Mai est systématiquement caractérisé par des prises de position des partenaires sociaux en prévision de la grand-messe du budget de la première quinzaine de juin. La tradition veut que, jusqu’ici, chacun de ceux concernés y aille avec sa Budgetary Shopping List bien ficelée. Non seulement pour faire plaisir à ses troupes, mais aussi pour tenter de convaincre le Grand Argentier, souvent confondu avec un Grand Manitou des finances, de la pertinence des propositions.
Mais quand vient le Budget Day, c’est une autre histoire, où la réalité des chiffres se résume en désillusion. Pour le rendez-vous de juin 2026, le Budget As Usual, pour ne pas dire le Business As Usual, est-il de mise ? La question mérite d’être posée.
Dans leur logique, les représentants des syndicats, l’un des partenaires sociaux invités à la table des consultations pré-budgétaires, ont fait comprendre que le Business As Usual demande à être remis en question. Dans la forme, ils réclament comme interlocuteur le Premier ministre et ministre des Finances, à la place du Junior Minister, dont l’atout est ce sourire désarmant.
Le chef du gouvernement cédera-t-il à la demande du monde syndical pour compléter ce round du Budget Run-Up ? Le fait que, samedi, le Junior Minister ait accueilli, pour un tour de table, les capitaines de l’industrie constitue déjà un signal de la décision à venir.
L’aile pro-travailleurs au sein du Cabinet dispose-t-elle de forces politiques aussi puissantes pour ramener la voix des salariés au chapitre budgétaire ? L’éventualité que les parties en présence maintiennent leurs positions laissera un vide difficile à combler, d’autant plus que, pour avancer dans une conjoncture qui s’avère délicate, voire même difficile, il ne faut pas hésiter à se serrer les coudes, même si le potentiel de s’en sortir reste toujours comme cette épée de Damoclès.
Pourquoi encore le Budget As Usual est-il impossible pour juin 2026 ? Le 28 février 2026, avec l’escalade militaire préoccupante au Moyen-Orient, aura tout bouleversé. En anticipation du budget 2026/27, les cascades de hausses de prix représentent un casse-tête inévitable pour les chefs de famille. Et cela sans compter qu’à partir de ce 1er mai, la facture du Central Electricity Board (CEB) accusera une augmentation de 15 %, avec des répercussions dans le commerce aussi bien qu’au niveau des coûts de production across the board.
Ou encore des ajustements du prix du litre de carburant à la pompe, qui s’annoncent.
À la Protection des consommateurs, la formule magique contre l’érosion du pouvoir d’achat des salariés n’a pas encore été concoctée. Dans leur sagesse, les représentants des associations de consommateurs véhiculent des propositions qui n’intègrent pas le Budget Matrix de l’Hôtel du Gouvernement en matière de concessions fiscales dans la formulation des prix de vente au détail.
Les effets de la crise pèsent lourdement. Le mot d’ordre, facile à dire mais quelque peu compliqué à réaliser, est lâché : transformer la crise en opportunités. L’expression provient du patron des patrons, Arnaud Lagesse, à la tête du plus important conglomérat mauricien, avec des assises non négligeables dans des économies en Afrique.
Dans cette logique de transformation de la crise en opportunités, l’unanimité se dégage au sein de Business Mauritius en faveur d’un partenariat à toute épreuve entre le public et le privé. Et les salariés n’ont-ils pas voix au chapitre de cette équation ? Que ce soit dans le secteur public ou sur les chantiers d’opérations économiques du privé, les projets les plus ambitieux, conçus par les best brains, nécessitent l’adhésion de l’autre partenaire des tripartites pour pouvoir faire fructifier les fruits annoncés. Cela constitue une condition sine qua non, avec en prime la sérénité sociale.
Le budget peut avoir la faculté de transcender le réflexe de « ki pou donn mwa », que ce soit au niveau individuel ou sur le plan corporatif, pour inculquer le sens que « nou tou nou lor mem bato », dans une mer qui ne se calmera pas de sitôt.
Cette économie que Maurice ambitionne d’émuler depuis toujours, de par ses caractéristiques de taille — Singapour — a déjà montré la voie : Nobody owes us a living. À ce stade, il serait probablement trop ambitieux de vouloir appliquer cet adage à l’économie mauricienne en général.
Néanmoins, si le budget veut se départir du Business As Usual, il faut commencer quelque part. La crise au Moyen-Orient, avec ses rippling effects, a cristallisé une urgence nationale. Tout un chacun devient de plus en plus conscient de la nécessité de mettre en place un plan pour ouvrir la voie à cette légitime et unanime aspiration à l’autosuffisance alimentaire.
Les appels en ce sens ne datent pas d’hier. Lalit, qui en avait fait son cheval politique depuis des années, est revenu à la charge récemment. Dev Virahsawmy en a fait une profession de foi comme héritage légué à la nation. Le secteur privé a rattrapé le train en marche.
Au-delà des données traitant de la croissance économique, du déficit budgétaire, de la dette publique — des éléments propres à tout exercice budgétaire et archi rabâchés— des efforts, soit des actes et non des promesses, de tous les stakeholders indistinctement, en matière de sécurité alimentaire, auront pour effet d’arcbouter cette résilience nationale tant recherchée face à la crise.

