Paul Bérenger, leader de l’opposition et du MMM, a laissé entendre hier que trois nouveaux maires seront bientôt élus pour diriger les trois mairies sous contrôle du Remake 2000, conformément à ce qui a été longtemps convenu entre les deux partis de cette alliance. Il tenait pour cela à démentir ce qu’il a qualifié de « ti palab » autour de la raison de la non reconduction d’Aslam Hossenally au poste de lord-maire de Port-Louis. Le leader de l’opposition est par ailleurs revenu sur l’Asset Recovery Act.
Paul Bérenger soutient de nouveau qu’après le vote de l’Asset Recovery Act, l’institution que représente le Bureau du Directeur des Poursuites Publiques (DPP), dont l’importance est, souligne-t-il, égale à celle du judiciaire, se retrouve « malheureusement » mêlée à toutes sortes de polémiques « par la faute du gouvernement ». Il insiste sur le fait que, selon la Constitution, le DPP est une « stand alone institution ». Il maintient que l’Asset Recovery Act est anticonstitutionnel dans la mesure où cette loi est venue modifier les attributions constitutionnelles du DPP en faisant, selon lui, du bureau de ce dernier « une police parallèle ».
Le leader de l’opposition parle de « gros impact négatif » de cette législation sur le secteur des services financiers. Il rappelle ainsi qu’outre l’avocat d’affaires Me Penny Hack qui a parlé de « menaces » sur le secteur, le président de l’Association of Management and Trust Companies, Kamal Hawabhay, ainsi que Couldip Lalah, de l’International Financial Services Ltd, un proche de l’ancien ministre des Finances Rama Sithanen, ont eux aussi parlé dans le même sens. Paul Bérenger réfute une nouvelle fois le point avancé par le DPP selon lequel le Dangerous Drugs Act (DDA) permettait déjà l’obtention d’informations bancaires sur des suspects impliqués sans préalablement obtenir l’ordre d’un juge.
« Cela est inexact », répète le chef de l’opposition. Il soutient qu’en vertu de cette législation, l’ancien Asset Recovery Commissioner ne pouvait obtenir de telles informations qu’après la condamnation d’un suspect par une cour de justice. Paul Bérenger réfute aussi l’argument avancé par le n°2 du Bureau du DPP, qui argue qu’en Grande-Bretagne les mêmes dispositions légales existent en matière de recouvrement des biens provenant du crime organisé. Il soutient à cet effet que dans ce pays, les attributions de l’ancienne Asset Recovery Agency ont été transférées, en 2008, au Serious Organised Crime Office et non au Crown Prosecution Office.
« Amalgame Chagos,  Malouines et Gibraltar »
« Il faut mettre un terme au tort causé à l’institution que représente le Bureau du DPP », estime le leader de l’opposition. Il explique que dans un souci d’encore plus d’efficacité, le Serious Organised Crime Office britannique vient tout juste d’être réorganisé en une National Crime Agency dotée d’encore plus de pouvoirs. « Il s’agit là d’une grande occasion de rectifier le tir dans l’intérêt du pays et de l’institution qu’est le Bureau du DPP », estime-t-il Paul Bérenger assure une fois encore que toute cette question ne relève pas, pour lui, de la politique partisane. Il réitère en effet que, dès le départ, sur ce sujet, tout le monde a fauté. Tout en gardant l’option d’aller contester jusqu’au Privy Council l’Asset Recovery Act, le chef de l’opposition appelle le Premier ministre à réagir.
Le leader de l’opposition commente par ailleurs la nouvelle à l’effet que le président du Groupe Réfugiés Chagos (GRC), Olivier Bancoult, a été invité et reçu par le ministre argentin des Affaires étrangères. « Je tiens à dire à cet effet que cela n’aide personne de faire l’amalgame entre la question des Chagos, d’une part, et celle des Malouines ou de Gibraltar, de l’autre », estime Paul Bérenger. Cela dit, le chef de l’opposition est d’avis qu’il ne faut pas pour autant que l’on perde la sympathie de l’Argentine et de l’Espagne dans la lutte pour le recouvrement de ce bout de territoire démembré.
Le leader de l’opposition est d’avis que mélanger la question chagossienne avec celle des Malouines ou de Gibraltar ne pourra que créer de la confusion dans la mesure où, souligne-t-il, chaque question se situe dans un contexte historique et légal précis. Il insiste d’autre part que pour le recouvrement des Chagos, l’on aura besoin de gagner la sympathie du plus grand nombre, « y compris celle de la France ». Paul Bérenger indique à cet effet avoir évoqué la question récemment avec le nouvel ambassadeur français qui lui a rendu une visite de courtoisie.
Le chef de l’opposition indique, sur la même question, qu’en marge de la Conférence internationale sur les Chagos intitulée Righting The Wronged ; let Our People Return Home ! qui démarre mardi, il a adressé aux organisateurs un message de solidarité. Paul Bérenger précise toutefois qu’il ne sera pas pour autant présent à cette conférence organisée pour marquer le 30e anniversaire du GRC. Le leader de l’opposition se dit « insatisfait » de l’attitude adoptée à son égard autour de cette conférence. Il rappelle au passage que c’est le MMM qui a en premier soulevé toute la question de la souveraineté de Maurice sur les Chagos et se dit « fier » d’avoir personnellement lancé toute l’action de solidarité envers le peuple chagossien dès la fin de l’année 1971.
Marchands de rue : « agir fermement mais humainement »
Démentant ce qu’il appelle les « ti palab » autour de la raison de la non reconduction du lord-maire Aslam Hossenally l’an prochain, le leader du MMM explique qu’il a été longtemps convenu au sein du Remake 2000 de changer de maire chaque année dans toutes les villes contrôlées par les deux partis de cette alliance. « Ce n’est, dit-il, pas à Aimée de décider si un maire doit être élu pour deux ans ».
Le Remake 2000, indique ainsi Paul Bérenger, a choisi de maintenir la pratique de garder un maire en poste pour une période d’une année sans pour autant, précise-t-il, écarter totalement la possibilité dans des cas particuliers de maintenir le même maire en poste pour deux voire trois ans. Il précise que tout indique que l’an prochain, trois nouveaux maires seront en poste dans les trois villes contrôlés par le Remake 2000. Le leader du MMM, qui souligne que pour son parti le travail dans les mairies est « un travail d’équipe », explique que le but recherché est de « donner la chance au plus grand nombre » d’assumer le poste de maire. Dans le cas particulier du problème des marchands de rue dans la capitale, Paul Bérenger indique que la consigne donnée au lord-maire en fonction est « d’agir fermement mais humainement ».
Évoquant les discussions lors de sa dernière PNQ de mardi à l’Assemblée nationale, le leader de l’opposition indique n’avoir pas personnellement porté attention à une remarque déplacée du Premier ministre à l’encontre du leader du MSM, Pravind Jugnauth, et du député de ce même parti, Showkutally Soodhun. Remarque qu’il qualifie de « totalement inacceptable » et qui a été consignée dans le Hansard. Il invite à ce propos Navin Ramgoolam à « retirer ses mots » à la première occasion, mardi prochain, lors de la prochaine séance parlementaire. « Je suis confiant qu’il le fera », dit-il.
Paul Bérenger dit enfin sa satisfaction quant au déroulement de l’élection présidentielle à Madagascar. « So far, so good ! » se réjouit-il tout en souhaitant que tout se poursuive sur cette même lancée. Notant parallèlement que les Nations unies viennent de tirer la sonnette d’alarme quant au risque qu’une grave famine frappe prochainement la Grande île, le leader de l’opposition souhaite que l’on se prépare à faire face à la situation.