By Denis Bernard Patrice Lebon
Des chaleurs industrielles délaissées à l’eau reconquise, un dessein de souveraineté pour que Maurice ne dilapide plus ce qui pourrait durablement étancher la soif des siens.
Comment souffrir encore, après tant d’avertissements, d’analyses prospectives et de tribunes où nous avons, comme un diable déchaîné, sonné le tocsin à toute volée, cette humiliation nationale dont le silence même devrait nous faire honte ? Avant l’aube, des familles veillent auprès d’un robinet obstinément muet, réduites à espérer comme une aumône ce qu’un service public digne de ce nom devrait pourtant leur assurer. Elles ont le faix d’un seau d’eau hissé d’étage en étage, l’inquiétude empreinte au visage d’une mère qui réserve à son enfant l’ultime bidon, la résignation imposée au malade auquel on prescrit l’hygiène sans lui en assurer la condition première. Dans ces maisons où chaque geste demeure suspendu au retour d’un filet d’eau, la pénurie, depuis des lustres, a débordé les tableaux statistiques pour s’arroger le gouvernement des corps. Elle régente les veilles, ajourne les soins et soumet jusqu’à la toilette à son avare permission.
Maurice ne saurait s’accommoder d’une telle sujétion aux nécessités premières tout en se donnant, dans ses salons d’apparat, les attributs d’une économie de haute valeur. Un pays qui ambitionne d’héberger les données du monde doit pouvoir assurer à ses habitants ne serait-ce que l’eau du quotidien. Entre la souveraineté dont on se prévaut et le robinet bâillonné, la contradiction est cinglante. Nul communiqué, fût-il ouvragé avec tout le raffinement de l’éloquence officielle, ne saurait l’abolir. La puissance publique perd de son crédit chaque fois qu’une famille doit quémander auprès d’une citerne ce qu’elle était fondée à recevoir chez elle.
La sécheresse commande des secours ; la chronicité des défaillances exige une refonte des plus urgentes de la doctrine publique. La réhabilitation du réseau et la diversification des ressources doivent désormais procéder d’une même exigence, celle d’assurer aux usages essentiels une continuité effective. C’est là une obligation de gouvernement qui ne souffre plus d’atermoiements et ne saurait s’acquitter par des expédients dilatoires. À cette œuvre doit concourir une voie qui mérite sérieusement une instruction autrement approfondie dans le débat public, à l’échelle internationale comme à Maurice, celle notamment de la captation de l’humidité atmosphérique par des matériaux poreux dont la capacité d’adsorption est restaurée grâce à la chaleur récupérée. Nous avions déjà appelé l’attention sur les perspectives de la ressource atmosphérique pour Rodrigues, ainsi qu’en témoigne notre tribune publiée dans les colonnes de L’Express Maurice dès février 2025. À l’approche du deuxième anniversaire de cette tribune de L’Express Maurice, nous entendons aujourd’hui donner à cette réflexion un prolongement substantiel en faisant des chaleurs industrielles dissipées une ressource au service de la sécurité hydrique de la République mauricienne. Ce couplage appelle une instruction diligente, suivie d’une expérimentation à une échelle suffisamment probante pour en éprouver rigoureusement les performances en conditions réelles, sous vérification totalement indépendante. Lui conférer d’emblée le brevet de la panacée hydrique nationale, avant toute démonstration sur un site représentatif, reviendrait toutefois à reconduire, sous les dehors de la science, cette intempérance de la promesse dont la décision publique doit enfin s’affranchir. L’innovation mérite mieux que l’encens des annonces. Elle requiert les moyens de faire ses preuves ; l’ambition, quant à elle, oblige à répondre de ce qu’elle promet.
Je soumets en conséquence très concrètement au gouvernement mauricien, par le truchement de la présente tribune, un Programme national de chaleur utile et d’eau de proximité. Implantées au voisinage de sources de chaleur industrielle, y compris les centres de données lorsque leurs caractéristiques thermiques s’y prêtent, des installations capteraient l’humidité atmosphérique grâce à des matériaux adsorbants régénérés par cette chaleur récupérée. L’eau ainsi produite serait soumise aux traitements et contrôles requis, avec reminéralisation selon ses caractéristiques, avant de desservir les usages prioritaires de plusieurs districts. Le déploiement serait subordonné à une réception technique fondée sur la vérification indépendante des performances. Une première cible de dimensionnement serait fixée à 100 000 litres nets par jour pour l’ensemble du programme, objectif à éprouver sur site avant tout engagement ferme de fourniture.
L’ambition défendue ici oblige à une discipline autrement exigeante de la dépense publique. Chaque roupie engagée doit répondre d’un service tangible, apprécié à l’aune des volumes effectivement livrés et de leur conformité à l’usage prévu. Ce service doit atteindre les populations prioritaires et conserver sa fiabilité lorsque la sécheresse se prolonge ou qu’un équipement défaille. L’honorable Patrick Assirvaden doit désormais conduire la politique mauricienne de l’eau hors du théâtre des capacités annoncées, pour la soumettre à la juridiction du service rendu.
Monsieur le ministre de l’Énergie et des Services publics,
si une capacité se proclame à la tribune ; alors un service se constate au robinet.
Le ciel se dérobe et les comptes doivent parler
Le jeudi 8 octobre 2026, le Government Information Service rapporte une chute de la production de La Marie d’environ 110 000 à 56 000 mètres cubes par jour, avec Mare-aux-Vacoas à quelque 36,5 % de remplissage contre environ 88 % un an auparavant. La différence représente 54 millions de litres quotidiens, soit presque la moitié du débit de référence.[1] C’est un événement d’exploitation majeur, et certainement pas une contrariété saisonnière dont il suffirait de prendre acte. La veille, le gouvernement annonçait le raccordement d’une dizaine de forages et le déploiement de quinze unités de filtration sous pression, dont sept arrivées, ainsi que la mobilisation quotidienne d’environ trente-cinq camions-citernes.[2] Ces mesures doivent être exécutées et suivies. Les condamner par principe serait aussi vain que les tenir pour accomplies au seul motif qu’elles ont été annoncées.
Un filtre traite une ressource existante ; il ne fait pas couler une rivière qui se tarit. Un forage mobilise une nappe, dont il faut connaître la recharge et la réponse au pompage. Un camion transporte de l’eau produite ailleurs. Si chacun de ces moyens peut effectivement secourir, force est de constater qu’aucun ne dispense de vérifier la disponibilité de la ressource qui le nourrit. L’urgence commande la diligence, mais hélas, elle ne suspend pas les lois physiques. Le gouvernement devrait par conséquent publier, pour chaque installation mobilisée, une fiche d’exploitation élémentaire, c’est-à-dire quel volume supplémentaire est effectivement entré dans le réseau ? À quelle date ? Sur quelle durée de fonctionnement ? Au bénéfice de quelles zones ? Quelle quantité est parvenue aux usagers ? L’adjectif « supplémentaire » doit exclure les transferts comptés deux fois et les débits simplement déplacés d’un secteur à l’autre. Comment diantre penser que les mauriciens sauraient aujourd’hui boire une addition de promesses ?
Les statistiques annuelles apportent une autre profondeur au diagnostic. Pour 2025, Statistics Mauritius indique 1 824 millimètres de pluie sur l’île, soit 16,6 % de moins qu’en 2024 et 9,6 % sous la normale 1991-2020. La production d’eau potable atteint néanmoins 332,6 millions de mètres cubes.[3] La dégradation pluviométrique est on ne peut plus réelle ; elle n’explique guère à elle seule la distance entre produire et desservir. Il serait tout aussi fautif par ailleurs de transformer ces données de 2025 en bilan achevé de 2026. Une statistique annuelle et une photographie opérationnelle de ce mois d’octobre ne mesurent pas du tout la même période, ni encore moins le même phénomène. Les amalgamer conférerait à la phrase une assurance dont l’enquête ne dispose vraisemblablement pas. La rigueur journalistique consiste précisément à conserver aux chiffres leur date et leur périmètre, et surtout leur modestie.
L’eau perdue et la vérité des mots
L’expression « 60 % de pertes » s’est installée dans la conversation nationale comme un acte d’accusation autosuffisant. Le National Audit Office retient, pour 2024, environ 60 % d’eau non génératrice de recettes, avec des écarts selon les zones. Mais il rapporte aussi une estimation de la CWA selon laquelle les pertes physiques représentent quelque 50 à 60 % de ce volume non facturé.[4] On ne peut dès lors affirmer que trois litres sur cinq disparaissent nécessairement dans les seules fissures des conduites. L’eau non facturée comprend des pertes physiques, des pertes commerciales ainsi que des consommations autorisées qui ne sont nullement facturées.[5] Réparer une fuite restitue de l’eau au système et corriger un compteur améliore d’abord la mesure et la recette. Ces deux actions sont utiles ; elles ne produisent en aucune manière le même bénéfice matériel. Une politique qui les confond risque fort de célébrer un redressement comptable pendant qu’un quartier tout entier attend encore son tour.
