NATIONAL YOUTH PARLIAMENT : Un air de fraîcheur et de jeunesse souffle sur l’hémicycle

Ajouter en tant que source préférée sur Google

Au sein de l’hémicycle de l’Assemblée nationale, une jeunesse venue débattre, défendre ses idées et se confronter aux exigences du travail parlementaire prend ses marques. Pour cette 5e édition du National Youth Parliament (NYP), les participants endossent les rôles de Premier ministre, de leader de l’opposition, de Speaker ou encore de ministres. L’hémicycle était sous le souffle de la jeunesse et de la fraîcheur. Entre excitation, nervosité, fierté et sens des responsabilités, ils racontent ce que représente pour eux cette immersion dans l’univers parlementaire.

- Publicité -

Pour ces jeunes qui participent au National Youth Parliament, ces deux jours à l’Assemblée nationale ne ressemblent pas à une journée ordinaire. Ils s’apprêtent à ajuster leur veste, relire leurs notes, échanger avec leurs camarades et, surtout, à abandonner temporairement leur statut d’élèves pour endosser celui de parlementaires.

Pour certains, ce sera une première. Entrer dans l’Assemblée nationale, s’asseoir à la place qui leur a été attribuée et savoir qu’ils devront prendre la parole devant leurs camarades constitue une expérience qui, déjà avant le début des travaux, suscite beaucoup d’attentes.

- Publicité -

Dans l’hémicycle, ils devront prendre part aux débats, défendre leurs positions, écouter les arguments des autres et se familiariser avec les règles et les procédures parlementaires. Mais derrière les rôles qui leur ont été attribués, ce sont surtout des jeunes qui arrivent avec leurs propres préoccupations et l’envie de faire entendre leur voix sur les enjeux qui concernent leur génération.

Émotion
Pour plusieurs participants, entrer dans l’hémicycle constitue une expérience marquante. Étudiant en droit à l’Université de Maurice et Deputy Prime Minister de cette édition, Dishaant Kumar Luckeenarain découvre un lieu que l’on connaît généralement à travers les journaux télévisés, mais qui « donne une autre perspective » une fois qu’on y est assis. Il évoque une « vibe » particulière, difficile à retrouver ailleurs, et le vertige de réaliser qu’on peut « se retrouver quelques minutes plus tard à devoir prendre la parole ».

- Advertisement -

Même sentiment chez Oozeerally Tahseen, élève de Forest Side SSS Girls et Premier ministre du NYP 2026 : « Dès que l’on franchit les portes, on ressent immédiatement le poids, la solennité et la grande histoire qui habitent cette chambre. » Un moment qu’elle décrit comme « à la fois intimidant et profondément inspirant », confie-t-elle.
Marie Emma Cécile, élève du collège Lorette de Quatre-Bornes et leader de l’opposition, raconte quant à elle une première impression suivie d’une prise de conscience : « J’avoue qu’au tout début, je me suis dit que cela paraissait plus grand à la télé ! Mais ensuite, j’ai petit à petit réalisé l’importance de la pièce dans laquelle je me tenais. »

S’engager pour être кentendus

Derrière l’émotion, une même conviction revient chez plusieurs participants : il ne suffit pas de critiquer de l’extérieur. Élève de Grade 12 au Piton State College et membre du gouvernement au NYP 2026, Tooshal Seetul l’exprime sans détour. Selon lui, se plaindre des problèmes du pays ne suffit pas ; il faut être présent là où se construisent les politiques publiques. Il souhaite notamment porter des sujets qu’il juge urgents — santé mentale, réformes de l’éducation et lutte contre la drogue — directement dans l’arène parlementaire.

Un engagement que partage Emma Cécile, animée par une « quête de justice et d’égalité pour tous » : « On n’allume pas une lampe pour la placer sous une table, mais pour qu’elle éclaire tout le village. »

Pour Tahseen Oozeerally, la dimension symbolique est également personnelle. Elle souligne l’importance de la représentation, notamment parce qu’il s’agit de la première fois qu’une femme occupe le poste de Premier ministre dans le cadre de cette instance.

Speaker de cette édition, Rayyan Oderuth — déjà distingué lors de précédentes éditions du MGI Youth Parliament — met l’accent sur l’exigence de neutralité de sa fonction, qui demande selon lui rapidité d’esprit et fermeté dans les décisions. Il confie qu’observer les débats depuis son fauteuil, sans pouvoir y prendre part, suscite parfois l’envie de rejoindre la discussion tant l’«intelligence collective » et les propositions des jeunes parlementaires l’inspirent.

Du côté du gouvernement, Dishaant Kumar Luckeenarain, qui cumule les fonctions de Deputy-Prime Minister et de ministre de l’Enseignement supérieur, des Sciences et de la Recherche, décrit une pression réelle au moment de prendre la parole, qui laisse rapidement place à la concentration : « Il faut écouter ce qui est dit, répondre aux arguments et être capable de défendre sa position sans simplement réciter ce qu’on avait préparé », dit-il.

Trois motions, une même urgence

Les travaux du National Youth Parliament s’articulent autour de trois grandes motions : l’intelligence artificielle et la transformation numérique, la sécurité alimentaire, et la paix, la justice et des institutions responsables dans le cadre de l’ODD 16. La motion sur l’IA porte notamment sur la manière dont Maurice peut transformer cette technologie en moteur économique tout en préparant sa population aux bouleversements du marché du travail. La formation, la reconversion professionnelle, l’innovation des jeunes et la cybersécurité figurent parmi les questions abordées.

