Arrestations et contraventions

Comme le volcan des Canaries, l’ICAC semble être sorti — momentanément ? — du long sommeil dans lequel il semblait avoir plongé. Plus d’un an après l’éclatement de l’affaire St_Louis, qui avait poussé le Premier ministre à révoquer son DPM, l’ICAC vient d’arrêter l’ex-ministre Swaley Kasenally. Selon certaines sources, cette arrestation serait due à une affaire d’honoraires payés en billets d’avion, antérieure au scandale des turbines. Mais il était évident que l’arrestation d’un ex-ministre MMM allait faire le buzz et certains se demandent si ce n’était pas le but recherché. Car on commence à croire que certaines institutions — comme l’ICAC, la police, l’IBA, la MBC, etc. — ont désormais pour vocation de jouer au gilet pare-balles du gouvernement. Dès qu’il fait l’objet de critiques trop appuyées, une de ces institutions lance une opération pour détourner l’attention. Selon cette théorie, ce serait pour essayer de faire oublier deux récentes dénonciations que l’ICAC serait sortie de sa torpeur et de sa lenteur légendaires. La première concerne la tentative de nomination de trois membres actifs du MSM dans les instances chargées de l’organisation et de la surveillance des élections. Instances qu’il est indispensable de contrôler si on “souhaite” remporter les prochaines consultations populaires. La deuxième critique concerne la création de cette superstructure qui regrouperait plusieurs entités de l’aviation civile et qui serait dirigé par un des spin doctors du Premier ministre qui fut autrefois steward à d’Air Mauritius. Mais ces tentatives de coups de com du gouvernement sont tellement grossières que personne n’y croit et elles finissent toujours par se retourner contre lui.
La police est, elle aussi, chargée de réagir dès que quelqu’un commet le crime de lèse-majesté de s’attaquer au Premier ministre. Dans un passé récent, elle a arrêté des internautes ayant osé critiquer le Premier ministre en les traitant comme de dangereux terroristes. Après quelques cas rayés en cour, on avait cru que la police aurait retenu sa leçon. C’était une fausse impression. Depuis quelques semaines, un groupe d’activistes manifeste pacifiquement devant le Parlement pour dénoncer le gouvernement et réclamer sa démission, celle de son chef ainsi que celle du Speaker. La police surveille ces manifestations, copie les slogans des pancartes, photographie les manifestants, bref, ces manifestations font presque partie du folklore portlouisien. Et puis, cette semaine, l’un des manifestants a choisi de brandir une photo grandeur nature du Premier ministre pour réclamer sa démission. Du coup, les choses se sont précipitées et la police est montée sur ses grands chevaux. Le manifestant a été convoqué aux Casernes centrales, où il a été arrêté et immédiatement traduit en cour sous l’accusation provisoire d’être un “rogue and vagabond”. Comment ce manifestant pouvait être un “rogue and vagabond” alors que cela fait des semaines que la police sait qu’il manifeste en plein jour et, qui plus est, devant le Parlement en pleine journée au vu et au su de tout le monde ? Si la police pensait que le fait d’avoir accusé provisoirement l’activiste allait le faire arrêter de manifester, elle s’est trompée. À peine libéré sous caution, l’activiste est retourné manifester pour réclamer de plus belle la démission du Premier ministre. Pourquoi est-ce que la police a subitement décidé de sévir contre un des dix activistes qui manifestent devant le Parlement depuis des semaines ? Selon certaines sources, ce serait une petite voix qui aurait appelé un très haut gradé pour lui dire « ou pou laisse sa… (censuré) boufonne PM sans faire narien ? » qui serait à l’origine de l’arrestation de l’activiste. Il paraît que la même petite voix se fait souvent entendre dans le téléphone du directeur général de la MBC…
En sus d’arrêter des activistes en les qualifiant de “rogue and vagabond”, la police, certains de ses membres en tout cas, semble avoir une autre mission : piéger les automobilistes pour les prendre en contravention. Les policiers se cachent dans les tournants de la route, dans les champs ou les bois, comme les enfants jouent à kouk kasiet pour essayer de récolter une contravention. Il leur arrive même de se placer dans un tournant en obligeant les automobilistes de rouler sur la ligne blanche, au risque de provoquer un accident pour pouvoir les piéger. Beaucoup d’automobilistes piégés par les policiers se posent la question suivante : à quoi servent donc les caméras de Safe City – qui ont coûté des milliards — si les policiers doivent continuer à jouer à kouk kasiet avec les automobilistes ? On pourrait ajouter cette autre question : à quoi servent les feux de signalisation — les “robots” — si des policiers les éteignent pour diriger la circulation ?

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Jean-Claude Antoine

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