Un second piège est plus discret. Les 132,1 millions de mètres cubes vendus en 2025 comprennent de l’eau non traitée ; la seule composante potable est de 114,7 millions.[3] Soustraire indistinctement les ventes totales à la production potable mélange les catégories. Même la comparaison potable contre potable exige un bilan d’exploitation conciliant les périodes et les usages. Elle ne vaut pas, à elle seule, mesure des fuites. Cette précision n’absout personne ; elle permet néanmoins de demander des comptes sur des bases qui résistent à la contradiction. La polémique qui se trompe de dénominateur donne à l’institution mise en cause une échappatoire qu’elle ne méritait pas. Pour être implacable, il faut commencer par être exact.
Le premier gisement est de ce fait une intelligence retrouvée du réseau. Secteurs hydrauliques délimités, compteurs d’entrée vérifiés, pression suivie dans le temps, recherche acoustique des fuites et relevés nocturnes doivent permettre de localiser ce qui se perd. Dans un réseau intermittent, un débit de nuit peut aussi correspondre au remplissage des réservoirs domestiques. L’indicateur doit être interprété, et certainement pas hypostasié, tout bonnement parce que la donnée sans connaissance du terrain ne fait qu’industrialiser l’erreur.
Réduire brutalement la pression n’est pas davantage un couronnement si les étages élevés et les extrémités du réseau ne sont plus alimentés. Le bon contrat se doit de bien tenir ensemble la réduction des pertes et une pression de service suffisante. Autrement, l’opérateur pourra paraître économe en laissant les habitants sans eau. Le progrès ne saurait être obtenu par soustraction des usagers, de telle sorte que l’effacement du créancier éteignait la dette.
Le meilleur réservoir peut être une fuite réparée
Le rapport d’audit signale environ 1 500 kilomètres de conduites très anciennes, dont quelque 500 jugés critiques. Il relève également que seulement 39 % des dotations en capital du programme de remplacement ont été utilisés en moyenne sur quinze ans.[4] Cette donnée déplace le procès de l’impécuniosité vers l’exécution. La question ne se réduit pas au montant des crédits ; elle concerne, en revanche, la capacité de les transformer en travaux utiles. L’on peut voter des enveloppes avec une munificence de tribune et manquer ensuite des équipes capables de préparer les marchés, de coordonner les fouilles, de surveiller les ouvrages et de réceptionner ce qui fonctionne. L’argent disponible n’est pas encore une compétence d’exécution. Le gouvernement doit traiter cette dernière telle une infrastructure à part entière : considérons un secteur fictif recevant 10 000 mètres cubes par jour, dont 3 000 se perdraient physiquement. Une intervention ramenant ces pertes à 2 000 restituerait 1 000 mètres cubes quotidiens au bilan hydraulique, à demande et conditions comparables. Cela représente un million de litres, ou 20 000 allocations de 50 litres. Cette dernière valeur est une hypothèse pédagogique, pas une norme sanitaire. Le calcul n’annonce aucun résultat mauricien ; il montre cependant pourquoi la réparation peut rivaliser, en volume utile, avec une installation neuve.[6] Le même raisonnement oblige à ne pas promettre que chaque litre économisé dans l’Est apparaîtra demain dans les Plaines Wilhems. Il faut des connexions, des capacités de transfert et même parfois du stockage. La géographie hydraulique ne se laisse pas abolir par une moyenne nationale. Un programme crédible classerait les interventions selon leur coût par mètre cube réellement récupéré et selon les habitants dont elles améliorent effectivement le service.
Le précédent des Bahamas mérite pour notre développement plus d’attention qu’une nouvelle cérémonie d’intention. La Banque mondiale documente, à New Providence, une réduction de moitié de l’eau non facturée pendant les quatre premières années d’un contrat fondé sur la performance.[7] La comparaison insulaire est fort instructive, sans constituer une garantie de transposition. Elle montre ainsi qu’un contrat peut récompenser un résultat plutôt que la seule succession des ouvrages.
À Maurice, je propose par le biais de cette tribune une rémunération partiellement liée à des gains vérifiés, avec une situation de référence contradictoire et des exigences explicites de continuité. Il faudrait corriger les résultats des changements de pression, de la durée d’alimentation et des variations de demande. Les économies qui disparaissent après quelques mois ne devraient jamais être payées comme des acquis durables. Les outils contractuels de la Banque mondiale offrent une base de travail, à adapter et bien sûr pas à idiotement recopier.[8]
Le service public conserverait la maîtrise des actifs et des objectifs. L’entreprise apportant une compétence recevrait le prix de son efficacité démontrée. Il n’est nul besoin de transformer chaque choix technique en querelle théologique sur la propriété pour exiger de meilleurs résultats.
La citerne domestique et l’impôt clandestin de la pénurie
Recommander un réservoir aux ménages peut être nécessaire pendant une crise. On peut le constater. Mais force est de constater également que si une cuve déplace l’heure de consommation d’une eau déjà disponible, celle-ci ne crée aucune ressource pour autant. Elle protège plus aisément celui qui possède un toit solide, un revenu suffisant, une pompe ainsi qu’un accès pour l’installation. Le locataire précaire, la personne âgée et l’habitant d’un logement exigu ne disposent pas toujours de ces privilèges matériels. La pénurie prélève ainsi, sans autre forme de procès, un impôt que les lois de finances peinent à décrire. On paie en équipements, en déplacements, en temps perdu ; parfois en occasions de travail manquées. La facture officielle peut demeurer modeste alors même que le coût réel d’accès devient accablant. Affirmer que l’eau est peu chère ne dit ainsi presque rien de son prix pour celui auquel elle n’arrive pas.
Prenons une famille mauricienne de quatre personnes à laquelle nous attribuons, pour le calcul, 50 litres quotidiens par personne. Une cuve de 1 000 litres couvrirait théoriquement cinq jours. Une réserve de 200 litres ne couvrirait qu’un jour. Cette autonomie suppose une cuve initialement pleine, une eau utilisable et l’absence de pertes. Elle se raccourcit dès que les besoins augmentent. Le volume acheté n’est par conséquent nullement une assurance absolue ; il est plutôt une durée conditionnelle.[6]
L’Organisation mondiale de la santé souligne que l’intermittence et les faibles pressions peuvent compromettre la qualité de l’eau, tandis que le stockage domestique et sa manipulation introduisent leurs propres risques.[9] La continuité relève en conséquence aussi de la santé publique. Une bouteille claire, une citerne pleine ou une odeur rassurante ne remplacent en aucune façon une surveillance sanitaire.
Je propose un dispositif de secours fondé sur la vulnérabilité effective. Les établissements de soins et les centres d’hébergement doivent disposer d’un plan de continuité vérifié. Les personnes qui ne peuvent transporter l’eau doivent pouvoir demander une livraison assistée. Les points publics de distribution doivent être accessibles, avec des horaires intelligibles et une responsabilité d’exploitation identifiée. L’allocation des citernes ne saurait dépendre de l’entregent.
La publication d’un planning ne suffit tout simplement pas si l’eau n’arrive pas à l’heure indiquée. Il faut enregistrer les passages réalisés, les volumes livrés et les secteurs encore en défaut. Les données agrégées peuvent être publiques sans exposer les adresses ou les pathologies des personnes vulnérables. Une République comme Maurice se juge à sa capacité de protéger sans humilier.
Rodrigues oblige à sortir des solutions de prestige
Rodrigues ne doit pas être mise de côté, ni encore bien moins servir d’épilogue exotique à la politique de Maurice. L’éloignement des pièces détachées, la dispersion des habitations ainsi que les différences d’altitude exigent une organisation propre. L’indépendance affichée d’une machine peut y cacher une dépendance aggravée au technicien qu’il faudra faire venir et au composant dont le délai sera compté en semaines, voire en mois.
