Navin Ramgoolam répondant au leader de l’opposition, Chetan Baboolall : « La question de la démission du ministre Bachoo ne se pose pas »
Le nouveau leader de l’opposition, Chetan Baboolall – qui faisait ses premiers pas, hier, au sein de l’hémicycle – a choisi de consacrer sa Private Notice Question (PNQ) à la présence d’un médecin du secteur privé lors de la récente intervention chirurgicale subie par le ministre de la Santé et du Bien-être, Anil Bachoo, à l’hôpital Jeetoo. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a confirmé que des praticiens privés peuvent, sous certaines conditions, intervenir ou assister à des opérations dans les hôpitaux publics. Il affirme que le dispositif est encadré par des procédures cliniques et administratives strictes, et exclut, dans ce cas précis, la mise sur pied d’une commission d’enquête ou la démission du ministre. Le début de la séance parlementaire d’hier a été marqué par l’annonce de la Speaker, Shirin Aumeeruddy-Cziffra sur la nomination de Joe Lesjongard, ex-leader de l’opposition, au poste de président du Public Accounts Committee.
La PNQ de Chetan Baboolall comportait plusieurs volets. Il voulait notamment savoir si la présence du Dr P. S. (Pravish Sookha) était consignée dans les documents hospitaliers, si les médecins privés sont autorisés à participer à des interventions chirurgicales dans les hôpitaux publics et, dans l’affirmative, combien d’interventions de ce type avaient été réalisées depuis décembre 2024, et si toutes les autorisations requises avaient été obtenues.
Le leader de l’opposition a également demandé au Premier ministre si une commission d’enquête serait instituée et si le ministre de la Santé devait se retirer de ses fonctions jusqu’à la conclusion des travaux d’une telle instance.
« Pas de droit automatique »
Le Premier ministre a d’abord posé le principe juridique et administratif qui, selon lui, régit la présence d’un praticien privé dans un hôpital public. « La législation mauricienne n’interdit pas à un médecin praticien privé d’assister à une intervention chirurgicale dans un hôpital public, pas plus qu’elle ne confère un droit automatique à un tel accès », affirme-t-il.
Une précision importante pour le chef du gouvernement, qui affirme que de telles demandes sont examinées au cas par cas, sur la base des procédures du ministère, avec deux exigences essentielles : l’accord du chirurgien hospitalier responsable de l’opération et le consentement du patient.
« Ces demandes sont examinées sur la base des procédures cliniques et administratives du ministère, sous réserve de l’approbation du chirurgien hospitalier responsable de l’opération et, plus important encore, avec le consentement du patient. De telles occurrences établies au sein du système hospitalier public ont été autorisées à plusieurs reprises lorsque les circonstances le justifiaient. Cette approche est conforme au Code de déontologie du Medical Copuncil, qui reconnaît qu’il est possible de solliciter un deuxième avis ou un avis d’expert lorsque cela est cliniquement nécessaire, tout en exigeant que les patients ne soient pas exposés à des risques inutiles », devait-il ajouter.
Navin Ramgoolam a ensuite détaillé le processus qui doit être suivi lorsqu’un praticien extérieur est appelé à intervenir dans un établissement public.
« Concrètement, une telle demande est d’abord soumise au chirurgien hospitalier responsable de l’intervention, qui évalue si la présence proposée est cliniquement appropriée eu égard aux antécédents médicaux et chirurgicaux du patient, à la continuité des soins, à la sécurité du patient et au bon fonctionnement du bloc opératoire. L’accord du chirurgien est un préalable indispensable, et la demande n’est pas instruite si cet accord est refusé par le chirurgien », dit-il.
L’approbation du chirurgien ne constitue toutefois pas l’ultime étape. Le dossier doit également passer par la hiérarchie administrative du ministère. « Lorsque le chirurgien donne son accord, l’affaire est transmise au directeur général des services de Santé ou Senior Chief Executive, selon le cas, pour l’approbation administrative requise avant toute disposition », fait-il comprendre.
Le cas de Bachoo
Les informations communiquées à Navin Ramgoolam indiquent que la participation du Dr Pravish Sookha aux côtés du Dr Mohamed Raza Aboobakar répondait à une considération médicale précise : « Il m’est rapporté que l’intervention conjointe du Dr Mohamed Raza Aboobakar et du Dr Pravish Sookha a été jugée souhaitable en raison de l’expertise particulière de ce dernier en matière de chirurgie non invasive, c’est-à-dire qu’il pratique la chirurgie cœlioscopique. »
Le Premier ministre a ainsi présenté la présence du praticien privé non pas comme une intervention parallèle au système public, mais comme le recours à une compétence spécialisée dans le cadre d’une intervention placée sous la responsabilité du chirurgien hospitalier.
