La nomination d’Arianne Navarre-Marie au poste de Deputy Prime Minister marque indéniablement un moment important dans l’histoire politique mauricienne. Voir une femme accéder à l’une des plus hautes fonctions de l’État demeure un signal fort dans une société où le pouvoir politique reste encore largement dominé par les hommes. Sur le plan symbolique, cette promotion peut être perçue comme une avancée. D’ailleurs, c’est l’image projetée par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, Arianne Navarre-Marie elle-même et d’autres membres du gouvernement.
« Nous avons brisé le plafond de verre. Aujourd’hui, toutes les femmes mauriciennes, qu’elles habitent les cités ou les villages, et qui souhaitent un jour se mettre au service du pays et faire de la politique, ont désormais l’espoir et l’opportunité de le faire », s’est empressée de déclarer la nouvelle DPM, dont les parents sont originaires des Chagos. Mais un symbole suffit-il, à lui seul, à traduire un véritable progrès démocratique et social ? C’est précisément la question qui traverse aujourd’hui le débat public.
Dans une démocratie parlementaire idéale – ce qui n’est pas nécessairement encore le cas à Maurice –, tous les élus, affranchis des considérations communalistes ou clientélistes, des préjugés de toutes sortes et respectueux de l’égalité des genres, devraient être en mesure d’occuper un poste ministériel. De la même manière, tout ministre faisant partie d’un gouvernement où le Premier ministre est véritablement « first among equals » devrait pouvoir émerger comme chef de gouvernement, à condition d’en avoir les compétences et la capacité de leadership, comme cela se pratique dans les grandes démocraties. Pour le moment, cela demeure encore largement utopique.
Il faut reconnaître toutefois qu’accéder au sommet du pouvoir implique d’autres exigences : compétence, indépendance d’esprit, maîtrise des dossiers, sens de l’État et capacité à défendre l’intérêt général au-delà des fidélités partisanes. Arianne Navarre-Marie affirme qu’elle sera, à son niveau, à la hauteur de la situation. Il est donc de notre devoir de la féliciter et, comme le dit l’adage, de « hope for the best ».
Pendant que le pays débat de représentation féminine, de méritocratie ou encore de renouvellement politique, les réalités économiques, elles, se rappellent brutalement au pays. Le récent rapport du Fonds monétaire international, dans le cadre des consultations de l’Article IV, est venu rappeler les fragilités persistantes de l’économie mauricienne : dette publique élevée, pressions budgétaires, vulnérabilités externes et nécessité de réformes structurelles. De son côté, Moody’s Ratings observe également avec attention la trajectoire économique et financière du pays. Ces avertissements ne signifient pas que Maurice est au bord du précipice. Mais ils traduisent une réalité : les marges de manœuvre se réduisent. Et dans ce contexte, la qualité du leadership et de la gouvernance politique devient centrale.
Dans ce climat économique et institutionnel délicat, les mouvements observés aussi bien au sein du gouvernement que dans l’opposition prennent une dimension particulière. L’opposition elle-même semble entrer dans une phase de recomposition. Le lancement du Front Militant Progressiste par Paul Bérenger apparaît comme un signal politique important. Il devrait occuper l’attention pendant toute l’après-midi d’aujourd’hui. Chacun attend désormais quel sera le prochain « move » de Paul Bérenger. Il semblerait que les députés du Front Militant Progressiste occuperont le front bench de l’opposition plus vite que prévu. Joe Lesjongard sera-t-il toujours leader de l’opposition la semaine prochaine ?
Sur le plan parlementaire, les députés ayant participé aux travaux du Parlement panafricain sont désormais de retour au pays. Le député mauricien Kevin Luckeeram a été nommé président de la commission de la Justice et des Droits de l’homme du Parlement panafricain. Par ailleurs, la Speaker Shirin Aumeeruddy-Cziffra a été nommée au comité exécutif de la Commonwealth Parliamentary Association. Elle a déjà participé à sa première réunion virtuelle le 5 mai dernier en tant que représentante du continent africain. Comme quoi la femme mauricienne est également à l’honneur sur le plan international.
Jean Marc Poché
