Tatiana Mathieu est sans doute l’une des meilleures barreuses de sa génération et que Maurice n’ait jamais connue. À 21 ans seulement, elle s’est déjà forgée un beau palmarès avec plusieurs titres de champion à son actif. Voici le portrait d’une jeune navigatrice pour qui, braver vents et marées fait partie de son identité.

Tatiana Mathieu est ce qu’on appelle dans le jargon mauricien, « enn zanfan lamer ». D’ailleurs, c’est à l’âge de huit ans que cette habitante de Grand-Baie s’est lancée dans la voile. Le déclic est venu en voyant les barreurs à l’œuvre, dans leur barque dans le lagon. Bercée par la mer depuis sa tendre enfance, pas étonnant qu’aujourd’hui, elle se sent à son aise. Toutefois, elle avoue que ce n’était pas évident à ses débuts. « Lorsque je débutais en optimist (ndlr : petit voilier solitaire conçu pour l’usage des enfants), j’avais une certaine crainte de me faire emporter par les vagues. Mais au fur et à mesure que je faisais mon apprentissage, ma peur se dissipait pour laisser place à un véritable amour pour cette discipline. Aujourd’hui je fais de la voile non seulement parce que c’est ma passion, mais surtout parce que cela me rend heureuse. Je me sens merveilleusement bien en étant sur l’eau », nous confie la jeune femme qui concourt en laser 4.7 (ndlr : voilier plus robuste et destiné aux barreurs aguerris).

Jeune et expérimentée

Elle ne peut pas si bien dire, puisqu’en dépit de son jeune âge, elle a connu un parcours sportif honorable, malgré un manque accrue de participations aux compétitions internationales qui auraient pu donner un peu plus de valeur à son palmarès. Car, force est de constater que les compétitions sur le plan local, ne se résument malheureusement qu’aux championnats nationaux. De plus, les participations mauriciennes au niveau international, voire africain sont rares, à cause d’un manque de moyens. Seuls la Coupe de l’Océan Indien (COI) – compétition nautique regroupant les Îles de la région – et les Jeux des Îles (chaque quatre ans) permettent aux barreurs de sortir de leur routine et de concourir dans un cadre un plus intensif.

N’empêche que le bilan de Mathieu, hormis ses titres nationaux est quand même louable: deux médailles de bronze (en équipe et course individuelle en laser 4.7) décrochées lors de ses premiers Jeux des Îles, en 2015 à La Réunion et quatre COI remportées, dont deux aux Seychelles respectivement en 2013 et 2016 et deux à Maurice respectivement en 2014 et 2017. D’ailleurs, à cette derrière édition, on se souviendra que la barreuse qui portait le brassard de capitaine de la sélection mauricienne, s’était imposée avec autorité en laser 4.7, en remportant huit courses sur 10.

Si elle n’a pu défendre son titre à l’édition 2018 de la COI qui s’était tenue à La Réunion – la Mauritius Yachting Association préférant se concentrer d’avantage sur les camps d’entraînement, en guise de préparation pour les Jeux des Îles -, elle est toujours considérée comme une référence à Maurice, en laser 4.7, chez les dames. Si aujourd’hui elle est ce qu’elle est, cela ne peut qu’être le fruit d’un travail de longue haleine. Cela fait 12 ans déjà qu’elle consacre une partie de sa vie à la pratique de sa discipline.

Forte d’une expérience enrichissante à la COI et aux JIOI, il va sans dire que Tatiana Mathieu est l’une de meilleures chances de médailles à ces 10es Jeux des Îles, qui se tiendront dans à peine un mois. L’épreuve de voile se tiendra dans le lagon de Grand-Baie, un plan d’eau qu’elle connait très bien. Et cette fois-ci, elle compte fermement se battre pour la première place du podium. « Maintenant je sais à quoi m’attendre. Je suis plus expérimentée et mieux armée. Je sais qu’une fois de plus, la bataille sera rude, mais je me sens prête. J’appliquerai tout ce que j’ai appris jusqu’ici. J’ai vraiment hâte d’y être, car j’ai cette médaille d’or dans le viseur », dit-elle.

Symbole de la combativité

Toutefois, elle garde la tête sur les épaules. Elle sait que pour atteindre son objectif, elle devra faire preuve de combativité, tout comme il y a quatre ans. « Je me souviens encore des Jeux de 2013 où j’ai concouru dans des conditions difficiles. J’étais à mes premiers Jeux et qui plus est, en terrain inconnu et très stressée. Mes adversaires étaient plus fortes et surtout plus âgées que moi. À l’époque, je n’avais que 17 ans. Mais malgré tout, je me suis accrochée pour aller décrocher cette médaille de bronze. C’était un sentiment extraordinaire. J’étais fière », se souvient-elle.

Ses qualités, Tatiana Mathieu les a acquises au fi l des années d’entraînement sous la férule de Mike Lafleur, entraîneur national de laser. Avec le temps, elle les a peaufinées, car l’art de barrer un bateau demande avant tout, une concentration intense, un sens intuitif très développé et une maîtrise totale de toutes les manœuvres de navigation. Est-ce un don ? En partie. Mais pour arriver à ce niveau, c’est surtout le fruit d’un travail persévérant. Les barreurs qui possèdent la maîtrise de leur art ont beaucoup travaillé ; ils savent qu’ils ont toujours à apprendre et qu’ils seront toujours en quête de perfection. Car un bateau bien barré, c’est un fil à couper le beurre. Et ce n’est pas Tatiana Mathieu qui nous dira le contraire, elle qui voudra certainement y aller plein gaz, dès la première régate.