Il a surtout mis en exergue que cette pratique ne serait pas nouvelle. « Au fil des ans, des médecins praticiens privés de Maurice et de l’étranger ont été autorisés, munis des permis nécessaires, à fréquenter les hôpitaux publics en qualité d’observateurs, à fournir des avis spécialisés, à assister les équipes publiques et, dans les cas appropriés, à réaliser des interventions spécialisées. »
Pour étayer son argumentation, le chef du gouvernement a fourni des chiffres qui donnent une dimension plus étendue à la question soulevée par le leader de l’opposition : « Maurice fait appel depuis de nombreuses années à des spécialistes en visite et à des médecins du secteur privé pour dispenser des traitements spécialisés au sein des hôpitaux publics. Au cours des 18 derniers mois, environ 60 équipes médicales spécialisées, comprenant près de 100 praticiens médicaux privés étrangers, se sont rendues à Maurice. » Il ajoutera que : « collectivement, elles ont mené plus de 2 500 consultations et réalisé plus de 1 300 interventions chirurgicales complexes dans nos hôpitaux publics, en suivant bien entendu les autorisations requises et les dispositifs établis de gouvernance clinique. »
Le Leader of the House a également cité la mission actuellement menée par une équipe de médecins praticiens privés venus d’Inde, pratiquant quotidiennement des chirurgies de la cataracte dans les hôpitaux publics. Plus de 2 000 opérations de la cataracte devraient ainsi être effectuées sur une période de deux mois.
« Cette mission est menée de même dans le respect des autorisations applicables, de l’enregistrement professionnel et des dispositifs de gouvernance clinique », assure-t-il.
Spécialistes mauriciens et étrangers
Navin Ramgoolam a également voulu démontrer que l’apport de praticiens extérieurs au système public se rapporte à plusieurs spécialités médicales. Il a cité le cas d’un chirurgien vasculaire d’origine mauricienne établi au Royaume-Uni qui, lors de chacune de ses missions à Maurice, réalise plus de 50 interventions complexes de fistules artério-veineuses dans les hôpitaux publics.
Il a également évoqué le Pr Patrick Yui-Yan Man et la Dr Cynthia Yui-Man, deux ophtalmologistes d’origine mauricienne établis au Royaume-Uni, qui ont contribué au renforcement du dépistage et du traitement du glaucome chez les patients mauriciens.
À cette liste s’ajoutent le Pr David Owens, dont l’expertise a contribué à la mise en place du Centre de santé diabétique et vasculaire, ainsi que le Dr Wajid Ali Khan et son équipe du Pakistan, qui effectuent des missions annuelles consacrées notamment à des chirurgies ophtalmologiques complexes.
Le Premier ministre a également mentionné le Pr Balaji, qui dispense des soins spécialisés aux patients nécessitant une chirurgie buccale et maxillofaciale, et le professeur Ramalingam, qui réalise des procédures complexes d’implants cochléaires pour des enfants malentendants.
Il est revenu sur le rôle joué par plusieurs spécialistes étrangers dans des interventions médicales pionnières, citant notamment les professeurs Saxena, Seren et Hassan Raza.
Pour Navin Ramgoolam, l’affaire soulevée par Chetan Baboolall ne peut donc être analysée indépendamment de cette pratique de collaboration médicale. « Ce que je peux confirmer, c’est que la pratique sous-jacente de l’implication ou de la présence autorisée de praticiens privés dans les hôpitaux publics n’est pas nouvelle, contrairement à ce qui semble être suggéré. Il existe des précédents documentés sur de nombreuses années », indique-t-il
Le Premier ministre estime que cette collaboration répond avant tout à une nécessité médicale et permet au système public de bénéficier de compétences spécialisées qui ne sont pas toujours disponibles en permanence au sein de ses propres structures.
Il a ainsi rejeté toute objection de principe au recours à des médecins du secteur privé dans les établissements publics, à condition que les règles soient respectées. « Le ministère de la Santé n’a aucune objection de principe à ce que des praticiens médicaux du secteur privé soignent des patients au sein du système de santé publique, à condition que les cliniciens hospitaliers responsables donnent leur accord et que toutes les approbations administratives nécessaires, les exigences professionnelles, les mesures de sécurité des patients et les garanties de gouvernance clinique soient strictement respectées. »
La dernière partie de la PNQ portait sur les conséquences politiques que Chetan Baboolall entendait tirer de cette affaire.
Le leader de l’opposition souhaitait savoir si une commission d’enquête serait instituée et si Anil Bachoo serait appelé à se retirer de ses fonctions pendant la durée de cette éventuelle enquête.
Sur ce point, Navin Ramgoolam a été catégorique : « les faits exposés ne justifient pas la mise en place d’une commission d’enquête, et la question de la démission du ministre ne se pose par conséquent pas. »
Baboolall : Mais comprenez que ces médecins qu’il a mentionnés concernent un médecin spécialisé venu de l’étranger. Le Premier ministre peut-il nous dire si tout citoyen ordinaire, si les citoyens mauriciens, peuvent bénéficier des mêmes facilités ?