En février 2025, dans ma tribune « Rodrigues, le paradis asséché ou la soif de la révolution atmosphérique », je plaidais déjà pour que l’innovation hydrique soit prise très au sérieux.[10] La fidélité à cette intuition commande aujourd’hui de l’approfondir. Aucun procédé ne mérite le titre de solution adaptée avant que ses conditions d’exploitation, son coût complet et son soutien local aient été rudement éprouvés. Les défaillances anciennes du dessalement doivent être instruites avec la même discipline. Le rapport d’audit rodriguais pour 2021-2022 décrit notamment des pannes et des faiblesses contractuelles affectant plusieurs installations.[11] Ces constats historiques documentent solidement une vulnérabilité de réalisation et de maintenance. Soyons aussi parfaitement honnête en disant qu’ils ne démontrent ni l’impossibilité technique du dessalement ni l’état de ces équipements en octobre 2026. Inversement, l’appel d’offres publié en mai 2026 pour une unité de 500 mètres cubes par jour à Caverne Bouteille prouve l’existence d’une procédure d’achat, et non celle d’une production déjà disponible.[12] La différence paraît élémentaire. Elle est pourtant le lieu de tant de mystifications publiques, lorsque l’annonce, la commande et le service sont fondus dans une seule photographie inaugurale.
La presse rapporte par ailleurs, en septembre 2026, un réseau d’adduction de 19 kilomètres et un accroissement de stockage prévu de 7 000 mètres cubes dans le cadre de la « Colonne vertébrale de l’eau ».[13] Ces informations décrivent un projet et son avancement annoncé ; elles ne valent pas constat indépendant de continuité chez l’usager. Toutefois, elles rappellent qu’une unité de production n’a de sens qu’avec un système permettant d’acheminer son eau. Rodrigues devrait ainsi accueillir une architecture graduée. Les volumes courants proviendraient des ressources et installations dont le coût et la fiabilité sont établis localement. Les équipements décentralisés assureraient certains besoins éloignés ou prioritaires. Le stockage couvrirait des interruptions définies. Des moyens de secours resteraient disponibles lorsque plusieurs éléments tomberaient simultanément en défaut.
La question décisive ne se tranche pas à l’aune de la sophistication d’une machine, mais à l’épreuve de la défaillance et de la sécheresse : quel dispositif saura maintenir la desserte d’une école, d’un dispensaire ou d’un quartier lorsqu’un équipement aura cédé et que l’aridité prendra ses quartiers ? Voilà le critère auquel toute promesse technique doit rendre les armes. Maurice n’a pas vocation à devenir le reliquaire de nos ferveurs techniciennes ; elle a aujourd’hui, comme Rodrigues, cruellement grand besoin d’eau.
Puiser dans l’air sans vendre des prodiges
L’eau atmosphérique appelle une explication délivrée de ses oripeaux publicitaires. L’air contient de la vapeur d’eau. Un procédé peut la condenser en refroidissant l’air ; un autre utilise un matériau qui retient les molécules d’eau, puis les restitue lors d’une étape de régénération. Dans les systèmes à adsorption, l’eau se fixe sur des surfaces internes. Le matériau ne fabrique pas la molécule ; il permet de la séparer de son environnement.[14]
Des réseaux métallo-organiques, matériaux poreux dont la structure peut être ajustée, appartiennent à cette seconde famille. Une expérience publiée dans Nature Water en 2023 a produit de l’eau dans la vallée de la Mort et à Berkeley avec un dispositif alimenté par le soleil. Les rendements rapportés étaient respectivement de 210 et 285 grammes d’eau par kilogramme de matériau et par jour.[15] Il s’agit d’une preuve expérimentale située, aucunement du débit garanti d’une installation industrielle mauricienne.
D’autres travaux élargissent les voies possibles. Une étude de 2024 sur un gel hygroscopique rapporte, dans ses essais extérieurs, des productions de l’ordre de 3,5 à 8,9 litres par mètre carré et par jour au moyen d’un dispositif associant soleil et vent.[16] Une recherche publiée en 2026 explore la régénération d’un adsorbant par la chaleur dissipée d’une batterie.[17] Si ces résultats justifient l’attention scientifique ; ils n’autorisent clairement pas à additionner les meilleures performances de machines différentes pour inventer un appareil idéal. Pour Maurice, l’intérêt serait particulièrement net là où l’eau indispensable doit être produite à proximité de son usage et où une chaleur autrement rejetée peut soutenir le procédé. Une installation pourrait protéger une dotation de boisson dans un établissement, compléter un service isolé ou valoriser une ressource thermique industrielle. La petitesse du volume n’abolit pas sa valeur lorsque l’alternative est une rupture coûteuse.
Il faut cependant récuser trois facilités. Un climat humide ne garantit pas, à lui seul, un rendement constant. Une machine autonome vis-à-vis du réseau électrique ne fonctionne pas nécessairement sans apport d’énergie. Une eau issue de l’air n’est pas automatiquement potable au point de consommation. Le traitement final, les matériaux en contact et le stockage appartiennent au système que l’on évalue, conformément à une logique de gestion sanitaire allant jusqu’à l’usager.[18] Température et humidité doivent être mesurées ensemble, heure par heure, sur le site pressenti. Il faut connaître le volume net après traitement, la consommation électrique de tous les auxiliaires et la chaleur réellement mobilisée. Il faut aussi éprouver le comportement pendant les jours défavorables. Le besoin d’eau ne s’interrompt pas poliment lorsque le fabricant cesse de publier sa meilleure courbe.
La condensation électrique, souvent vendue sous l’appellation générale de générateur d’eau atmosphérique, rencontre une limite particulière. Elle impose de refroidir un flux d’air pour en extraire l’eau, avec une consommation qui dépend fortement du climat. Une expérimentation publiée en 2026 sur un petit appareil à compression de vapeur rapporte encore des valeurs de 0,79 à 0,98 kilowattheure par kilogramme d’eau dans ses configurations améliorées.[26] Ce résultat ne décrit absolument pas tout le marché ; il interdit toutefois de présumer que l’humidité tropicale rend l’eau gratuite.
La voie que je privilégie repose sur une autre logique économique : employer un matériau adsorbant et une chaleur déjà dissipée peut réduire le besoin d’électricité consacrée à l’extraction, si l’installation offerte le démontre. Elle conserve des besoins thermiques, des auxiliaires et un système de condensation dont il faut assurer le refroidissement. Son avantage potentiel tient à la nature et à la valeur de l’énergie mobilisée, non à l’abolition de toute dépense énergétique. Les deux procédés appartiennent à la même famille de captation atmosphérique ; leurs architectures et leurs contraintes diffèrent très sérieusement.
Une chaleur disponible à température trop basse, ou éloignée du site de production, peut perdre une grande partie de son intérêt. Si une pompe à chaleur devient nécessaire pour relever cette température, sa consommation doit alors figurer dans les comptes. Il serait particulièrement inconséquent de brûler davantage de combustible afin de produire la chaleur ensuite présentée comme un déchet gratuit. L’éligibilité au programme doit exiger une ressource thermique effectivement récupérable et un bilan net favorable face aux alternatives du site. L’État devrait ainsi acheter une performance à vérifier et non une croyance à entretenir. Il serait aussi inconséquent de fermer la porte à cette famille de procédés que d’en faire la nouvelle religion hydraulique. La science mérite tellement mieux que cette adulation sans conscience ; elle mérite des instruments de mesure.
Les centres de données peuvent devenir des voisins utiles
Dans un autre article, intitulé « Le vent, le béton et la dépendance », publié dans les pages du quotidien Le Mauricien en mai 2026, j’insistais sur l’impossibilité de séparer la question énergétique de nos dépendances matérielles.[19] L’eau en offre d’ailleurs une illustration immédiate. En 2025, 82,2 % de la production électrique de la République mauricienne provenait de sources non renouvelables.[3] Une politique qui multiplie les procédés électriques sans examiner leur bilan peut vite déplacer une vulnérabilité vers les combustibles importés. Il existe pourtant une voie plus subtile. Des équipements informatiques dissipent de la chaleur que leur exploitant doit évacuer. Sous réserve de températures compatibles et d’une récupération techniquement justifiée, une partie de cette chaleur pourrait parfaitement, et surtout durablement, soutenir une production atmosphérique d’eau. La proposition n’est en aucune manière de transformer la chaleur en matière. La chaleur fournirait une partie du travail nécessaire pour séparer l’eau déjà présente dans l’air.
