L’Université de Maurice a connu plusieurs secousses, les unes les plus vibrantes que les autres pendant l’année 2012. D’abord et avant tout, le départ prématuré du Pr Konrad Morgan, le vice-Chancelier (VC) d’origine britannique qui a eu pour effet de mettre en lumière plusieurs scandales ayant sérieusement ébranlé l’établissement tertiaire le plus coté de l’île. Mais la nomination d’un Visitor en la personne de Dev Manra peut-il être celui qui remettra le campus du Réduit sur les rails.
Le Pr Konrad Morgan est le premier étranger à avoir assuré ce poste prestigieux. Après avoir été désigné en septembre 2009 pour reprendre la place laissée vacante par le Pr Indur Fagoonee, qui avait pris une retraite anticipée suite à des controverses autour d’une directive qu’il avait donnée aux académiciens, la nomination du Pr Konrad Morgan, un Britannique d’origine cannadienne, a été accueillie avec toutes les honneurs. Son arrivée a été saluée de par et d’autre, car il représentait un nouveau départ pour redonner le prestige d’antan à l’établissement, disons-le, essoufflé en raison des fortes lobbies qui y ont toujours existé. Il était, de surcroît, l’homme de la situation en raison de son expertise et de sa grande expérience pour gérer une institution telle que l’Université de Maurice. Moins de trois ans après la fin de son contrat, las des « exigences non-fondées » du ministère de l’Enseignement Supérieur, et « des ingérences intempestives » du Bureau du Premier ministre, le Pr Morgan claquera la porte un 9 janvier 2012 par le biais d’une lettre annonçant sa démission. Une défection qui aura eu l’effet d’une véritable bombe et suscité diverses passions défrayant pendant des semaines l’actualité.
Pour éviter le scandale, le Pr Morgan a, d’abord, maintenu que sa démission a été motivée par des raisons exclusivement personnelles. Une version jamais remise en question mais soutenue plus tard par le Pr Morgan lui-même qui, après avoir regagné son pays, a accordé des interviews à la presse. Il a notamment « dénoncé le rôle joué par le Bureau du Premier ministre » qui a « tourné en ridicule la supposée autonomie de l’Université précisant qu’il croit personnellement que la Constitution de l’UoM a été violée. » En effet, le Pr Morgan avait mis en place un nouvel organigramme, après avoir consulté le personnel académique et non-académique, dans le but de dynamiser et de rendre plus efficace une structure vieille de 40 ans, qui, soulignons-le, avait était conçue pour une poignée d’étudiants et d’employés, alors que la population estudiantine environnait les 12 000 étudiants.
« Ma position de vice-Chancelier n’était plus tenable »
La décision du Prime Minister’s Office (PMO) de procéder à un remaniement du Conseil d’administration à la veille de l’adoption formelle du pla, le 22 décembre 2011, a constitué la dernière goutte qui a fait débordé le vase sur le campus de Réduit. Le vice-Chancelier n’a pas digéré ce coup de Jarnac venu de si haut, même si, entre-temps, il subissait « des humiliations quasi-quotidiennes venant du ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche », selon des confidences faites – et confirmées – par des responsables de l’UoM. Dans un entretien, à la presse, le Pr Morgan déclarait : « Il est clair que le timing de l’intervention du PMO, était, pour moi, une telle violation de l’autonomie de l’Université et de l’autorité du Conseil que ma position de vice-Chancelier n’était plus tenable. »
Son plan visait surtout à décentraliser des responsabilités à tous niveaux, y compris les cinq facultés. Dans un premier temps, ce démantèlement aurait permis d’améliorer l’efficacité de l’administration, tout en diminuant la lourdeur administrative. Il y avait également des propositions en vue de permettre au Senior Staff de mieux s’intégrer dans la vie des étudiants. De plus, pour la toute première fois, il y a eu un réel désir d’instituer une succursale exclusivement réservée aux Finances pour faire fructifier les fonds à travers des donations, des subventions de recherches internationales et d’autres mécanismes en vue de générer des revenus qui auraient permis à l’UoM d’améliorer ses infrastructures et ses services aux étudiants, et pour qu’enfin, elle dépende moins de l’argent public et des subventions du gouvernement. Son plan de restructuration aurait, de plus, assoupli les postes de responsabilités de manière à maximiser la bonne gouvernance, afin que personne ne puisse jouir d’une quelconque autorité qui pourrait être perçue comme un conflit d’intérêts. Le but ultime étant enfin de donner naissance à un organigramme qui aurait été fort utile pour la croissance et les développements futurs de l’établissement.
