dit que c’était une erreur, il n’y a pas eu un mot d’excuse, pas un mot pour avoir été aussi vindicatifs contre nous.
Y a-t-il eu d’autres soucis ?
Oui. Mais je dirais que ce sont des problèmes inhérents à toute organisation. Pour avoir fait plusieurs Jeux des îles, une telle organisation sans problèmes de transport et de logistique, je ne pense pas que ça existe. On a eu des problèmes comme à tous les Jeux. Maintenant, tout ce qui ressort de la diplomatie n’est pas de notre ressort.
Avez-vous des regrets ?
Oui, quelques petits. Quand on voit que les premiers jours on ne parle que du départ des Comores, on ne parlait pas du sport, ni du public. Ces événements ont pris le pas sur la victoire du sport. Et il est malheureux que ce soit arrivé alors qu’on nous avait dit que c’était réglé.
Tout cela commence avec une décision du Cij…
L’acceptation de Mayotte aux Jeux date de 2005, une décision prise par des ministres des pays de la zone avec un ministre français. Mayotte a participé à ces Jeux selon des critères.
Ensuite ?
On nous a fait comprendre qu’il y avait des discussions pour que Mayotte défile sous les drapeaux. Je ne sais pas où ça n’a pas fonctionné, mais le résultat était qu’il n’y avait pas d’accord et que les Comores ont quitté les Jeux. Le Cij nous a ensuite demandé d’appliquer la Charte et le règlement intérieur tel qu’il est prévu. C’est cette application qui nous a amenés à interdire les drapeaux et les hymnes, pour éviter les désagréments. Et c’est à la demande des CNO étrangers que nous avons décidé d’instaurer le drapeau et l’hymne des Jeux.
Ce qui fait des mécontents…
Je comprends parfaitement que les athlètes soient blessés. Mais c’était soit cette solution, soit les autres îles quittaient les Jeux, et c’était fini depuis mardi.
Les conséquences auraient pu être plus graves…
Si on continuait à mettre l’hymne et le drapeau pour Mayotte, les autres allaient quitter La Réunion.
Justement, il y a eu des rumeurs que Maurice soutenaient la position des Comores et que la
délégation quitterait les Jeux…

Vous demanderez au CNO mauricien sa position. Ce que je peux vous dire, c’est qu’il y avait un risque que les autres délégations étrangères quittent les Jeux.
Au-delà de tout ça, peut-on dire que les Jeux sont réussis ?
Il me semble que, dans la presse même, il y a un changement de cap. Il y a ce qui était écrit il y a trois ou quatre jours, et maintenant, on considère les Jeux comme une fête sportive.
La question des prochains Jeux est toujours en suspens…
Il y a plus de cinq ans, le Cij a attribué les Jeux aux Comores. On a demandé des engagements par rapport aux constructions. Ils ne nous ont pas encore vraiment rassurés là-dessus. Mais pour le moment, le Cij n’a pas vraiment retiré les Jeux aux Comores. Donc, le drapeau leur sera remis comme prévu. On a prévu notre réunion en octobre pour que les Comores amènent les garanties de construction et à ce moment, on prendra peut-être une décision définitive.
Et si c’était à refaire ?
Bien sûr. J’avais une équipe de bénévoles formidables. Il y avait des athlètes qui se sont fait plaisir. Le sport est un moyen d’union des peuples et de cohésion sociale. J’aurais tout recommencé. C’est vrai que nous aurions pris toutes les précautions pour que ces événements ne se déroulent pas. Mais si on peut prédire l’avenir, je ne serai pas là.