Maurice possède des infrastructures susceptibles de faire l’objet d’une étude approfondie. Mauritius Telecom présente, à Rose-Belle, un centre de données doté d’une puissance de 3 mégawatts.[20] Cette indication identifie un site et une capacité annoncée. Elle ne prouve nullement la charge effective, ni même la quantité de chaleur récupérable, et encore moins l’existence d’un besoin de refroidissement consommateur d’eau. Ce dernier point est crucial, attendu qu’un circuit fermé contenant de l’eau n’en consomme pas nécessairement beaucoup et qu’une installation refroidie principalement par l’air ne présente pas le même bilan qu’un dispositif évaporatif. Il faut relever les appoints réels, comprendre les régimes de fonctionnement et identifier l’utilisateur final de l’eau envisagée. La proximité d’un dispensaire, d’un bâtiment public ou encore d’un usage industriel peut être bien plus intéressante qu’un besoin de refroidissement simplement supposé. L’étude devrait partir d’une boucle secondaire isolée, avec échangeur, dérivation de sécurité et séparation nette des responsabilités. La production informatique conserverait alors sa redondance. Aucune promesse hydrique ne saurait justifier de fragiliser une infrastructure numérique essentielle. Les pompes supplémentaires, les ventilateurs et les pertes de charge seraient intégrés au bilan, de même que toute économie de refroidissement effectivement mesurée.
La chaleur dite fatale n’est pas gratuite dès lors qu’il faut la capter, la transporter et l’utiliser. Elle peut aussi avoir un meilleur débouché, par exemple un besoin thermique voisin. Une même quantité de chaleur ne peut être attribuée simultanément à plusieurs projets. Cette double comptabilité ferait naître de beaux rendements sur le papier et en même temps de mauvaises surprises dans les installations.
Je propose une cartographie volontaire des gisements thermiques mauriciens, qui commencerait par des sites existants, avec l’accord de leurs exploitants, et rapprocherait températures disponibles, horaires, distances et demandes d’eau. Elle examinerait également les entrepôts frigorifiques et certaines activités agroalimentaires. Aucun de ces secteurs ne serait déclaré compatible par décret. L’ingénierie déciderait des mariages utiles. L’idée directrice est féconde est qu’une infrastructure dont le pays supporte les contraintes peut contribuer à sécuriser son voisinage. Encore faut-il inscrire cette contribution dans un contrat qui prévoit la qualité, le volume, le coût et le devenir du service si l’activité d’accueil ralentit ou déménage. La solidarité industrielle ne doit guère disparaître avec le prochain changement de locataire.
Le programme que je présente pour plusieurs districts
Je propose une infrastructure distribuée de production d’eau atmosphérique alimentée par récupération de chaleur industrielle. Son unité de base serait un site producteur assorti d’un service de distribution défini. L’eau serait captée sur place, traitée, puis acheminée vers des établissements et des points publics prioritaires. L’échelle territoriale serait celle de plusieurs districts ; la fonction initiale serait une dotation essentielle ciblée, dont le volume serait publiquement garanti une fois l’installation réceptionnée.
Le programme comporterait trois pôles territoriaux à sélectionner après croisement des données de desserte et des ressources thermiques. Je ne désignerai jamais des districts comme les plus nécessiteux sans disposer de cette cartographie. Le taux de remplissage d’un réservoir ne suffit aucunement à établir la vulnérabilité d’un ménage. La priorité devrait dépendre des heures réelles sans eau, des usages essentiels exposés ainsi que de l’absence d’alternative accessible.
Rose-Belle fournirait pour sa part un point de départ tout à fait concret pour une étude liée aux centres de données. Les autres implantations seraient recherchées parmi les sites informatiques, les installations frigorifiques et les procédés industriels disposant d’une chaleur compatible. Cela ne préjuge ni de l’accord des entreprises ni de leur capacité à fournir cette chaleur. Dans les sucreries, il faudrait notamment distinguer la chaleur déjà valorisée et le reliquat disponible, puis examiner la saisonnalité. Un flux saisonnier ne peut devenir une garantie annuelle par la seule grâce d’un contrat mal rédigé. En effet, la chaleur serait, autant que faire se peut, utilisée à proximité immédiate de son émission. On éviterait dès lors de construire de longues conduites thermiques avant d’en avoir démontré l’intérêt. L’eau produite serait ensuite livrée par une courte liaison dédiée ou par un transport sanitaire contrôlé, selon les distances et les volumes. Lorsque le site est éloigné des consommateurs prioritaires, le coût logistique peut rapidement suffire à invalider l’implantation. Le meilleur gisement thermique sur une carte n’est pas nécessairement le meilleur service hydrique.
Une cible de 100 000 litres nets par jour donnerait au programme un objet évident, palpable. Répartie à parts égales entre trois pôles, elle représenterait environ 33 333 litres par pôle. À raison d’une allocation illustrative de 5 litres par personne et par jour pour un usage alimentaire limité, le total équivaudrait à 20 000 allocations quotidiennes. À 50 litres pour des usages plus larges, il ne correspondrait plus qu’à 2 000 allocations.[6] Il ne s’agit de ce fait nullement de prétendre alimenter intégralement trois populations de district.
Cette ambition impose surtout de compter la chaleur. Pour livrer 100 000 litres par jour avec une consommation spécifique supposée de 2 kilowattheures thermiques par litre net, il faudrait 200 mégawattheures thermiques quotidiens. À 4, il en faudrait 400 ; à 8, il en faudrait 800. Sur vingt heures de récupération par jour, ces scénarios exigeraient respectivement 10, 20 et 40 mégawatts thermiques utiles, en plus des besoins électriques.[6] Ces puissances n’ont pas été établies comme disponibles à Maurice ; elles définissent ce que l’enquête industrielle doit par ailleurs dûment vérifier.
Les hypothèses sont moins des rendements attribués à une machine qu’elles servent en fait à éprouver une décision. À titre de comparaison scientifique, une expérimentation publiée en 2024 rapporte, selon ses conditions, 7,7 à 30,4 mégajoules par kilogramme d’eau, soit environ 2,14 à 8,44 kilowattheures thermiques par litre, pour un procédé à adsorbants et refroidissement interne.[27] Si un tel résultat ne peut être transféré à une offre industrielle différente, il n’en demeure pas moins qu’il montre que la chaleur requise ne doit jamais disparaître derrière l’expression séduisante d’eau produite avec de l’énergie récupérée. Avec un gisement utile limité à 10 mégawatts thermiques pendant vingt heures et une consommation réelle de 4 kilowattheures thermiques par litre net, le programme serait ramené à 50 000 litres par jour. Si la qualité thermique se révèle insuffisante, même cette production n’est pas acquise. Il faut encore disposer des surfaces d’échange, du matériau et de la capacité de condensation nécessaires. Une division énergétique fournit une condition de dimensionnement ; elle ne construit pas l’usine.
Le passage à l’échelle suivrait subséquemment des seuils de décision. Un premier site viserait 2 000 litres nets par jour dans un protocole de réception. Un second, soumis à d’autres conditions, éprouverait la reproductibilité. Un palier intermédiaire de 10 000 litres par jour ne serait engagé qu’après validation des performances, de la maintenance ainsi que des coûts. La cible multidistrict ne deviendrait un marché de déploiement qu’une fois l’existence d’un parc industriel livrable et de ressources thermiques suffisantes démontrée. Une première campagne de quatre-vingt-dix jours après réception permettrait de relever les défauts. Une extension majeure demanderait une observation plus longue, couvrant la variabilité saisonnière, idéalement une année. La mesure porterait sur l’eau nette acceptée au point de livraison, après traitement, et sur l’ensemble des énergies. Les périodes d’arrêt industriel figureraient dans le calcul de disponibilité. Des garanties annuelles ne sauraient être déduites de trois mois favorables.
Dans chaque pôle, un stockage de deux jours au volume-cible représenterait environ 66,7 mètres cubes. Pour l’ensemble, il faudrait quelque 200 mètres cubes utiles, à ajuster au profil des besoins et à la stratégie sanitaire.[6] Cette réserve n’éliminerait pas les pannes longues. Une alimentation de remplacement contractualisée resterait à l’évidence indispensable. Il est clair qu’on ne doit jamais échanger la dépendance au réservoir public contre une dépendance exclusive à l’activité d’un industriel. La gouvernance serait simple : le ministère fixerait les priorités territoriales ; l’exploitant thermique garantirait les conditions de mise à disposition convenues ; l’opérateur de production répondrait des volumes et de la qualité ; un contrôleur indépendant vérifierait les résultats, avec participation des autorités sanitaires et du distributeur concerné ; les populations bénéficiaires disposeraient d’une voie de recours ; et le marché achèterait une eau conforme et un service, avec une part liée à la disponibilité, sans payer des litres fictifs pendant les arrêts.
Les données techniques détaillées à l’appui de cette proposition parfaitement claire et concrète pourront être communiquées, en temps et lieu, aux interlocuteurs compétents, dès que les pouvoirs publics mauriciens en manifesteront officiellement le souhait. Elles permettront un examen contradictoire des performances, des coûts ainsi que des conditions de déploiement dans les districts prioritaires.[30] Un canal de transmission approprié pourra préserver les informations industrielles légitimement confidentielles, sans soustraire les résultats financés par des fonds publics à leur nécessaire reddition.
