Le lord-maire, Aslam Hossenally, s’est engagé à faire de la capitale une ville plus moderne en se concentrant sur la propreté, la sécurité et l’état des drains, tout en étant à l’écoute des doléances des citadins. Rappelant que son plan d’action était de « rénover et innover » pour de nouvelles villes, il explique que le bilan qu’il fait de cette première année n’aura pas été celle des effets d’annonce, mais celle des fondations. Et ce sont justement ces fondations, insiste-t-il, qui permettront, dans les années à venir, d’engager une transformation durable et visible de Port-Louis. Parmi ses projets, en sus du Night Market – qui, selon lui, a permis de créer une dynamique économique et sociale très positive –, il entend faire de la capitale un moteur de l’entrepreneuriat local tout en trouvant que l’économie nocturne doit devenir un levier de croissance.
Un an après votre intronisation comme maire de Port-Louis, votre action était placée sur le thème « Rénover et innover pour de nouvelles villes ». Quel est votre bilan actuel pour la municipalité ?
Il est important de rappeler que mon mandat s’inscrit dans une durée de six ans. Cela implique une vision à moyen terme, avec des étapes claires. La première année, surtout dans un contexte de prise de fonction, est essentielle pour poser des bases solides. Et, dans notre cas, cela l’était d’autant plus que nous sommes arrivés dans une période de transition importante. Être le premier lord-maire dans ce nouveau contexte implique une responsabilité particulière : celle de structurer, d’organiser et de remettre la municipalité sur des rails durables.
Nous avons donc priorisé le travail de fond : remise en ordre des services, amélioration de la propreté, interventions sur les infrastructures, et réorganisation administrative. Ce sont parfois des actions peu visibles immédiatement, mais indispensables pour permettre une transformation réelle par la suite. Il faut également être transparent : la question du financement a représenté un défi majeur. Le nouveau gouvernement a hérité d’une situation économique difficile, avec des contraintes budgétaires qui se répercutent naturellement sur les collectivités locales. Cela nous oblige à faire preuve de rigueur, d’innovation et de priorisation dans chacune de nos décisions. Malgré ces contraintes, nous avons su initier des projets porteurs, comme le Night Market, et lancer une dynamique de réflexion sur la modernisation de la ville.
En résumé, cette première année n’a pas été celle des effets d’annonce, mais celle des fondations. Et ce sont justement ces fondations qui permettront, dans les années à venir, d’engager une transformation durable et visible de Port-Louis.
Selon votre constat, quelles sont les doléances des citadins et qu’en est-il du redressement de la mairie et des moyens financiers ?
Sur le terrain, les attentes des habitants sont très concrètes : propreté, éclairage, sécurité, gestion du trafic et entretien des infrastructures. Ce sont des besoins du quotidien, et ils sont légitimes. En ce qui concerne le redressement, nous avançons avec une double contrainte, qui est celle de répondre à l’urgence tout en reconstruisant sur le long terme. Il faut aussi rappeler que la municipalité évolue dans un contexte financier tendu. Comme au niveau national, nous avons dû composer avec des ressources limitées, héritées d’une situation économique difficile.
Cela dit, nous avons fait le choix de la rigueur et de la transparence. Chaque roupie doit être utilisée de manière optimale. Nous travaillons également à mobiliser davantage de partenariats, notamment avec le secteur privé, afin de soutenir certains projets structurants.
Le problème des marchands ambulants est-il résolu ? Et que compte entamer la municipalité pour soutenir l’entrepreneuriat local ?
La question des marchands ambulants reste un sujet sensible, mais des progrès ont été réalisés. Nous avons privilégié une approche équilibrée, qui est de faire respecter l’ordre public tout en reconnaissant la réalité économique de nombreux citoyens. Nous avons donc travaillé à mieux encadrer leurs activités, en évitant des mesures brutales, qui auraient fragilisé davantage ces travailleurs.
Par ailleurs, nous voulons aller plus loin en faisant de Port-Louis un véritable espace d’opportunités pour les petits entrepreneurs. Cela passe par la multiplication d’initiatives, comme les marchés thématiques, les événements commerciaux et la mise à disposition d’espaces organisés. Notre ambition est claire et s’inscrit dans cette optique de faire de la capitale un moteur de l’entrepreneuriat local.
Face à la leptospirose, quelles sont les actions mises en place, surtout en ce qui concerne les foires, les étals et le marché central ?
Nous avons fermé le marché de Port-Louis dans un premier temps pour un nettoyage approfondi, et nous nous sommes assurés de l’hygiène de tous les étals. C’est une action que la municipalité compte entreprendre au moins deux à trois fois annuellement. Face à la leptospirose, nous avons renforcé notre dispositif de prévention, notamment dans les marchés et les foires, qui sont des zones sensibles. Des actions concrètes ont été mises en place et il y a aussi eu une intensification des campagnes de dératisation, et de nettoyage plus régulier et plus rigoureux. Sans oublier une meilleure gestion des déchets et une meilleure sensibilisation des marchands et du public. Nous travaillons également en collaboration avec les autorités sanitaires pour assurer un suivi constant. La prévention reste notre meilleure arme.
