Le ministre des Utilités publiques, Patrick Assirvaden, a annoncé des études concernant une révision de l’équation tarifaire dans le secteur de l’eau, estimant que le coût de production ne correspond plus aux tarifs actuels. « Chaque mètre cube d’eau produit revient à Rs 24 alors qu’il est vendu à Rs 14 », faut-il comprendre, ajoutant que cette situation nécessite une réflexion sur la structure tarifaire, mettant l’accent sur les finances de la Central Water Authority.
Patrick Assirvaden a toutefois tenu à préciser que cette démarche ne concernera pas les tarifs domestiques appliqués à la population. « Il y aura des tarifs commercial, résidentiel, industriel. Ceux qui peuvent payer doivent pouvoir payer », affirme-t-il. Il laisse entendre qu’une différenciation pourrait être appliquée selon les catégories d’usagers.
Le ministre des Utilités Publiques a également dressé un constat préoccupant sur la situation du réseau d’eau, évoquant un taux de pertes estimé à 62 %. Avec une pluviométrie insuffisante et une baisse continue du niveau des réservoirs, il a averti que des mesures plus sévères pourraient être nécessaires.
Il a souligné que le réseau de la Central Water Authority (CWA), long de 5 300 kilomètres, comprend environ 1 500 kilomètres de tuyaux âgés de plus de 50 ans. Un vaste programme de remplacement des conduites, le Pipe Replacement Programme, est ainsi prévu.
De plus, le ministre a annoncé que le contrat pour la construction du barrage de Rivière-des-Anguilles sera attribué en août, avec un démarrage des travaux prévu en décembre.
Revenant sur la préparation du budget, Patrick Assirvaden a expliqué que le gouvernement doit composer avec plusieurs contraintes, notamment le report d’une compensation de Rs 10 milliards liée au dossier Chagos. Il a aussi affirmé que Maurice reste « sous le radar » de l’agence de notation Moody’s dans un contexte économique mondial marqué par de nombreuses incertitudes.
« Nous faisons face à des défis budgétaires, surtout avec ce qui se passe au Moyen-Orient où nous subissons les conséquences », a-t-il déclaré. Le ministre a notamment évoqué l’impact sur le secteur énergétique et précisé qu’une cargaison d’huile lourde destinée au Central Electricity Board (CEB) coûte désormais Rs 500 millions supplémentaires. « Cela coûte Rs 1,2 milliard par cargaison alors que cela aurait dû être de Rs 700 millions », a-t-il indiqué.
Sur la question de la pension non contributive, le ministre a estimé que le système a atteint un stade où « sa durabilité et sa pérennité sont sérieusement remises en question ». Pour lui, maintenir le modèle actuel sans réforme pourrait créer des difficultés pour les générations futures.
L’orateur a également abordé la situation des fonds de pension au sein du CEB, indiquant que le Staff Pension Fund affiche un déficit de Rs 131 millions, tandis que le fonds de pension des travailleurs manuels accuse un déficit de Rs 64 millions. Il a attribué cette situation aux décisions prises sous l’ancien gouvernement dirigé par le MSM et Pravind Jugnauth, affirmant que « 74 organismes publics enregistrent un déficit de leur fonds de pension ». Il a notamment cité le fonds de pension des collectivités locales, avec un déficit estimé à Rs 9,4 milliards ou encore les abus avec des prêts bancaires, qui ne sont pas remboursés par des entités proches du clan Jugnauth/Ramdenee.
Au regard des projets énergétiques, Patrick Assirvaden a apporté des précisions sur l’allocation de Rs 70 millions prévue pour une étude sur le Liquefied Natural Gas (LNG). Il a fait ressortir que plusieurs études avaient déjà été réalisées dans le passé afin d’évaluer la « masse critique » nécessaire pour accueillir cette technologie.
Le CEB prévoit la mise en place progressive de trois centrales fonctionnant au gaz d’une capacité comprise entre 150 et 180 mégawatts chacune. « Nous discutons avec le Japon, le Qatar et l’Inde. La question de la masse critique n’est plus un obstacle », a-t-il assuré.
Par ailleurs, le ministre a évoqué une étude concernant le développement d’un plan directeur pour des infrastructures de production énergétique à Fort Williams. Cette étude doit permettre de déterminer les investissements nécessaires, les coûts d’exploitation ainsi que les démarches réglementaires liées au projet. « Nous faisons une étude pour savoir si nous pouvons mettre en œuvre une centrale de 100 mégawatts à Fort Williams », a-t-il précisé en réponse aux interrogations du leader de l’opposition, Joe Lesjongard.
Dans son intervention, Patrick Assirvaden a vivement critiqué la gestion de l’ancien régime, affirmant que le CEB disposait auparavant d’un fonds de Rs 7 milliards avant de se retrouver dans une situation déficitaire. « On a dû augmenter le tarif d’électricité pour soutenir le CEB. Pravind Jugnauth et le MSM en sont responsables », a-t-il lancé.
Le ministre des Utilités publiques s’est réjoui de la relance du concept « Maurice Île Durable » (MID), estimant que la transition énergétique représente désormais « une nécessité économique, stratégique et environnementale ». Il a assuré que la population sera accompagnée à travers le Household Solar Scheme, qui sera lancé prochainement.
Dans le cadre de ce programme, chaque foyer pourra installer des panneaux solaires avec un Grant pouvant atteindre Rs 75 000. Le solde pourra être financé par un emprunt auprès de la Development Bank of Mauritius (DBM) ou d’autres institutions bancaires. Le CEB achètera également l’électricité produite par ces ménages à un tarif supérieur, soit Rs 4,83 l’unité contre Rs 4,20 actuellement.
Par ailleurs, Patrick Assirvaden a annoncé l’acquisition de batteries d’une capacité de 20 mégawatts afin de répondre aux pics de consommation entre 18 heures et 21 heures. Il a mentionné le lancement du National Biomass Framework visant à réduire progressivement la dépendance au charbon, ainsi que la tenue d’un salon dédié aux énergies renouvelables en septembre. Une nouvelle législation sur les énergies renouvelables est également annoncée afin de mieux structurer ce secteur.
Le ministre des Utilités publiques a conclu son intervention en réaffirmant que les réformes engagées visent à assurer la sécurité énergétique et hydrique du pays tout en préparant Maurice aux défis économiques et environnementaux à venir.