Je ne propose en conséquence aucunement une exposition de prototypes, ni encore bien moins ce qu’on pourrait appeler « chèque en blanc. » Je propose, en revanche, au gouvernement mauricien de transformer une possibilité scientifique en un programme industriel réfutable, puis extensible. L’ambition est foncièrement nationale par sa méthode et multidistrict par sa destination. Son ampleur matérielle, quant à elle, se doit de demeurer proportionnée à ce que les installations auront réellement démontré.
Une eau si pure, à peut-être même reminéraliser avant distribution
La solution proposée vise une eau de très haute pureté, de qualité comparable à celle d’une eau distillée, puis une reminéralisation maîtrisée avant sa distribution pour la consommation humaine. Cette qualité attendue doit figurer au cahier des charges et être vérifiée à la réception. Une eau très pauvre en sels n’est pas trop minéralisée ; c’est précisément sa faible minéralisation qui appelle l’examen de sa composition et de sa stabilité. La qualification d’eau « ultrapure », au sens industriel, reste distincte de cette revendication. Cette expression possède des sens techniques exigeants ; elle ne peut servir de synonyme décoratif à « transparente ». Une faible conductivité ne prouve en aucune façon l’absence de polluants organiques, et ne prouve pas non plus la maîtrise microbiologique. Dans le programme proposé, la finition de l’eau serait conçue dès l’avant-projet, où l’on contrôlerait les contaminants susceptibles de provenir de l’air local, des matériaux et du circuit. L’implantation devrait éviter une prise d’air exposée aux rejets industriels. Récupérer la chaleur d’un site ne signifie pas capter son panache. Un échangeur permet précisément de séparer les circuits et leurs fonctions. Une étape de reminéralisation serait prévue dans la conception, puis réglée d’après les analyses de l’eau produite et les exigences du service. Les guides de l’OMS consacrés aux eaux dessalées rappellent l’importance de la stabilisation des eaux déminéralisées et de la maîtrise sanitaire du traitement final.[28] Le principe est pertinent ici par analogie de qualité d’eau, sans assimiler les deux procédés de production.
Un professionnel définirait les apports nécessaires et l’ajustement du pH selon la composition mesurée, les matériaux du réseau et les prescriptions applicables. Le calcium et le magnésium pourraient faire partie de cette formulation, pour autant qu’elle le justifie. On rechercherait une eau acceptable au goût, stable dans son circuit et en pleine conformité aux exigences sanitaires. La reminéralisation n’est pas une opération cosmétique destinée à ennoblir une marque ; elle répond à des propriétés bien déterminées.
La chaîne comprendrait ensuite la désinfection adaptée, le stockage protégé et des contrôles au point de distribution. L’eau prélevée à la sortie du condenseur et celle versée au bénéficiaire ne sont pas toujours la même réalité sanitaire. Les citernes de transport, les tuyaux et les robinets doivent entrer dans le plan de maîtrise. Une non-conformité déclencherait la suspension du lot et l’activation du secours prévu. La promesse que défend votre serviteur est, par conséquent, bien plus sérieuse que celle d’une pureté miraculeuse. Produire une eau très faiblement minéralisée lorsque le procédé le permet, puis lui donner les qualités qu’exige sa destination. Le gouvernement ne devrait pas acheter le superlatif, mais devrait exiger le certificat, et surtout le contrôle qui demeure valable après la cérémonie.
L’eau que nous avons déjà utilisée mérite une seconde vie
La réutilisation des eaux usées est moins romanesque que la récolte de l’humidité. Elle peut pourtant offrir des volumes substantiels et des débouchés réguliers. Le rapport d’audit mentionne quelque 48 millions de mètres cubes traités annuellement et 920 000 mètres cubes employés pour l’irrigation.[4] Ces chiffres constituent un repère documentaire, et non une mesure certifiée de la situation à ce jour.
Une fiche publique de la Wastewater Management Authority affiche d’ailleurs 650 000 mètres cubes pour l’irrigation, sans millésime clairement associé à ce chiffre.[21] Cette discordance ne prouve pas intrinsèquement un mensonge ; elle indique, en revanche, qu’un décideur ne devrait pas construire un programme sur des pages publiques non réconciliées. Il faut obtenir des séries datées, station par station, avec les volumes effectivement réutilisés. Les installations ne délivrent pas toutes un effluent de même qualité. La WMA distingue notamment un traitement tertiaire à Saint-Martin et un traitement primaire avancé à Montagne-Jacquot.[22] On ne saurait les réunir dans une masse abstraite d’« eau disponible » et l’affecter indifféremment à l’agriculture, aux bâtiments ou à l’industrie. La bonne méthode consiste à rapprocher un effluent d’un besoin compatible. Pour une culture, on examinera la qualité, la salinité et les conditions d’application, et pour un procédé industriel, on vérifiera les spécifications et les traitements complémentaires. Pour des usages urbains non potables, on préviendra les raccordements croisés. La proximité compte, puisqu’une eau peu coûteuse à la sortie d’une station peut très vite prendre l’ascenseur des prix après une longue conduite et plusieurs relèvements. Supposons, pour un projet, que 10 000 mètres cubes par jour puissent être sécurisés pour remplacer un prélèvement d’eau douce existant. Le bénéfice brut atteindrait 3,65 millions de mètres cubes par an à fonctionnement quotidien. Le gain net serait alors inférieur si le nouvel usage induisait une consommation additionnelle ou si une partie du débit n’était pas réellement substitutive.[6] Il est limpide que le mot « recyclage » ne dispense pas davantage d’un bilan contradictoire que le mot « innovation ».
Je propose de commencer par quelques débouchés proches et solvables, avec une qualité contractuelle précise. Des engagements d’achat pourraient justifier le traitement complémentaire et la distribution. L’État mauricien n’aurait pas à financer à l’aveugle un réseau dont personne n’aurait encore défini les clients. Il organiserait une substitution mesurable, puis étendrait ce qui fonctionne. L’eau rendue à un usage productif ne doit pas être comptée une seconde fois comme une nouvelle ressource brute. Elle réduit une pression existante, et cette réduction peut cependant être stratégique lorsqu’elle libère une ressource de meilleure qualité pour les usages qui l’exigent.
Le dessalement à la barre des intérêts mauriciens
Le dessalement, nous devons humblement l’admettre, jouit d’une commodité politique absolument redoutable en ce qu’il permet de montrer l’océan et d’annoncer une réserve inépuisable, comme si l’immensité de la matière première suffisait à garantir la modicité du service. Ce sophisme de seconde zone et de bas étage doit être défait. La mer est abondante, certes ; l’énergie, les équipements et les capacités de maintenance ne le sont nullement au même titre. Une installation d’osmose inverse sait produire de l’eau douce.[23] Ce fait technique ne lui délivre aucun blanc-seing économique pour Maurice. En faire la réponse réflexe reviendrait à soumettre davantage l’eau à la continuité énergétique, aux pièces importées ainsi qu’à l’entretien d’ouvrages littoraux. Le lagon ne saurait, pour sa part, devenir l’exutoire supposé gratuit de nos arbitrages. Une étude mondiale sur les saumures identifie leur gestion et la consommation énergétique parmi les obstacles majeurs à l’expansion du dessalement.[29] La gravité locale du rejet dépend du site et des mesures de maîtrise ; elle doit être établie, jamais escamotée derrière la dilution théorique de l’océan.
À Singapour, l’agence publique PUB indique un ordre de grandeur actuel de 3,5 kilowattheures par mètre cube pour le dessalement, avec un objectif de réduction à 2.[24] Ce repère concerne un contexte donné. Il ne constitue en aucune manière un devis pour Rodrigues et ne couvre pas automatiquement toutes les dépenses d’acheminement.
Prenons une installation hypothétique de 10 000 mètres cubes par jour fonctionnant au premier de ces rendements. Le traitement demanderait 35 mégawattheures quotidiens, soit une puissance moyenne d’environ 1,46 mégawatt sur vingt-quatre heures. Avec un prix électrique purement illustratif de 6 roupies par kilowattheure, le seul poste électrique considéré atteindrait 21 roupies par mètre cube. Ce n’est pas le coût complet de l’eau.[6] Pour un village en altitude, il faut encore relever le produit. Dans un scénario où 1 000 mètres cubes sont élevés de 300 mètres avec un rendement global de pompage de 70 %, l’énergie hydraulique correspond à environ 1 168 kilowattheures, hors pertes supplémentaires de canalisation.[6] Le relief a par conséquent un prix. Afficher le coût à la sortie de l’usine sans dire celui du robinet serait une courtoisie excessive envers le projet.