Port-Louis a davantage été dans une phase de transition que de transformation. Les citadins attendent des actions concrètes, visibles et durables. Que répondez-vous à leurs attentes ?
Je comprends l’impatience des habitants. Mais il est important de rappeler qu’une transformation durable ne peut se faire sans une phase de préparation. Aujourd’hui, nous entrons progressivement dans une phase où les actions deviennent plus visibles. Les bases ayant été posées; nous pouvons désormais accélérer certains projets, qui auront un impact direct sur le quotidien des citadins. Notre engagement est clair : nous voulons tous des résultats concrets, mais surtout durables.
Le centre de Port-Louis fait face à une pénurie chronique de places de parking, ce qui aggrave la congestion urbaine et ralentit l’ensemble du trafic. Comment peut-on y remédier ?
La question du stationnement dans Port-Louis est un défi structurel lié à la densité et à l’attractivité de la ville. Nous explorons plusieurs solutions, qui portent sur une optimisation et une meilleure gestion des parkings existants. Nous avons aussi des projets de parkings à étages, et nous encourageons le transport alternatif et le covoiturage pour une meilleure régulation du trafic. Mais au-delà des infrastructures, il faut aussi engager une réflexion sur notre manière de nous déplacer en ville.
Le Night Market a généré de l’activité et a servi de plateforme importante pour les petits commerçants. Mais il y a aussi eu des mécontentements au niveau des étals alloués. Comptez-vous faire de ce Night Market un rendez-vous annuel ? Et quelles sont les nouveautés que vous allez introduire ?
Le Night Market était une de mes promesses dans mon discours d’intronisation. Cela a permis de créer une dynamique économique et sociale très positive. Une de ces soirées a attiré 75 000 personnes. Les aspects de la sécurité, du déploiement de policiers et de mise en place du ramassage d’ordures ont été bien planifiés. Cela a offert une plateforme importante à de nombreux petits commerçants.
Nous sommes cependant conscients des critiques, notamment concernant l’attribution des étals. Ces retours sont pris en compte, et des améliorations seront apportées. Mais nous pouvons assurer les citadins que tout a été fait dans la transparence et selon les dispositions de la loi. Notre volonté est de faire du Night Market un rendez-vous régulier, avec pour conditions plus de transparence, une meilleure organisation et une offre plus diversifiée. L’objectif est d’en faire un événement structurant pour l’économie locale.
Avec la hausse des tarifs d’électricité, comment Port-Louis, à travers ses commerçants, pourrait participer à l’émergence d’une véritable économie nocturne ?
Le développement d’une économie nocturne est une opportunité réelle pour Port-Louis. La mise en place de rues piétonnes en soirée pourrait transformer l’attractivité du centre-ville, tout en améliorant la sécurité. Face à la hausse des coûts, notamment de l’électricité, il faudra innover et avoir recours à des solutions énergétiques plus efficaces. On mise sur la mutualisation des efforts entre commerçants, accompagnement des autorités. L’économie nocturne doit devenir un levier de croissance.
Une autre réalité s’impose dans les rues de la capitale : le sort des SDF, surtout avec l’hiver qui approche. Quelle action la mairie compte-t-elle mettre en place pour les aider ?
La situation des SDF interpelle chacun d’entre nous. Avec l’hiver qui pointe son nez, il est de notre devoir d’agir. Nous travaillons avec les Ong et les services sociaux pour renforcer les dispositifs d’hébergement temporaire, comme celui d’offrir un accompagnement social, développer des initiatives de réinsertion… C’est un enjeu humain qui nécessite une réponse collective et coordonnée.
La question de redonner un nouveau souffle à Port-Louis est très présente chez les citadins. Pour vous, quelle est la priorité ?
Redonner un nouvel élan à la capitale. Cela passe par une ville plus propre, plus sûre, mieux organisée… mais aussi plus dynamique économiquement. Nous voulons faire de Port-Louis une ville qui inspire confiance, qui attire, et dans laquelle il fait bon vivre et travailler.
Quel message voulez-vous faire passer aux habitants de la capitale ?
Aux habitants de Port-Louis et à tous ceux qui travaillent et voyagent dans la capitale, je leur dirai que nous sommes pleinement engagés. Les défis sont importants, mais les bases sont en train d’être posées. Avec votre confiance et votre collaboration, nous pourrons aller encore plus loin. Port-Louis est une ville avec une histoire forte et un potentiel immense. Ensemble, nous écrirons la suite de cette histoire.
Propos recueillis par Corinne Maunick

