Le Caudan Arts Centre (CAC) abrite jusqu’au 9 août « Mindscape », la première exposition en solo de la jeune artiste Lutfiyah Nanhuck. La plasticienne aux traits libres et alliage de couleurs riches n’en est pas à son baptême du feu. Elle s’est en effet déjà illustrée dans quelques expos collectives. Elle dévoile sa démarche…
« Je rêvais de faire ma toute première exposition en solo ! Et c’est désormais chose faite depuis le 27 juillet. Au total, 21 tableaux sont exposés au CAC. La collection “Mindscape” est un ensemble destiné à mieux cerner ma personnalité et une invitation à découvrir mon monde… » indique la jeune femme. Lutfiyah Nanhuck, ce sont des couleurs, pastels comme chaudes, qui se chevauchent, tissent des frontières, dansent dans toutes les directions et prennent vie sous les yeux des spectateurs. Et surtout, les nuances et tons de bleu, qui se déclinent dans quasiment tous ses tableaux. « Instinctivement, le bleu revient dans mon œuvre. Je ne peux pas expliquer pourquoi ni comment. C’est une couleur qui fait partie de moi. »
De plus, quand elle peint, elle entre « dans un état second », ajoute-t-elle. « Je me laisse guider par mon instinct et le feeling qui me guide dans le moment. Le pinceau et les couleurs deviennent mon médium d’expression. Et je découvre, comme les spectateurs, mes tableaux, mes coups de pinceau avec ce regard de l’autre ! C’est une expérience inédite. »
Initialement, cette élève du SSS Ebène ne se destine nullement vers les arts plastiques. Elle entreprend même des études tertiaires à l’Université de Maurice (UoM) et décroche son LLB. « Mais je n’étais pas du tout à l’aise dans ce milieu. Cet univers ne correspondait pas du tout au mien. J’avais pris cette option comme plan B, pour m’inscrire dans un plan de carrière. Mais je n’ai pas pu continuer dans cette voie », confie la jeune femme, qui n’a pas 30 ans. De fait, elle explique : « Quand j’étais au collège, il y avait déjà les disciplines artistiques. Je m’y étais intéressée. Cependant, c’était plutôt restrictif. Et ça, ce n’était pas ma tasse de thé. »

Depuis deux ans, Lutfiyah Nanhuck s’est totalement immergée dans son univers de couleurs et de peinture. « Je ne recherche rien de spécifique. J’aime laisser le pinceau et les couleurs dicter leurs lois… Et découvrir le résultat final, qui exprime une partie de moi. C’est ce que je témoigne par le biais de mes tableaux. » La fluidité du coup du pinceau, précise-t-elle, « est ce qui me convient le mieux ». Ajoutant : « C’est ce médium qui me permet de m’exprimer, de partager mes sentiments, mes coups de cœurs, mes vagues à l’âme… »
Mindscape, sa première expo solo, devient de ce fait une plongée dans son univers, une découverte de son identité d’artiste… « C’est à ce voyage que j’invite le spectateur. Ceux qui regardent mes tableaux peuvent voir des mouvements brusques, comme saccadés. Tantôt, il y a le “flow” fluide, aéré, tantôt plus strict. C’est tout cet ensemble qui fait ce que je suis », explique-t-elle.
L’an dernier, la jeune femme a exposé aux côtés d’autres artistes émergents au cours de la Summer Exhibition, tenue à l’Edith Square. Elle était également sur la liste des exposants du Summer Art au CAC. Et début 2023, elle présentait quelques-uns de ses tableaux au sein du collectif qui exposait au Barkly Wharf du Caudan.
Lutfiyah Nanhuck se dit déjà consciente que l’art, à Maurice, « n’est malheureusement pas assez répandu et apprécié » par le plus grand nombre. « Je trouve qu’il y a un petit groupe de personnes qui sont elles-mêmes les principaux acteurs de cette scène. Acheter des tableaux, visiter des expositions, les organiser, les soutenir… tout cela, un petit groupe de personnes à Maurice y est engagé. Mais pas la masse. Et c’est dommage ! »
Elle souhaiterait ainsi voir inclure dans le cursus scolaire plus d’ouverture vers les métiers de l’art. « Quand on parle d’art, à Maurice, automatiquement, c’est de la musique qu’il s’agit. La peinture, la sculpture, le dessin et les autres disciplines artistiques passent après ! » Lutfiyah Nanhuck poursuit : « Éveiller nos jeunes vers les arts multiples dès leur plus jeune âge aiderait à développer des talents en herbe, les aider à s’orienter vers des expressions artistiques qui les conviennent. Et pourquoi pas en faire leur gagne-pain ? »
Dans la même veine, poursuit-elle, les options dans le cursus scolaire pourraient faire plus de place à la créativité. « Je trouve qu’en imposant des modules somme toute restrictifs, cela n’ouvre pas les horizons pour ceux qui souhaiteraient pratiquer une discipline artistique, mais qui se retrouvent avec des contraintes. Et ces personnes s’éloignent alors, et vont vers des avenues plus classiques et standards. »
Lutfiyah Nanhuck souligne que « l’art, c’est la beauté », car « cela aide à ressourcer l’âme, à avoir des espaces, des plages d’air pour mieux vivre nos vies ». Elle trouve aussi que « les autorités pourraient offrir davantage de “grants”, des aides et des projets de soutien » aux artistes. « Cela aiderait énormément car, pour l’heure, nous disposons de très peu d’aides. »
Dans le même souffle, ajoute la jeune femme, « les artistes émergents comme moi avons cruellement besoin de frottements avec d’autres, qui ont déjà assis leur talent et réputation ». De fait, « des ateliers, des résidences et des partages avec autant d’artistes locaux qu’étrangers, sont bienvenus ». Mindscape se compose de 21 tableaux, hébergés par le CAC, qui sont visibles du lundi au dimanche, de 9h à 21h. Il s’agit d’une expo-vente. La liste des prix des tableaux est disponible à l’entrée.