Le rejet salin exige pour sa part une étude du site. Sous l’hypothèse d’un taux de récupération de 45 %, produire 1 000 mètres cubes d’eau demanderait environ 2 222 mètres cubes d’eau de mer et laisserait quelque 1 222 mètres cubes de concentrat, dans un bilan simplifié.[6] Si ces volumes ne préjugent pas d’un dommage précis, ils indiquent cependant l’importance d’un dispositif de rejet convenablement conçu et surveillé. Il faut prévoir l’entretien des prises d’eau, la disponibilité des membranes, les réactifs et les compétences. Il faut étudier le comportement après les intempéries, quand la turbidité et l’accès au site peuvent compliquer l’exploitation. Le contrat doit porter sur la durée de vie utile et non sur le seul instant où l’eau coule devant une caméra. Et d’ailleurs, le solaire ne gomme pas ces obligations. Il faut examiner l’adéquation horaire entre production électrique et besoin d’eau, ainsi que le stockage ou l’alimentation de remplacement. La captation atmosphérique peut, elle aussi, être raccordée à une énergie renouvelable ; aucune famille ne détient le monopole des bons couplages. La comparaison doit porter sur l’installation complète.
La voie fondée sur l’air et la chaleur récupérée présente un avantage structurel précis pour certains sites. Elle ne nécessite pas de prise d’eau de mer et ne produit pas non plus ce flux de saumure propre à la séparation des sels marins. Elle peut rapprocher la production du besoin. En contrepartie, elle exige un débit d’air, une chaleur compatible, des matériaux durables et une performance industrielle encore à établir pour chaque projet. Ses consommables et ses éventuels rejets de nettoyage doivent également être gérés.
C’est la raison pour laquelle je demande solennellement à l’honorable Patrick Gervais Assirvaden que le dessalement perde son privilège de solution automatique. Avant tout nouvel engagement important de l’État mauricien, le gouvernement devrait justifier pourquoi la réparation, la réutilisation ou encore un dispositif novateur de chaleur récupérée ne rendent pas un meilleur service sur le périmètre considéré. La critique doit toutefois demeurer loyale. Pour de grands volumes réguliers, une osmose inverse bien exploitée peut tout à fait rester plus mûre et plus compétitive. Prétendre le contraire sans devis comparables ruinerait la cause même de l’innovation. En fait, le véritable réquisitoire vise une politique qui choisit avant de comparer, investit avant d’organiser la maintenance et découvre les dépendances après la signature. Ce dessalement-là, honorable Assirvaden, érigé en réflexe et paré d’infaillibilité, doit être congédié à toute blinde. L’océan Indien ne saurait indéfiniment servir d’alibi à l’absence de stratégie.
Singapour enseigne une méthode plutôt qu’un plagiat
L’intérêt de Singapour ne réside pas dans une ressemblance totale avec Maurice. Sa géographie politique, ses moyens et son organisation diffèrent profondément. Son agence PUB décrit néanmoins une gestion intégrée combinant plusieurs sources et la réutilisation.[25] L’enseignement transposable tient tout compte fait à la cohérence de l’ensemble, et certainement pas à la pâle copie d’un équipement emblématique.
Pour Maurice, diversifier devrait signifier réduire les risques communs. Deux ressources de surface peuvent diminuer ensemble pendant une sécheresse. Des installations différentes peuvent dépendre du même poste électrique. Plusieurs technologies peuvent être entretenues par un unique fournisseur étranger. Un portefeuille n’est résilient uniquement si l’on examine les circonstances dans lesquelles ses composantes cessent simultanément de fonctionner.
La récupération des pluies demeure utile, surtout sur les toitures existantes. Considérons un toit de 100 mètres carrés recevant une pluie de 20 millimètres, avec un coefficient de collecte supposé de 80 %. Le volume théorique récupéré est de 1 600 litres, avant les autres pertes et sous réserve de capacité de stockage.[6] Cela semble tout à fait appréciable, même si ce n’est pas une production quotidienne garantie, et encore moins une réponse autonome à plusieurs semaines sèches. Préserver les bassins versants, surveiller les prélèvements et protéger les zones de recharge relève par ailleurs de la même logique. L’aménagement du territoire ne peut être laissé hors du débat sur l’eau. Chaque urbanisation nouvelle devrait démontrer comment ses besoins seront satisfaits sans dégrader les conditions des habitants déjà présents. Une autorisation de construire ne devrait pas valoir autorisation tacite de partager une pénurie.
La demande doit aussi être travaillée sans transformer les ménages modestes en boucs émissaires. Dans l’hôtellerie, l’industrie et les grands bâtiments, il faut mesurer les usages, rechercher les fuites internes et adapter la qualité de l’eau à la fonction. On ne saurait demander à une famille de rogner indéfiniment sur l’essentiel et le strict minimum pendant que les gros consommateurs demeurent férocement opaques.
L’agriculture appelle une démarche particulière. La distribution, les horaires d’irrigation et les pratiques culturales doivent être examinés avec les producteurs. Les équipements économes exigent un accompagnement et un entretien. Une subvention mal conçue peut acheter du matériel qui ne restera pas fonctionnel. L’économie de prélèvement doit être vérifiée à l’échelle de l’exploitation, sans être annulée par l’extension non maîtrisée des surfaces irriguées.
La souveraineté hydrique serait ainsi une aptitude à choisir sous contrainte. Elle ne promettrait pas l’abondance sans limites, mais elle organiserait la continuité nécessaire, puis arbitrerait les usages avec des raisons publiques et des chiffres discutables par tous.
Financer le service plutôt que collectionner les machines
Le coût pertinent est celui de l’eau utilisable au point de livraison, sur toute la durée du projet. Il comprend le financement et l’installation, les intrants, les opérateurs, les contrôles et les remplacements. Les indisponibilités réduisent le volume sur lequel ces charges doivent être réparties. Omettre cette dernière réalité est une manière faussement élégante de sous-estimer presque tous les procédés nouveaux. Faisons un simple calcul pour le démontrer : supposons une charge annuelle complète de 1,5 million de roupies pour un service délivrant réellement 2 mètres cubes par jour pendant 330 jours. Ses 660 mètres cubes coûteraient environ 2 273 roupies chacun, soit 2,27 roupies le litre. Si la même charge ne permet plus que 1 mètre cube quotidien pendant ces 330 jours, le coût unitaire double.[6] Aucun tarif de fournisseur n’est mentionné dans cet exemple ; nous éprouvons la mécanique d’un modèle économique.
Un tel coût pourrait être inacceptable pour alimenter en masse un réseau et néanmoins mériter examen pour un usage restreint confronté à une alternative plus chère. La comparaison doit enfin porter sur ce que l’on remplace effectivement, avec une qualité et une continuité comparables. Il faut notamment distinguer très clairement la valeur de l’eau et celle de l’assurance contre une rupture, sans inventer un bénéfice social illimité pour sauver un mauvais investissement.
Le financement public devrait ainsi séparer les travaux éprouvés et les expérimentations. Les premiers doivent disposer d’une programmation pluriannuelle, avec capacité d’exécution. Les secondes méritent des enveloppes plafonnées, des jalons et une faculté d’arrêt. L’innovation ne doit pas servir de prétexte à reporter la réparation ; la réparation ne doit pas devenir l’alibi d’un refus perpétuel d’apprendre.
Les appels à projets seraient neutres quant aux marques et ouverts à plusieurs architectures techniques. Toute entreprise candidate déclarerait ses intérêts et ses intermédiaires. Les conseils chargés de l’évaluation devraient faire de même. L’urgence de l’eau ne saurait devenir le corridor dérobé d’une préférence commerciale. Une solution excellente supportera la comparaison publique.
Pour les contrats longs, il faudrait examiner le risque de change, les engagements minimaux d’achat ainsi que les obligations de rachat. Une eau bon marché la première année peut bien vite devenir coûteuse lorsque les clauses d’indexation commencent à produire leurs effets. Les parlementaires doivent pouvoir comprendre les engagements qui survivront au ministre ayant signé.
La tarification, enfin, doit protéger un accès essentiel tout en donnant les moyens d’exploiter correctement le service. Une hausse uniforme présentée comme remède universel serait une facilité. Le ménage déjà condamné à financer ses propres réserves ne doit pas acquitter sans contrepartie le prix d’une réforme dont les bénéfices demeurent encore invisibles. La progression des recettes doit accompagner une amélioration vérifiable du service et une protection explicite des situations vulnérables.