Ramgoolam : Je pense que le principe devrait être qu’avant tout, nous devons mettre la santé du patient en premier. Quel que soit le médecin dont nous avons besoin, c’est la santé du patient qui passe avant tout.
CB : Ma question est à nouveau : est-il possible pour un citoyen mauricien de demander à un médecin privé de l’accompagner à l’hôpital ?
NR : Je remercie le leader de l’opposition de m’avoir permis de clarifier. Je pense que, comme je l’ai dit, c’est le patient qui doit passer en premier. Donc, s’il y a un tel cas dans un hôpital public, nous devons respecter la même règle.
CB : Le Premier ministre peut-il confirmer si le Dr P. Sookha a participé à l’intervention chirurgicale pratiquée par le ministre de la Santé et n’était pas simplement un observateur, comme le Premier ministre l’a affirmé ?
NR : Je n’ai rien affirmé, mais d’après ce que je comprends, le Dr Sookha était censé être là en tant qu’observateur avant tout. Mais lorsqu’ils ont décidé d’opérer, il y a un spécialiste. Il a alors décidé qu’il valait probablement mieux subir une chirurgie plutôt qu’une opération complète, en coupant le patient avec une incision assez grande. Et c’est à ce moment-là qu’il a décidé d’intervenir.
CB : Il est donc clair que le ministre a induit le public en erreur en disant que le Dr Pravish Sookha n’était qu’un observateur.
NR : Il ne savait probablement pas ce qui s’était passé car il était sous anesthésie.
CB : Est-ce qu’il y a un protocole disponible pour le public ? Et le Premier ministre peut-il déposer un protocole permettant à un citoyen mauricien d’avoir accès à des médecins privés ?
NR : En fait, il n’y a pas de protocole. Et très souvent, cela se fait oralement. Ils décident : « Pouvez-vous venir aider à l’hôpital ? » Il n’y a pas de protocole. Peut-être devrions-nous examiner les protocoles. Mais parfois c’est urgent aussi. Si vous devez passer par différentes étapes, le patient pourrait mourir entre-temps. Nous pouvons examiner cela, si nous devons avoir un protocole ou non. Mais cela s’est produit très souvent. Beaucoup de gens l’ont fait. Je ne veux pas donner d’exemples de noms et tout ça.
Mais il est arrivé que nous ayons demandé à des personnes extérieures de venir dans les hôpitaux publics. Aujourd’hui, les médecins des hôpitaux publics vont exercer dans des cliniques privées.
On le permet. On ne devrait pas le permettre alors ?
Anquetil : Dans sa réponse, le Premier ministre a indiqué que cette pratique existe depuis plusieurs années. Pouvez-vous nous dire combien de patients mauriciens et étrangers ont bénéficié de cette facilité depuis sa création ?
NR : Oui.
CB : Le Premier ministre peut-il au moins donner un exemple où un médecin privé est allé pratiquer une opération chirurgicale dans un hôpital public ?
NR : La réponse sera circulée.
CB : Le Premier ministre est-il au courant que le président de l’Association des médecins et dentistes du gouvernement a exprimé de sérieuses préoccupations concernant la présence de praticiens privés dans la salle d’opération ? Ils ne savent pas eux-mêmes que ce type de demande peut être adressé au RHD. Quoi ? Êtes-vous au courant ?
NR : Non, non, je n’en suis pas au courant. Mais permettez-moi de dire ceci. Nous devrions encourager cela. Nous n’avons pas d’expertise en tout à Maurice.
Honnêtement, je vous dis que nous manquons d’expertise. Beaucoup de gens au service médical, en appel, ils affichent experts en ceci, experts en cela. Ce ne sont pas des experts. Ce n’est pas vrai. Nous avons besoin d’expertise et d’expertise de haut niveau.
C’est pourquoi nous encourageons même les consultants étrangers à venir. Je fais ça tout le temps.
Aumeer : Puis-je demander au Premier ministre de préciser à la Chambre que la pratique d’avoir un médecin privé pour aller offrir ses services doit avoir préalablement le consentement du médecin travaillant dans le secteur public ?
NR : Ce qui semble avoir eu lieu dans ce cas.
CB : Alors, le Premier ministre convient-il que si le ministre de la Santé n’a pas confiance dans les médecins du public, et voici ce qui s’est passé dans cette affaire, et si les demandes ont été faites, peut-il déposer la copie ?
NR : Le ministre pouvait aller à la clinique. Mais il a décidé de faire confiance aux hôpitaux. Et il est allé dans un hôpital public. Ils ont décidé de pratiquer la chirurgie pour qu’il puisse venir travailler. En fait, le lendemain il est venu travailler, je crois. Oui.