La sécurité alimentaire amène également les jeunes parlementaires à réfléchir à la dépendance du pays aux importations, à la production locale et à la nécessité de développer une agriculture plus résiliente face au changement climatique, tout en renforçant la participation des jeunes dans le secteur agroalimentaire.
Le troisième volet porte sur la paix, la justice et des institutions responsables, avec des questions liées notamment à l’accès à la justice, à la digitalisation du système judiciaire, à la transparence, à la protection des lanceurs d’alerte et à la participation des jeunes à la vie publique.

Pour Oozeerally Tahseen, l’enjeu est surtout de faire en sorte que les discussions ne restent pas « cantonnées entre ces quatre murs ». Elle souhaite que les résolutions formulées par les jeunes puissent être transmises aux autorités compétentes et contribuer à la réflexion sur les politiques publiques. Cette volonté rejoint celle de plusieurs participants, qui relèvent la différence entre être simplement « entendus » et être véritablement « écoutés», comme le résume Emma Cécile.

Un autre sujet s’invite également dans les échanges : la réforme du système de pension. Interrogé sur la question, Dishaant Kumar Luckeenarain se montre prudent. Il estime qu’une prise de position sérieuse nécessite d’abord une recherche plus approfondie et l’examen de l’ensemble des données et implications de la réforme. Il indique également que le National Youth Parliament invite ses participants à rester apolitiques.
Tooshal Seetul considère, pour sa part, que la question concerne directement les jeunes. D’après lui, les générations futures seront appelées à financer et à hériter du système qui est construit aujourd’hui, ce qui justifie leur participation au débat.

Des mentors dans l’ombre

Cette édition repose également sur le travail des mentors, qui accompagnent les participants dans leur préparation. À seulement 16 ans, Saabiya Keramuth, élève de Grade 10 au MGSS de Moka, joue ce rôle auprès de plusieurs jeunes délégués. Son accompagnement commence par une présentation du National Youth Parliament, de son objectif et de son importance, avant de se poursuivre avec l’attribution des rôles et l’explication des responsabilités de chacun.

Elle aide également les participants à comprendre la structure d’une résolution et les accompagne dans la rédaction de leurs textes. Elle participe actuellement à la relecture de plusieurs discours et travaille également sur la confiance des jeunes participants. Elle reconnaît avoir été « définitivement nerveuse » au départ, la plupart des participants étant plus âgés qu’elle. Mais cette expérience lui permet progressivement de gagner en assurance et de développer ses propres compétences en leadership.

Ancien Premier ministre du NYP lors de la 4e édition, Kyle Ridley Dyail accompagne également les participants de cette nouvelle édition. Son rôle consiste notamment à expliquer le fonctionnement du Parlement, à accompagner les jeunes lors des processus de sélection des fonctions clés — Premier ministre, Deputy Prime Minister et Deputy Speaker — puis à aider les nouveaux responsables à comprendre leurs fonctions et à constituer leur cabinet. Il s’appesantit également sur l’importance de savoir déléguer. Face à la charge de travail et à l’exposition que représentent ces fonctions, s’appuyer sur les autres membres de l’équipe et sur les whips permet, selon lui, de mieux organiser le travail et de structurer les idées.

Plus qu’une simulation

Le National Youth Parliament apparaît ainsi comme bien plus qu’une simulation parlementaire. Pour les participants, il s’agit d’une occasion de découvrir les exigences du débat public, de développer leurs capacités d’analyse et de comprendre les responsabilités qui accompagnent la prise de décision. Mais au-delà de l’expérience personnelle, ces jeunes souhaitent surtout que leur participation ouvre une porte vers une implication plus importante de la jeunesse mauricienne dans la vie publique.

Qu’ils soient au gouvernement, dans l’opposition ou à la présidence de la Chambre, leur message converge sur un point : la jeunesse ne veut pas seulement être considérée comme l’avenir du pays. Elle veut également participer à la construction de son présent.
Alors que les travaux se poursuivent à l’Assemblée nationale, les participants se préparent déjà à la suite des débats. Le National Youth Parliament se poursuit ce 29 août, avec l’objectif de faire émerger des propositions concrètes à partir des réflexions et des échanges engagés lors de cette première journée.

Une première historique pour le National Youth Parliament

 

Pour la première fois depuis la création du National Youth Parliament, une jeune fille occupe le poste de Premier ministre. Tahseen Oozeerally, 18 ans, élève en Upper VI au Forest Side SSS Girls, cumule également les portefeuilles de la Défense, de l’Intérieur et des Communications extérieures, de Rodrigues et des Îles éparses.

Cette responsabilité, elle la porte avec une conscience aiguë de sa portée symbolique. Passionnée de politique, elle raconte un déclic venu d’un endroit inattendu : la chanson Comme un homme, tirée du film Mulan, qui l’a amenée à réfléchir à la manière dont les structures de pouvoir ont longtemps imposé aux femmes des codes particuliers pour réussir.

Cette réflexion l’a poussée à vouloir déconstruire ces barrières et à s’engager davantage pour la représentation des femmes dans les sphères de décision. Lorsqu’elle évoque les enjeux qui la préoccupent le plus, elle cite en priorité les droits des femmes et de la famille, qu’elle considère comme des piliers essentiels pour bâtir une société plus juste et équitable.

À la tête du gouvernement de cette 5e édition, elle souhaite également que la participation des jeunes dépasse le cadre de l’exercice parlementaire : « La jeunesse mauricienne ne veut plus seulement être entendue pour la forme ; nous voulons que nos idées, notre vision et nos solutions concrètes alimentent les véritables processus de décision du pays. »

EN CONTINU