L’accusée maintient qu’elle ignorait la présence de cannabis synthétique dans les bouteilles qui lui avaient été confiées à Bruxelles
L’Ukrainienne Mariia Peresolkina, âgée de 28 ans et accusée de trafic de drogue, est restée campée sur sa position lors de son contre-interrogatoire par la poursuite : elle ignorait qu’elle transportait de la drogue et affirme avoir été piégée par John Mick Martingale. La poursuite a toutefois soutenu que les deux complices présumés avaient échangé des messages codés. L’accusée a été contre-interrogée hier par Me Ida Dhooky-Rambarrun, représentante du Directeur des poursuites publiques (DPP).
Répondant aux questions de cette dernière, Mariia Peresolkina a expliqué avoir fait la connaissance de John Mick Martingale lors d’un précédent voyage à Maurice. Elle avait ensuite fui la guerre en Ukraine et s’était réfugiée en Grèce, où elle avait rencontré une autre Ukrainienne, Olena Levina.
Par l’intermédiaire des réseaux sociaux, Martingale, qui se trouvait alors en Belgique, aurait expliqué aux deux femmes qu’il était investisseur dans les cryptomonnaies. Il leur aurait proposé un voyage tous frais payés à Maurice afin qu’elles l’aident à transférer des fonds, la somme maximale autorisée par passager étant, selon lui, de 10 000 euros.
Mariia Peresolkina a déclaré que Martingale lui avait expliqué que cet argent provenait de ses investissements dans les cryptomonnaies. Elle n’aurait pas trouvé suspect qu’il ne procède pas à ces transferts par voie bancaire. Il lui aurait fait comprendre qu’« il avait besoin de cet argent en espèces ». Il lui aurait également demandé si elle pouvait trouver d’autres femmes disposées à transporter de l’argent entre Bruxelles et Maurice.
Mariia Peresolkina et Olena Levina auraient accepté l’offre de John Mick Martingale et pris un avion à destination de la Belgique. Elles l’auraient rencontré à l’aéroport de Bruxelles, d’où le trio devait repartir pour Maurice.
Deux bouteilles contenant du cannabis synthétique
Martingale aurait accompagné les deux femmes sur le parking de l’aéroport de Bruxelles, où il aurait retiré deux bouteilles d’alcool du coffre de sa voiture. Il aurait alors demandé à Mariia Peresolkina de les transporter, prétextant ne pas avoir suffisamment de place dans ses bagages, tout en lui disant : « Vérifie si tu ne me fais pas confiance. » Selon l’accusée, les bouteilles semblaient intactes. Elle a toutefois expliqué qu’elle ne pouvait pas en vérifier le contenu à ce moment-là.
John Mick Martingale avait voyagé en classe affaires, tandis que les deux femmes avaient été reléguées en classe économique, ce qui avait provoqué l’irritation de Mariia Peresolkina. Le 29 octobre 2022, à leur arrivée à l’aéroport international Sir Seewoosagur Ramgoolam, Martingale, qui semblait vouloir maintenir une certaine distance avec les deux Ukrainiennes, les aurait précédées et aurait pu quitter l’aérogare sans encombre. Une fois sur le parking, il leur aurait envoyé un message.
Les deux Ukrainiennes s’étaient engagées dans le couloir « Rien à déclarer ». Un douanier avait ouvert les bouteilles et en avait senti le contenu. Mariia Peresolkina avait demandé à le sentir à son tour et avait alors perçu une odeur âcre. Les deux bouteilles contenaient en réalité un liquide renfermant du cannabis synthétique, dont la valeur marchande était estimée à environ Rs 44 millions.
Mariia Peresolkina avait alors demandé aux policiers d’interpeller John Mick Martingale, qui se trouvait déjà sur le parking de l’aéroport. Une fois appréhendé, celui-ci avait nié connaître les deux femmes. Ces dernières l’avaient toutefois formellement identifié comme étant la personne qui avait remis les bouteilles à Mariia Peresolkina à Bruxelles.
Me Dhooky-Rambarrun a ensuite confronté l’accusée au témoignage d’un officier de la douane, qui avait affirmé devant la Cour qu’elle paraissait anxieuse lorsque les bouteilles avaient été ouvertes en sa présence. Mariia Peresolkina a expliqué qu’après en avoir senti le contenu, elle avait compris que « quelque chose n’allait pas ».
Elle avait affirmé que, lorsqu’elle avait pris les bouteilles des mains de Martingale à Bruxelles, celles-ci semblaient intactes. Or, le douanier avait déclaré devant la Cour que l’emballage en plastique entourant les bouteilles avait été manipulé et que cela pouvait être constaté à l’œil nu. Mariia Peresolkina a rétorqué que le douanier avait précisé qu’il fallait les examiner attentivement pour déceler cette manipulation.
Des échanges WhatsApp diversement interprétés
La représentante du DPP s’est ensuite référée aux messages WhatsApp échangés entre Martingale et Peresolkina. L’accusée a expliqué qu’elle avait elle-même demandé à la police de les examiner, estimant qu’ils permettraient de la disculper. Elle avait notamment écrit à Martingale : « Une partie de mon travail consiste à transporter quelque chose de Bruxelles à Maurice. »
L’accusée a soutenu qu’elle utilisait le mot anglais « some » pour désigner de l’argent et que cette formulation correspondait à sa manière de s’exprimer. Martingale lui avait, pour sa part, écrit : « Je ne suis pas stupide », ou encore : « Tu peux vérifier si tu ne me fais pas confiance. » Selon Me Dhooky-Rambarrun, il s’agissait de messages codés faisant référence au transport de drogue vers Maurice. L’accusée a répondu qu’il ne s’agissait que de l’interprétation de la poursuite.
Me Dhooky-Rambarrun a également fait ressortir que Mariia Peresolkina avait entrepris des études universitaires dans le domaine de la sécurité informatique et qu’elle avait beaucoup voyagé. Selon elle, la version de l’accusée, qui affirme avoir ignoré qu’elle transportait de la drogue, ne pouvait être convaincante. La poursuite a soutenu qu’elle se trouvait dans une situation difficile et qu’elle avait été tentée par l’argent facile lié au trafic de drogue.
Pour la poursuite, l’Ukrainienne savait pertinemment que les deux bouteilles d’alcool contenaient de la drogue sous forme liquide. Mariia Peresolkina n’a toutefois pas varié dans sa version et a maintenu qu’elle ignorait transporter des stupéfiants.
À la fin de la séance, le juge Iqbal Maghooa, qui préside cette affaire, a ajourné les travaux au 12 novembre prochain, date à laquelle les hommes de loi présenteront leurs plaidoiries.
Les deux bouteilles n’ayant pas été retrouvées en possession d’Olena Levina, les charges provisoires retenues contre elle avaient par la suite été rayées par le DPP. John Mick Martingale avait, pour sa part, été reconduit en détention provisoire à la prison centrale de Beau-Bassin. Il avait été retrouvé pendu dans sa cellule aux petites heures du matin du dimanche 8 septembre 2024. Cette mort suspecte fait actuellement l’objet d’une enquête judiciaire devant la Cour de district de Rose-Hill.