Ce que le gouvernement mauricien peut mettre en marche dès maintenant
Dans les trente premiers jours d’un programme décidé, le ministère de tutelle devrait publier un tableau commun de production et de desserte, avec ses limites de mesure. Il désignerait un responsable de la continuité pour chaque zone et vérifierait les plans des établissements essentiels. Les moyens de secours seraient affectés à des besoins constatés, avec suivi des livraisons et mécanisme simple de réclamation. La même période servirait à établir la situation des forages et des unités de traitement annoncés. Il ne s’agirait pas de commander une étude de plus, mais bien de rendre visibles les débits reçus, les dates réelles et les contraintes persistantes. L’information devrait distinguer ce qui fonctionne, ce qui attend une pièce et ce qui demeure au stade contractuel.
Sous quatre-vingt-dix jours, des secteurs pilotes de réduction des pertes seraient instrumentés et leurs priorités arrêtées. Une équipe dédiée rapprocherait la CWA, les gestionnaires de voirie et les autorités locales pour lever les obstacles pratiques aux travaux. Le succès se mesurerait au service récupéré et à la tenue des réparations, et nullement au nombre de réunions. En parallèle, les autorités pourraient ouvrir une sélection de sites pour la réutilisation et pour l’eau atmosphérique assistée par chaleur. Cette ouverture ne vaudrait ni commande nationale ni promesse de mise en service dans les trois mois. Elle produirait des cahiers des charges, des données de site et des offres comparables. Tout calendrier de livraison dépendrait ensuite des disponibilités industrielles vérifiées.
Dans les douze mois, le pays devrait pouvoir examiner les premiers résultats des réparations ciblées et des essais effectivement réceptionnés. Chaque expérimentation disposerait d’une décision motivée de poursuite, de modification ou d’arrêt. Cesser un essai décevant serait reconnu comme une bonne utilisation du contrôle, et non dissimulé comme une humiliation politique. Et à l’horizon de deux à trois ans, un programme d’investissements consolidé pourrait combiner les gains de réseau, les réutilisations contractualisées et les productions additionnelles justifiées. Aucun pourcentage national de réduction des pertes ne devrait être promis sans ligne de base fiable, moyens d’exécution et trajectoire de financement. La fermeté consiste à rendre les objectifs opposables au travail réel, pas à les surenchérir avant chaque échéance électorale. Pour chacun de ces chantiers, cinq questions suffiraient à dissiper bien des brumes. Qui répond du résultat ? Quelle eau arrive à qui ? À quel coût complet ? Avec quelle continuité ? Que se passe-t-il lorsque le système tombe en panne ? Un gouvernement qui répond publiquement à ces questions commence déjà à gouverner autrement. À bon entendeur !
La République mauricienne au ras du robinet
Honorable Assirvaden, le pays n’attend pas de vous que vous commandiez aux nuages. La population dans son ensemble attend que vous commandiez à ce qui relève effectivement de l’autorité publique. La clarté des comptes, la discipline des marchés et la protection des plus exposés dépendent moins du prochain front pluvieux qu’elles dépendent d’une volonté qui accepte de se laisser mesurer. La difficulté de la tâche est de toute évidence incontestable, je vous l’accorde. Toutefois, elle ne doit couvrir l’impéritie, ni moins devenir une excuse héréditaire, et non plus une propriété ministérielle soustraite au regard commun. Ceux qui réparent les canalisations, contrôlent l’eau et conduisent les camions ont besoin d’une administration qui leur permette d’agir. La critique vise l’organisation des responsabilités ; elle ne saurait tenir lieu de mépris pour les agents qui travaillent dans des conditions difficiles.
Le Programme national de chaleur utile et d’eau de proximité constitue une proposition que le gouvernement peut soumettre immédiatement à l’épreuve des sites, des offres et des mesures. Il donne une destination sociale à une possibilité industrielle. S’il satisfait cette épreuve, sa montée en puissance doit servir d’abord les habitants et les établissements pour lesquels une interruption est la plus lourde de conséquences.
L’innovation offre au pays des possibilités assez sérieuses pour qu’on les arrache à la foire aux prodiges. Récolter l’eau de l’air avec des matériaux avancés, employer une chaleur aujourd’hui rejetée, réutiliser un effluent convenablement traité peuvent devenir des pièces d’une souveraineté matérielle. Mais ces possibilités ne prendront corps que si l’État mauricien apprend à demander des preuves sans décourager l’essai et à interrompre un échec sans humilier la recherche.
Il faut en finir une bonne fois pour toute avec cette étrange jurisprudence de la résignation selon laquelle le citoyen mauricien devrait toujours devenir plus prévoyant à mesure que le service devient moins fiable. Son ingéniosité n’est pas une ressource budgétaire inépuisable. Sa patience ne vaut pas quitus. Le courage domestique ne saurait éternellement tenir lieu d’infrastructure nationale.
La prochaine pluie pourra remplir les retenues ; elle ne réparera aucune responsabilité défaillante. Si l’on attend son retour pour déclarer la crise passée, l’on aura simplement reconduit le pays jusqu’à la prochaine angoisse, avec les mêmes fragilités et quelques photographies de plus.
Une République mauricienne digne de ce nom ne devient souveraine ni dans la majesté de ses discours ni dans la solitude de ses emblèmes. Elle le devient véritablement dans cette grâce élémentaire, longtemps refusée à trop des siens, de pouvoir ouvrir un robinet sans demander au ciel la permission de vivre.
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patrice@patricelebon.com
Hypothèses de dimensionnement
Annexe de calcul : Scénarios proposés par l’auteur, non performances certifiées d’un équipement. Les volumes sont nets au point de livraison. Les besoins thermiques et électriques ne sont pas interchangeables.
Produire 100 000 litres nets par jour
| Hypothèse thermique | Chaleur par jour | Puissance utile sur 20 h |
| 2 kWh thermiques par litre | 200 MWh thermiques | 10 MW thermiques |
| 4 kWh thermiques par litre | 400 MWh thermiques | 20 MW thermiques |
| 8 kWh thermiques par litre | 800 MWh thermiques | 40 MW thermiques |
Calcul : Énergie quotidienne = volume net × énergie spécifique.
Puissance utile = énergie quotidienne ÷ heures de récupération.
Le potentiel mauricien à température compatible reste à mesurer. L’électricité auxiliaire, les besoins de refroidissement et la disponibilité restent à ajouter au bilan.
Ce que représente cette cible
| Affectation illustrative | Équivalence |
| Allocation de 5 L par personne et par jour | 20 000 allocations quotidiennes |
| Allocation de 50 L par personne et par jour | 2 000 allocations quotidiennes |
| Trois pôles territoriaux à parts égales | Environ 33 333 L/j par pôle |
| Deux jours de réserve au volume-cible | 200 m³ utiles au total |
Ces allocations ne valent pas normes sanitaires. La cible couvre des usages prioritaires sélectionnés, et non tous les besoins de trois districts. Une production nationale additionnelle de 100 m³/j demeure très inférieure aux besoins d’un réseau urbain.
Autres calculs reproductibles
La Marie : 110 000 − 56 000 = 54 000 m³/j ; baisse relative de 54 000 ÷ 110 000 = 49,1 %.
Réservoir domestique : 1 000 ÷ (4 × 50) = 5 jours. Toiture : 100 m² × 0,020 m × 0,80 = 1,6 m³.
Réutilisation : 10 000 m³/j × 365 = 3,65 millions de m³/an, avant correction des indisponibilités et des effets de substitution.
Dessalement : 10 000 m³/j × 3,5 kWh/m³ = 35 000 kWh/j ; 35 000 ÷ 24 = 1 458 kW. À 6 Rs/kWh, le poste considéré vaut 21 Rs/m³. Saumure : 1 000 ÷ 0,45 − 1 000 = 1 222 m³ environ.
Relèvement : Pour 1 000 m³ d’eau, une masse de 1 000 000 kg, une gravité de 9,81 m/s², une hauteur de 300 m et un rendement de 70 % donnent 1 168 kWh environ après conversion des joules en kWh. Les pertes de charge ne sont pas incluses.
Coût du service : 1 500 000 Rs ÷ (2 m³/j × 330 jours) = 2 273 Rs/m³, soit 2,27 Rs/L. À 1 m³/j avec la même charge annuelle, le résultat devient 4,55 Rs/L.
