La démission de Showkutally Soodhun et le portefeuille ministériel des Terres et du Logement repris par Mahen Jhugroo semblent tomber à point nommé s’agissant de la lutte contre l’accaparement des plages. Du moins, avec ce remaniement ministériel, le mouvement Aret Kokin Nu Lapaz (AKNL) espère que le nouveau ministre de tutelle sera sensible aux griefs et doléances des citoyens, notamment en ce qui concerne la plage de Pomponette, et qu’une décision sera prise dans le plus bref délai pour reproclamer la plage publique. Dans cette optique, outre une carte postale symbolique remise au Premier ministre, les membres de AKNL ont envoyé la semaine dernière une lettre à Mahen Jhugroo exposant la situation dans le sud du pays.
D’emblée, lors d’un point de presse tenu en fin de semaine au jardin de la Compagnie, les contestataires du projet de Pelangi Resort, Clear Ocean Hotel and Resort Ltd sur la plage de Pomponette ont avancé “assumer pleinement la responsabilité de cette action.” Ils revenaient sur l’événement de dimanche dernier, la Beach Liberation sur la plage de Pomponette durant laquelle les participants ont enlevé les barrages installés par le promoteur de l’hôtel autour de la zone construction. Manifestation qui s’est déroulée dans le calme et devant l’impuissance des policiers mandés sur les lieux.
En effet, petits et grands, jeunes et moins jeunes entre amis ou en famille s’étaient déplacés en grand nombre à Pomponette, brandissant drapeaux et pancartes, pour que cette plage soit rendue au public. “Une action symbolique de désobéissance civile”, revendiquent-ils.  
Dans le sillage, un panneau au format officiel de la Beach Authority, mais par “The People of Mauritius”, proclamant la plage publique a été érigé. Panneau qui a cependant été vandalisé jeudi.
Pelangi Resorts confiant de l’avancée de son projet
Si les contestataires de Pelangi Resort, Clear Ocean Hotel and Resort Ltd estiment leur action de dimanche une réussite et une preuve de protestation de masse, leur signe de protestation pacifique ne devrait pas empêcher les promoteurs d’avancer dans leur projet. Lersquels jouent la carte de la prudence. “Nous sommes au courant de ce qui se passe, mais nous le redisons : la plage est et restera publique”, soutient le COO de Pelangi Resorts, George Rautenbach. “C’est encourageant de voir cet esprit d’expression libre dans un pays et l’on ne peut rien faire contre cela. C’est leur droit citoyen. D’ailleurs, nous sommes disponibles pour discuter avec les protestataires”, dit-il.
Pour les membres d’AKNL, l’heure est au raisonnement. Ayant soumis une carte postale symbolique au Premier ministre, Pravind Jugnauth et une lettre au nouveau ministre des Terres, Mahen Jhugroo, les protestataires espèrent que ces derniers prendront les meilleures décisions dans l’intérêt des citoyens. Dans la lettre adressée au nouveau ministre des Terres, AKNL rappelle qu’aucune construction ne peut être enclenchée entre Blue Bay et Baie du Cap, soit dans la South Coast Heritage Zone, comme stipulé dans le National Development Strategic Plan. “Nous avons 322 km de Coastal land, dont 100 km sont occupés par les hôtels et 45 km sont des plages publiques”, relève Ashok Subron, porte-parle de Rezistans ek Alternativ qui soutient la lutte d’AKNL. Face à la situation, les protestataires demandent qu’”une Coastal and Land Commission soit mise en place et que l’on freeze toutes les constructions sur la plage.”
Transfert d’EIA : une enquête réclamée
Yan Hookoomsing d’AKNL soutient en outre que le Environment Impact Assessment (EIA) de Midas Acropolis a été transféré au groupe Clear Ocean Hotel and Resort et juge cela inadmissible. Il demande à cet effet qu’une enquête soit conduite et que le dossier sur cette affaire soit rendu public. “Le leader de l’opposition Xavier Duval était le ministre du Tourisme à l’époque. Il devrait avoir toutes les informations à ce sujet”, dit-il. Il ajoute aussi qu’il est grand temps de mettre en place un plan de gestion durable pour les régions côtières. Ayant atteint les 13,500 chambres, dépassant largement la limite des 9,500 chambres que l’on devrait avoir à Maurice, l’heure est grave estime AKNL.
La carte postale remise au Premier ministre est le symbole de la nouvelle campagne de contestation d’AKNL. Le but étant de recueillir un maximum de signatures sur les cartes postales qui seront ensuite envoyées au bureau du PM. Aussi, ce dimanche se tiendra une Beach Stand où les cartes postales seront distribuées au public, à Saint-Félix à 12h et à Pomponette à 16h. La deuxième édition de Beach Liberation se tiendra le dimanche 26 novembre à Flic en Flac à 12h. Les Beach Stands seront maintenus chaque dimanche jusqu’à ce que les autorités prennent une décision pour rendre la plage au peuple, expliquent les activistes d’AKNL.