Pour cause de « leakage »
Après son départ prématuré, le poste de vice-Chancelier a été assuré pendant pas moins de deux mois par le Pr Hussein Subratty, doyen de la faculté des Sciences, en attendant la nomination d’un nouveau VC. L’agitation était à son comble lorsque l’appel à candidatures pour le poste du VC à été une nouvelle fois lancé, éternel sujet de discorde sur le campus. Et la question dévenue embarrassante : l’exercice devait-il ou non être ouvert aux étrangers ? Finalement, une campagne ayant pour thème « Foreigners not knowing Mauritian realities » devait être enclenchée. Argument repris par l’ancien président de la Student Union, Navish Fookeerah, qui s’y mettait aussi de la partie lorsque la candidature d’un Britannique en la personne de Neil Garrod, deputy vice-Chancellor de l’Université de Greenwich, devait être retenue. Mais ce dernier déclina l’offre de l’UoM pour cause de « leakage » de ses négociations avec la direction de l’UoM. Il a même fait part de sa surprise en écrivant qu’internet était quelque fois mieux renseigné que lui. « It is certainly the first time in my career that I have been involved in such a process that has almost been carried out in public. Third party involvement does not facilitate the process », avait-il dit.
Dans l’ordre des plus méritants, c’est l’actuel VC, le Pr Ramesh Rughooputh qui s’est vu offrir le prestigieux poste. Lors de sa présentation à la presse, en juin dernier, il devait déclarer que sa priorité était de « rehausser l’image de l’UoM » tout en précisant : « I will introduce strong discipline. No one will speak for the University. Everything will be communicated through the channel. I will not tolerate anyone to tarnish the image of UoM. » Il est un des plus anciens parmi le corps enseignant. C’est à 23 ans qu’il s’est joint au campus où il compte 35 ans de carrière. Le Pr Rughooputh détient un PhD en Electrical Engineering de l’UoM et un LLB de l’Université de Londres.
Le rapport Manraj : l’espoir 2013
En 1985, Dharam Dev Manraj, actuellement chef du Project Monitoring and Delivery Unit du Bureau du PM, avait été nommé une première fois en tant que Visiteur de l’UoM. Le rapport qu’il avait rédigé cette année-là traitait de l’organisation de la structure de l’Université et avait été rendu public deux ans après. Si, au niveau de la direction de l’UoM, on laisse entendre que le Visiteur a pour mission d’enquêter sur les problèmes de reconnaissance des diplômes des étudiants en pharmacie, il y a toutefois plusieurs autres problèmes graves au sein de l’institution, d’où la nécessité d’une personne extérieure pour faire la lumière.
Sa nouvelle nomination par le PM a été saluée par tout le personnel du campus, mais on se demande s’il a gardé la même verve qu’il y a 25 ans. Son rapport est attendu pour cette année. Mais déjà, lors d’une enquête préliminaire, il a condamnée la façon de faire de l’UoM et n’a pas recommandé la fermeture de l’UoM Trust.
Pour rappel, la State Law Office (SLO) avait en septembre dernier remis en cause la légalité de l’UoM Trust, filiale de l’UoM. Mais après maintes polémiques autour de la légalité du UoM Trust filiale de l’Université de Maurice (UoM), le Premier ministre, Navin Ramgoolam a, lors de son summing-up, des débats budgétaires, le 27 novembre dernier, indiqué qu’à la suite de la recommandation faite par le Visitor, Dev Manraj, à l’UoM, dans son Special Report, qu’il a approuvé l’amendement du University of Mauritius Act de 1971. Le but étant de « regularise the legal existence of the UOM Trust. The necessary legislative amendment will be effected in the forthcoming Economic and Financial Measures (Miscellaneous Provisions) Bill ».
Dev Manraj sera-t-il à la hauteur des espérances ou contribuera-t-il au sentiment de désespoir imprégné sur le campus ? Réponse aux interrogations de ceux évoluant quotidiennement dans l’établissement tertiaire au cours de l’année 2013.