Vraies fausses solutions

« Une solution prometteuse ! » C’est ce qu’on promet d’un système qui transformerait l’océan en « grosse éponge ». Pour la presse scientifique, il s’agirait ici, en matière de techniques de capture et de stockage de dioxyde de carbone (CO2), de la réponse la plus probante au problème climatique. En gros, ce nouveau dispositif « essorerait » le trop-plein de CO2 absorbé par l’océan pour « lui redonner son entière faculté à le séquestrer et à le piéger durablement ».
Dans le détail, ce processus utilise un procédé électrochimique permettant de retirer le CO2 de nos mers et lui permettre de reprendre ses activités d’absorption. Ce que nos océans ne peuvent justement plus accomplir pleinement du fait de leur acidification. D’où l’analogie avec l’éponge. Sauf que, tout comme une éponge, ce pouvoir d’absorption n’est pas infini, et qu’il faudrait alors répéter le processus autant de fois que nécessaire, ce qui revient quelque part à tricher une nouvelle fois avec la nature. Qui plus est sans en connaître forcément toutes les possibles conséquences.
Quoi qu’il en soit, réalisable ou non (et efficace ou non), ce procédé, comme toutes les autres « solutions » au problème climatique visant à capter le CO2, dans nos mers comme dans l’atmosphère, il demeure une évidence : notre investissement intellectuel dans ce domaine nous détourne du véritable nœud gordien. Les USD 50 milliards d’investissements dans les technologies dites « climatiques » de la Silicon Valley, tout comme les projets initiés tous azimuts – à l’instar de l’élaboration d’un matériau hybride permettant de faire grimper l’efficacité du captage de carbone de 300% -, ne changeront rien à l’affaire si nous ne changeons pas de modèle économique. Quand bien même le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) continuerait de clamer que pour atteindre les objectifs de zéro émission nette, il faudra en passer par le déploiement de technologies de captage et de stockage du carbone.
À ce propos, il convient de rappeler que le Giec n’est en rien un groupement d’experts indépendants, mais un organisme intergouvernemental. Autrement dit, ses conclusions, avant publication, sont passées à la loupe par différentes entités gouvernementales. Ce qui explique que ses rapports soient aussi souvent critiqués, car jugés trop optimistes et trop politiquement corrects. Ainsi comprend-on aussi pourquoi ses experts préfèrent insister sur des solutions palliatives, comme celles de captages de CO2, plutôt que sur l’importance de réduire notre empreinte carbone en modérant notre appareil productif.
Pour autant, des scientifiques – et pour le coup, cette fois, réellement indépendants – mettent en garde contre la propension actuelle à vouloir mettre la plupart de nos œufs dans le même panier, en l’occurrence celui des technologies. Ainsi rappellent-ils que si certaines de ces nouvelles techniques ne sont encore que purement théoriques, d’autres, elles, sont déjà prêtes à fonctionner. Ajoutant que l’on ne peut pour l’heure être certain que celles-ci soient sans risque.
Par ailleurs, et c’est là bien plus grave, tous ces efforts déployés dans ces technologies risquent de retarder davantage ceux consentis dans la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre. C’est d’ailleurs ce que démontrent des modélisations informatiques visant à simuler la manière dont les émissions changent en fonction des techniques à disposition. Le résultat est sans appel : l’option « captage du carbone » a bel et bien tendance à se substituer aux mesures de réduction de nos émissions.
Alors certes, il ne s’agit jamais que de simulations, ce qui ne signifie donc aucunement qu’elles soient exactes. En revanche, en ce qu’il s’agit du bon sens, aucune modélisation n’est nécessaire, tant l’équation est facile à comprendre, et donc à résoudre. Puisque le problème climatique résulte du fait que nous polluons chaque jour davantage, arrêtons de polluer ! Un raisonnement qui peut paraître enfantin (et ça l’est), mais qui, en fin de compte, pose d’autres problèmes sociétaux, et dont le principal demeure de savoir par quoi nous remplacerons notre sacro-saint système économique si nous le jetons aux orties ! Encore faudrait-il, pour en connaître la réponse, recentrer nos ressources intellectuelles sur la manière d’y arriver. Ce qui vaut mieux que de chercher à faire perdurer un système qui nous aura menés au bord de l’asphyxie.

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