KAVINIEN KARUPUDAYYAN

Pourquoi traduire? Pourquoi passer le plus clair de son temps à tenter le transport des mots d’une langue à une autre? Nous savons tous que le mot « traduire » provient du latin « traducere » qui veut dire faire passer.

Les traductions d’A.K.Ramanujan ne se résument pas seulement à transporter les mots d’une langue à une autre. Pour reprendre les propos d’Arshia Sattar sur son brillant professeur dans un papier paru dans The Wire l’année dernière et intitulé The Imperishable Intellectual Jewel: Remembering A.K. Ramanujan 24 years after his death, Ramanujan, Raman pour les intimes, était un vrai ciseleur de mots. Il jouait avec les frontières entre les langues et les cultures permettant aux idées et structures de traverser… Il prenait les mots et les affinait pendant leur voyage d’un rivage linguistique à un autre.

Arshia Sattar fait aussi part dans ce papier de sa frustration lors d’un examen sur la littérature bhakthi pendant lequel elle tentait d’utiliser les arguments de Ramanujan dans le postface de son livre ‘Speaking of Shiva’ pour les appliquer à Kabir. Elle ne pouvait tout simplement pas paraphraser Raman, qui avait tout dit dans une tournure de phrase simple mais élégante, et… qu’il n’y avait plus rien à ajouter à sa prose.

Poète, universitaire, folkloriste, A.K. Ramanujan est connu pour avoir été un des plus grands de sa génération. Son influence aurait été si importante que son amie et collègue Wendy Doniger dira, « no one who has been exposed to the man or his work will ever look at India-or many other things-in the same way again ».  Pour Raman, le traducteur est un artiste sous serment qui, tout comme le funambule, marche sur une corde raide entre la langue source et la langue d’arrivée.