Notre pays fera face, dans les années à venir, à un immense défi : celui du vieillissement de la population.
Il y a plusieurs raisons à cela : taux de natalité en baisse, augmentation de l’espérance de vie qui découle d’un accroissement conséquent de la qualité de vie depuis plusieurs décennies, génération du baby-boom d’après-guerre qui arrive à un âge avancé etc. Ainsi, selon les données de Statistics Mauritius, 237 200 Mauriciens étaient âgés de 60 ans ou plus en 2021, ce qui représentait 18,7%.
À ces deux tendances – baisse de la natalité et vieillissement de la population – vient s’ajouter une donnée très inquiétante selon une étude de 2019 de la United Nations Department of Economic and Social Affairs : la population mauricienne commencera à être en décroissance à partir de 2035 – c’est à dire dans un peu plus d’une décennie. Et cette décroissance devrait même dépasser le seuil annuel des 3% à partir de 2085. Ceci implique, bien évidemment, que les tendances actuelles soient maintenues.
Il est en tout cas clair que nous devons nous préparer à une chose très simple : moins de personnes vont devoir travailler plus et produire plus de richesses afin de pouvoir maintenir les pensions, les bénéfices sociaux et les systèmes de solidarité qui subiront de plein fouet les effets du vieillissement de la population mauricienne. Et ceci dans une conjoncture où il devient de plus en plus difficile pour les actifs actuels de produire plus de richesses. Le recul de la productivité et les disruptions du marché mondial nous ont plongés dans une incertitude réelle quant à la viabilité de notre modèle social – dans sa forme actuelle du moins.
L’exemple des pensions est un cas d’étude intéressant de ce point de vue. En effet, il est clair qu’un résultat direct du vieillissement de la population mauricienne est que l’État devra payer plus de pensions, mais il devra également payer ces pensions pendant plus longtemps puisque l’espérance de vie se rallonge de plus en plus à Maurice. Or, il n’est absolument pas garanti que les actifs pourront soutenir cette augmentation du coût de la pension de vieillesse, ce qui pourrait forcer les gouvernements futurs à un endettement exponentiel.
Ceci implique donc une capacité de financement de la part des pouvoirs publics. Surtout qu’avec le passage du système de la National Pensions Fund (NFP) – qui était exactement cela, un fonds de cotisations – à la Contribution sociale généralisée (CSG) – qui est une taxe – cette capacité de financement deviendra de plus en plus aléatoire et incertaine. Nous risquons même de nous retrouver dans une situation où les actifs travaillent aujourd’hui pour payer les pensions des seniors aujourd’hui, sans qu’il y ait la moindre garantie que ces mêmes actifs pourront un jour bénéficier de la pension de vieillesse lorsqu’ils deviendront eux-mêmes des seniors.
Il est ainsi essentiel que nous nous posions les questions critiques quant aux différents défis que représente aujourd’hui le vieillissement de la population.
Mais affirmer, simplement, que le vieillissement de la population est un problème sans opportunités est une hérésie en réalité. Pour utiliser un terme économique, il est clair que les seniors représentent une industrie d’avenir à Maurice. En effet, tout l’ensemble des services, des soins, des loisirs, des activités, des transports, des équipements médicaux et paramédicaux, des logements spécialisés requis afin de maintenir – voir même d’accroitre – la qualité de vie des seniors représente autant d’opportunités pour le développement des entreprises et pour la création d’emplois.
Mais, comme tout développement économique, les industries qui tourneront autour de la qualité de vie des seniors doivent émerger. Et pour qu’elles puissent émerger, il faut une planification politique et économique sérieuse, qui soit accompagnée d’investissements adéquats. Or, il y a une chose qui bloque aujourd’hui cette planification : le fait que les 237 200 seniors que compte aujourd’hui notre pays soient devenus la cible d’une surenchère politique dont l’unique visée est de remporter une élection.
Le dernier ‘coupable’ en date de cette surenchère, Navin Ramgoolam, un senior dont les récentes expériences médicales auraient dû le convaincre à quel point il est plus précieux d’investir dans les services médicaux et paramédicaux, que de s’abandonner au populisme irresponsable de la surenchère des politiques de la gratuité. Les politiques de la gratuité coûtent extrêmement cher aux contribuables. Les seniors constitueront un noyau essentiel de l’avenir de notre économie. Toute une industrie s’articulera autour de leurs besoins en soins, en loisirs, en immobilier spécialisé, en transports, en styles de vie etc. Il y a là des opportunités exceptionnelles à saisir afin que notre économie puisse continuer à créer de l’activité et de l’emploi, et afin que la qualité de vie des seniors puisse continuer à croitre. Mais il faut aborder ce problème avec le sérieux le plus absolu, par la mise en place de politiques publiques qui prépareront les transitions requises, ce qui implique de rester le plus éloigné possible de l’opportunisme et du populisme gratuits de la surenchère politique. Surtout si cette surenchère risque de mettre un jour les générations futures en face de l’impératif de la privatisation des pensions de vieillesse et des bénéfices sociaux. Ce sera alors, la mort certaine de notre modèle social – si cher à Sir Seewoosagur Ramgoolam. Nous ne sommes bien évidemment pas encore là, mais la tendance est clairement posée.

