L’artiste et cofondateur de l’organisation pARTage, Krishna Luchoomun, Lecturer au Mahatma Gandhi Institute (MGI), considère que les mesures annoncées pour les artistes dans le budget 2026-27, présenté par le Premier ministre et ministre des Finances Navin Ramgoolam, sont « intéressantes ». Mais il note qu’il manque des détails concernant les modalités de mise en œuvre, dont leur financement. À Le Mauricien, il dit ainsi espérer que ces mesures « ne soient pas que des effets d’annonce ».
En premier lieu, le statut des artistes : « Je pense que les artistes vont devoir attendre parce qu’il n’y a aucun détail concernant la mise en œuvre, outre l’amendement de la loi. Aucun budget n’a été voté dans ce sens non plus. Donc, on ne sait pas si cela se concrétisera ou non. » Idem, ajoute-t-il, concernant l’Artistic and Cultural Hub, qui abritera un musée national et dont le but est de ramener sous un seul toit les collections artistiques éparpillées à travers l’île. « Aucun budget ni autre détail n’ont été évoqués pour mettre le projet en marche. Cela fait 40 ans que je suis revenu à Maurice et que j’entends parler de ce musée d’art, mais il n’y a toujours rien. »
En revanche, la création d’un One Stop Shop pour l’organisation des événements est un projet pouvant se mettre en place facilement, poursuit-il, et ce, « sans avoir besoin d’argent ». Aussi se demande-t-il « pourquoi ça tarde ». Krishna Luchoomun souligne aussi que le Creative Arts and Culture Development Program est « très intéressant ».
Mais il estime toutefois que « même si la démarche demeure positive, Rs 30 millions pour un tel projet n’est pas suffisant, d’autant que les prix des matériaux ont grimpé par deux fois, voire plus ». Avant de dire ses regrets quant à l’élimination du National Arts Fund (NAF).
Pour ce qui est de la Biennale d’art annoncée par le Premier ministre, il trouve là encore qu’il s’agit d’une bonne idée. « Si une île de l’océan Indien pouvait l’accueillir tous les deux ans, elle aurait un meilleur rayonnement sur le plan international. » Il développe : « Cela permettrait la mutualisation des coûts. Ce n’est pas le même pays qui aurait à encourir les frais tous les deux ans. Mais encore une fois, on n’a pas de détails sur la manière dont cela se passera. On peut d’ores et déjà entamer des discussions avec les îles de l’océan Indien. Cette Biennale de l’océan Indien pourrait devenir comme celle de Venise. »
La préservation du patrimoine est également un projet important pour le pays, selon lui. « Les bâtiments ont longtemps été négligés, et si on laisse les choses continuer ainsi, ces lieux perdront leur âme. Comme ce qui se passe à Port-Louis avec la construction de gratte-ciel. Il faut commencer par venir avec des lois. »
Par ailleurs, il estime que les fonds alloués pour le projet du Morne auraient pu être canalisés ailleurs, surtout si des constructions sont prévues, au risque d’altérer leur authenticité. Il pointe du doigt les projets d’infrastructures, dont la construction ou la rénovation des bâtiments servant à l’art et à la culture, « mais sans budget de fonctionnement ». Il prend l’exemple du théâtre de Port-Louis, qui avait un budget pour les travaux de rénovation, « mais pas pour le faire vivre », soit avec un budget de création et de production. « Il n’y a pas d’argent pour les artistes. Et c’est un handicap pour eux », termine-t-il.