Apparat critique
Sources consultées et recoupées au 11 octobre 2026. La date d’une publication, la période statistique et le statut opérationnel sont distingués. Les propositions, scénarios et jugements éditoriaux appartiennent à l’auteur. Le renseignement d’origine sources ouvertes (OSINT) n’équivaut pas à une inspection de terrain. Aucune disponibilité industrielle locale ni validation sanitaire de projet n’est présumée.
[1] Government Information Service, 8 octobre 2026
Government accelerates measures amid decline in water production. Situation opérationnelle de La Marie et de Mare-aux-Vacoas. La baisse de 49,1 % et le déficit de 54 millions de litres par jour sont des calculs à partir des débits annoncés, non des mesures supplémentaires. Consulter la source
[2] Government Information Service, 7 octobre 2026
Government takes additional steps to mitigate water supply constraints. Les interventions sont des annonces gouvernementales ; leur mention ne certifie pas leur réception ni leur rendement effectif. Consulter la source
[3] Statistics Mauritius, 5 juin 2026
Energy and Water Statistics, Year 2025, notamment sections 2.4 et 3.1 à 3.5, tableaux 8 et 15. Périmètre électrique national distinct du périmètre hydrique de l’île principale. Les ventes totales comprennent de l’eau non traitée. Consulter la source
[4] National Audit Office, rapport rendu accessible en 2026
Sustainable Water Resources Management. Pages imprimées 9-10, 17-20 et 24-25. Données historiques et estimations rapportées par l’auditeur, non relevés du jour. Le bilan des eaux usées demande une actualisation datée. Consulter la source
[5] Banque mondiale et partenaires, documentation consultée le 11 octobre 2026
Contracting Tools for Non-Revenue Water Reduction. Définition de l’eau non facturée et distinction entre pertes physiques, pertes commerciales et usages autorisés non facturés. Consulter la source
[6] Calculs et scénarios de l’auteur
Tous les cas fictifs sont reproductibles à partir des hypothèses indiquées dans le texte et dans l’annexe de calcul. Les allocations de 5 et 50 litres ne sont ni des prescriptions individuelles ni des normes de desserte. Les coûts hypothétiques ne sont pas des offres commerciales. Le programme proposé n’est ni une politique adoptée ni un projet financé.
[7] Banque mondiale, 22 avril 2022
Reducing NRW Losses in Half, New Providence, The Bahamas. Cas historique d’un contrat de performance. Une expérience étrangère ne préjuge pas du résultat mauricien. Consulter la source
[8] Banque mondiale, ressources contractuelles
Performance-Based Contracting Tools for Non-Revenue Water Reduction. Outils de bilan hydrique, de modélisation financière et de préparation contractuelle. Consulter la source
[9] Organisation mondiale de la santé, recommandations sur l’eau de boisson
Guidelines for Drinking-water Quality, chapitre 5, section 5.3.4, Continuity. Risques associés à l’intermittence, aux basses pressions et au stockage domestique. Consulter la source
[10] Patrice Lebon, publication LinkedIn du 14 février 2025
Rodrigues, le paradis asséché ou la soif de la révolution atmosphérique. Le texte indique une parution dans L’Express du 12 février 2025. Antécédent éditorial, et non une preuve indépendante de performance industrielle. Consulter la source
[11] National Audit Office, exercice rodriguais 2021-2022
Rapport d’audit relatif à la Rodrigues Regional Assembly, développements sur les unités de dessalement et leurs marchés. Constats historiques, sans extrapolation à leur disponibilité actuelle. Consulter la source
[12] Rodrigues Public Utilities Corporation, 25 mai 2026
Appel d’offres RPUC/RRA/CAP/003A relatif à une unité d’osmose inverse de 500 m³/j à Caverne Bouteille. Un avis de marché n’est pas une preuve de mise en service. Consulter la source
[13] L’Express, septembre 2026
Rodrigues, le projet Colonne vertébrale de l’eau avance. Compte rendu de la conférence du 2 septembre 2026 ; données d’avancement annoncées et non audit technique indépendant. Consulter la source
[14] Nature Reviews Materials, 30 avril 2024
Bridging materials innovations to sorption-based atmospheric water harvesting devices. DOI 10.1038/s41578-024-00665-2. Synthèse scientifique sur le passage du matériau au dispositif et les obstacles au déploiement. Consulter la source
[15] Nature Water, 2023, volume 1, pages 626-634
MOF water harvester produces water from Death Valley desert air in ambient sunlight. DOI 10.1038/s44221-023-00103-7. Rendements expérimentaux propres au dispositif étudié. Consulter la source
[16] Nature Communications, 2024
Enhanced continuous atmospheric water harvesting with scalable hygroscopic gel driven by natural sunlight and wind. DOI 10.1038/s41467-024-52137-4. Les valeurs extérieures ne doivent pas être remplacées par le maximum obtenu en laboratoire. Consulter la source
[17] Nature Communications, 2026
Symbiotic heat sharing in MOF-based atmospheric water generators for battery thermal management and sorbent regeneration. DOI 10.1038/s41467-026-76774-z. Preuve expérimentale de couplage thermique, non validation d’une centrale hydrique de district. Résumé public consulté. Consulter la source
[18] Organisation mondiale de la santé, édition 2022
Guidelines for drinking-water quality, fourth edition incorporating the first and second addenda. Gestion du risque de la ressource au consommateur et surveillance indépendante. Consulter la source
[19] Patrice Lebon, Le Mauricien, 7 mai 2026
Le vent, le béton et la dépendance. Antécédent de réflexion sur les dépendances énergétiques. Les chiffres énergétiques de la présente tribune sont actualisés séparément avec la source [3]. Consulter la source
[20] Mauritius Telecom, fiche de service consultée le 11 octobre 2026
Colocation, Rose Belle Data Centre. La puissance annoncée identifie une capacité ; elle n’établit ni la charge effective ni le potentiel thermique récupérable. Consulter la source
[21] Wastewater Management Authority, fiche publique
Factsheet. Chiffre de réutilisation sans millésime clairement attaché ; divergence signalée avec le rapport d’audit et non artificiellement résolue. Consulter la source
[22] Wastewater Management Authority, description des installations
Treatment Plants. Nature des traitements et destinations des effluents. Les débits de la page ne sont pas employés comme des mesures opérationnelles d’octobre 2026. Consulter la source
[23] United States Department of Energy
Desalination Basics. Principes de séparation thermique et membranaire ; l’existence d’une technologie éprouvée ne démontre pas sa pertinence économique pour un site déterminé. Consulter la source
[24] PUB, agence nationale de l’eau de Singapour
3Rs Decarbonisation Strategy. Repère de consommation du dessalement et objectif d’amélioration. Aucune transposition automatique aux petites installations insulaires. Consulter la source
[25] PUB, agence nationale de l’eau de Singapour
Singapore’s Water Loop. Gestion intégrée et diversification des ressources. Référence méthodologique, sans assimilation des contextes nationaux. Consulter la source
[26] Étude expérimentale publiée en 2026
Performance assessment of a vibrating-fin atmospheric water generator under variable weather conditions in North Africa’s arid mediterranean climate. Essai d’un petit appareil à compression de vapeur ; résultats non représentatifs à eux seuls du marché industriel. Résumé public consulté. Consulter la source
[27] Étude expérimentale publiée en 2024, notice PubMed 39167972
Internally-cooled atmospheric water harvesting enabling improved productivity. Plage de 7,7 à 30,4 MJ/kg convertie en divisant par 3,6, avec approximation de 1 kg d’eau pour 1 litre. Résumé public consulté ; aucune assimilation à une offre commerciale particulière. Consulter la source
[28] Organisation mondiale de la santé, édition 2022
Guidelines for drinking-water quality, chapitre 6, application aux eaux dessalées. Stabilisation et reminéralisation avant distribution. L’application à l’eau atmosphérique relève d’une analogie de qualité à confirmer par l’ingénierie sanitaire du projet. Texte de l’OMS diffusé sur NCBI Bookshelf. Consulter la source
[29] Edward Jones et collaborateurs, 2019
The state of desalination and brine production, A global outlook. Science of the Total Environment. DOI 10.1016/j.scitotenv.2018.12.076. Travaux sur les saumures et les contraintes environnementales ; leurs volumes mondiaux historiques ne sont pas présentés comme actuels. Consulter la source
[30] Éléments techniques complémentaires annoncés par l’auteur
L’annonce de leur communication relève de l’auteur. Ces éléments ne sont pas joints au présent dossier public et n’ont pas été utilisés comme une preuve indépendante d’une supériorité universelle. Leur examen devra établir les performances et leurs conditions de validité. Les scénarios publics de dimensionnement demeurent des hypothèses.
