C’est dans des circonstances tragiques que le sergent Roopsing Gunowa, un motard de la police, a perdu la vie, mardi matin, fauché mortellement sur la Nationale, à hauteur de Montebello, deux jours avant de célébrer son 43e anniversaire. Deux individus — Omduth Chummun, 61 ans, et Nicolas Falcou, un Français de 27 ans — avaient été interpellés dans le cadre de ce délit de fuite, puis ont été relâchés. Les proches de la victime, éplorés par cette perte brusque et tragique, réclament justice. Après la libération du suspect Nicolas Falcou, la famille Gunowa, consternée par cette décision des autorités, ne contient pas sa colère. Selon elle, il y a “cover-up” dans cette affaire, le suspect Nicolas Falcou étant très proche d’une importante personnalité politique.
Une nouvelle victime, cette semaine, sur nos routes lors d’une violente collision survenue à hauteur de Montebello, sur la Nationale, vers 10h30, mardi. Le sergent Roopsing Gunowa, un motard de la police, a perdu la vie dans des circonstances dramatiques ce matin-là, dans l’exercice de ses fonctions. Victime d’un Hit and Run, il est mort sur le coup à deux jours de son 43e anniversaire. Deux heures après le drame, Omduth Chummun, un habitant de Plaine-des-Papayes de 61 ans, s’est présenté au poste de police de Pailles afin de rapporter l’accident. Il s’avère qu’il était au volant d’une Toyota immatriculé BC 859 lorsqu’est survenu le drame. Il a déclaré aux enquêteurs que sa voiture a été heurtée par derrière par le deux-roues du motard après qu’un autre véhicule l’a heurté et a impliqué le conducteur d’une 4×4 noire, qui roulait à vive allure. A la suite de son interrogatoire, le sexagénaire a été placé en détention policière. Après une nuit en cellule, il a comparu en Cour de Port-Louis et a recouvré la liberté en s’acquittant d’une caution de Rs 20 000. Mercredi matin, l’enquête devait déboucher sur une deuxième arrestation : celle de Nicolas Falcou, un Français de 27 ans, suspecté d’avoir heurté ou frôlé le véhicule du sergent Roopsing Gunowa. Il est le propriétaire d’une Jeep de couleur noire portant le slogan “Born to Fly”. Suite à l’appel à témoins lancé par les autorités, de nombreuses personnes ont confirmé formellement la présence de son véhicule sur la Nationale durant les instants précédant l’accident fatal. Toutefois, le suspect, qui serait très bien connecté politiquement, a réfuté toutes les accusations qui pèsent sur lui quant à son implication dans ce délit de fuite, même s’il certifie avoir emprunté la Nationale le jour du drame. Inculpé provisoirement d’homicide involontaire, Nicolas Falcou a passé la nuit en cellule avant d’être libéré, le lendemain, contre une caution de Rs 50 000 et en signant une reconnaissance de dettes de Rs 700 000. Sa Jeep a, par ailleurs, été saisie à des fins d’expertise pour les besoins de l’enquête.
Reconstitution des faits sous haute tension : entre révolte et tristesse des proches
À la mi-journée, jeudi, les proches du sergent Roopsing Gunowa étaient venus déposer des fleurs à l’endroit où le quadragénaire a rendu l’âme, et ce, à l’occasion de son 43e anniversaire. Des motards de la Traffic Branch, ainsi qu’une équipe d’enquêteurs de la Scene Of Crime Office (SOCO) et de la brigade criminelle, étaient également sur les lieux, car une reconstitution des faits du drame devait avoir lieu. C’est sous haute tension que s’est déroulée cette opération, les familles du motard n’ayant pas hésité à exprimer leur mécontentement à l’égard des policiers à cause de la tournure que prend cette enquête. “Zotte pe proteze li!”, leur reprochaient les proches de la victime, faisant référence au suspect Nicolas Falcou. Rencontré sur place, Vikash, le jeune frère de la victime, qui a fait le déplacement d’Angleterre en apprenant la terrible nouvelle, avait du mal à contenir sa colère. “Si justice ne lui est pas rendue, nous impliquerons les autorités britanniques pour qu’elles reprennent l’enquête”, a-t-il laissé entendre.
Pour les proches du défunt sergent, conscients des rapports qu’entretient Nicolas Falcou avec une importante personnalité politique, il y a “cover-up” dans cette affaire. Ils estiment que des faveurs ont été accordées au suspect, qui a été libéré après uniquement une nuit en détention, et ce, bien que trois témoins oculaires le tiennent pour responsable de cet accident mortel. Nicolas Falcou, visiblement serein à son arrivée sur le lieu du drame, a été accueilli sous une pluie d’insultes. “Line traine mo mari couma ene lichien lor coltar. Faire li souffert couma mo mari ine souffert!”, répétait la veuve de Roopsing Gunowa, Roumila, à l’égard du suspect le jour de la reconstitution des faits. Les frères de la victime ont même tenté de s’en prendre à lui physiquement, ce jour-là, nécessitant l’intervention des policiers pour calmer leurs ardeurs. Lors de l’opération, Nicolas Falcou a maintenu, auprès de la police, ne pas être l’auteur de cette collision mortelle. Il a quitté les lieux à 13h50, laissant la place au témoin Omduth Chummun pour la suite de la reconstitution, qui a finalement pris fin à 14h10. Pour l’heure, la police enquête toujours sur les réelles circonstances de cette tragédie.
Le sergent Roopsing Gunowa regretté par son entourage
Le jour où est survenu le drame, les proches de Roopsing Gunowa racontent avoir été informés de la mort de leur être cher par les voisins. Ils déplorent le fait de n’avoir reçu aucun appel téléphonique de la police alors que les médias en avaient déjà fait leurs choux gras. Depuis cette perte subite et tragique, ils expliquent que l’atmosphère n’est plus la même à leur domicile, à Vallée-des-Prêtres. La victime laisse derrière lui une veuve inconsolable, Roumila, avec qui il comptait douze années de mariage, ainsi qu’un fils unique de 10 ans, Vignesh, qui ne cesse de le réclamer. Son père, Mahen, raconte que depuis la tragédie, il ne mange plus, ne dort plus, et enchaîne les aller-retour à l’hôpital. “Mes deux autres enfants vivent à l’étranger. Ma femme et moi sommes seuls à présent”, se dit-il. Comptant 22 années de service au sein de la force policière, Roopsing Gunowa avait été décoré de la Long Service and Good Conduct Medal, cette année. Ses proches racontent qu’il était passionné par son métier. “Il n’hésitait pas à faire des heures supplémentaires lorsque ses supérieurs le lui demandaient. Il a toujours été exemplaire et a toujours été quelqu’un d’intègre”, se remémorent-ils. Et d’ajouter :“Le jour des obsèques, environ 700 personnes ont fait le déplacement pour lui rendre un dernier hommage, ce qui prouve que c’est quelqu’un qui était très apprécié de ceux qui le côtoyaient”.