AFFAIRE MICHAELA MCAREAVEY : Jour J demain pour les accusés Treebhowon et Moonea

aj Theekoy: "Avinash était trempé et s'essuyait le visage (...) Lui et Sandip avaient l'air quelque peu inquiets"

L'enquête préliminaire dans l'affaire du meurtre de la ressortissante irlandaise Michaela McAreavey, née Harte, survenue au Legends, Grand-Gaube dans l'après-midi du 10 janvier, a pris fin en Cour de Mapou, vendredi. La magistrate Sheila Bonomally, qui préside les travaux de ladite enquête, fera connaître lundi sa décision de déférer les accusés Avinash Treebhowon et Sandip Moonea, deux employés de l'hôtel, aux Assises ou non. Durant la semaine, trois témoins ont été entendus, dont la Star Witness, Raj Theekoy. Après avoir auditionné au total 11 témoins, la magistrate devra décider s'il y a matière à maintenir la charge de "Murder" contre les suspects devant la Cour d'Assises ou pas.
La semaine a été marquée par deux séances relativement courtes, durant lesquelles trois témoins au total ont été entendus, à commencer par Raj Theekoy, la pièce-maîtresse de l'accusation. Ce dernier a obtenu l'immunité totale de toutes poursuites par le Directeur des poursuites publiques (DPP). Lors de son interrogatoire, lundi, par Me Medhi Choonee, représentant l'accusation, ce valet de chambre de profession, a déclaré à la cour avoir distinctement entendu une voix féminine crier "aaaah" à trois reprises à l'intérieur de la chambre 1025. Cela s'est produit aux alentours de 14h45 ce jour-là. Cinq à six minutes après avoir entendu les cris, il a vu ses deux collègues, les accusés Avinash Treebhowon et Sandip Moonea qui venaient de la direction de ladite chambre. Lorsqu'il les a vus, ils se trouvaient à environ deux pieds de la porte de la chambre 1025, qu'il n'était pas en mesure de voir.
Le témoin a fait ressortir qu'à l'heure à laquelle il s'est dirigé vers la chambre 1025, son collègue Avinash Treebhowon y travaillait. Du reste, son chariot, sur lequel était inscrit le nom "Avinash Treebhowon" se trouvait devant la porte de la chambre, qui était fermée : "J'ai alors entendu une voix de femme qui provenait de la chambre. Elle a crié "aaaah" à trois reprises. Lorsque j'ai entendu la voix, j'ai eu peur, parce que je n'avais jamais entendu une chose pareille auparavant. L'impression que j'ai eue, c'était qu'une femme et un homme se disputaient à l'intérieur de la chambre."
Poursuivant son récit, le témoin a expliqué qu'il avait alors décidé d'attendre près de la chambre 1021 afin de voir qui sortirait de la chambre en question. Cinq à six minutes après avoir entendu les cris, il devait voir ses deux collègues, Avinash Treebhowon et Sandip Moonea venir de la direction de la chambre. "Je me tenais alors près de la chambre 1021. De là, je n'étais pas en mesure de voir l'entrée de la chambre 1025, puisque le couloir qui mène à la chambre est en forme de 'L' (...) J'ai alors vu l'accusé n° 1 (NDLR: Avinash Treebhowon). Sa main droite était à côté de son visage. Il était trempé et s'essuyait le visage. Il avait l'air quelque peu inquiet. L'accusé n° 2 (NDLR: Sandip Moonea) est alors sorti de l'arrière pour marcher aux côtés d'Avinash. Lui aussi avait l'air un peu inquiet. J'ai choisi de retourner à la chambre que j'étais en train de nettoyer alors, la 1011. J'avais quitté mon chariot là-bas", a déclaré le témoin en substance.

Rien ne s'était passé
Poursuivant son récit, Raj Theekoy a fait ressortir que pendant qu'il travaillait toujours dans la chambre 1011, Avinash Treebhowon l'y a rejoint : "Je lui ai alors demandé ce qui s'était passé dans la 1025, mais il m'a répondu en disant que rien ne s'était passé. Ensuite, il m'a dit qu'il allait faire gonfler les roues de son chariot, mais quand je les ai regardées, elles étaient toutes normales. Quelques minutes après, il est revenu vers moi en compagnie de Sandip Moonea. Ils se parlaient tous les deux mais je ne pouvais les entendre. Puis, le directeur de l'hôtel, Brice Lunot arriva en courant. Sandip a alors dit qu'il pensait qu'il y avait un problème dans la chambre 1025. Nous avons donc suivi M. Lunot."
"Lorsque nous sommes arrivés sur place, nous sommes restés à l'extérieur de la chambre. La porte était ouverte. Avinash Treebhowon et Sandip Moonea étaient debout derrière moi. Je pouvais voir M. Lunot qui pressait sur la poitrine d'une femme. Elle était étendue par terre, à quelques pieds de la porte de la chambre. Son époux était à l'intérieur de la chambre. Il pleurait. Ensuite M. Lunot nous a demandé de reculer, ce que nous avons fait. Nous sommes alors partis sur un bout de terrain recouvert de gazon, pas trop loin. J'ai demandé de nouveau à Avinash Treebhowon: 'Quand je t'ai demandé si quelque chose était arrivé plus tôt, tu m'as dit que rien n'était arrivé. Et ça c'est quoi?' Avinash a répondu: 'il ne s'est rien passé. Reste tranquille'. Je lui ai de nouveau dit: 'Tu as dit qu'il ne s'était rien passé. Et ça c'est quoi?' Il est alors resté silencieux. Alors Sandip Moonea m'a dit: "Ress trankil! Si to ouvert labouss nu riss toi dan case-la'. Je suis resté tranquille. J'ai pensé à ma famille et mes emprunts que je devais rembourser. J'ai été arrêté le lendemain (NDLR: le 11 janvier) et j'ai décidé de tout raconter à la police le 12..."
Après son témoignage, Raj Theekoy a été interrogé contradictoirement par Mes Sanjiv Teeluckdharry et Navin Bhoyrul, qui défendent les intérêts d'Avinash Treebhowon et de Sandip Moonea respectivement. Lors de cet exercice, qui se voulait avant tout d'évaluer la crédibilité du témoin, la cour a appris que peu avant de prendre de l'emploi au Legends, Raj Theekoy avait eu des démêlés avec son ancien employeur, la direction de l'hôtel Marina. Il devait déclarer à cet effet qu'il avait dû démissionner de son emploi parce qu'il avait été accusé d'avoir volé une "petite bouteille" de vin. Cependant, dit-il, il n'a ni été traduit devant un comité disciplinaire, ni fait l'objet d'une enquête policière. A d'autres questions, le témoin a fait ressortir qu'il n'a pas marchandé ni négocié son immunité. "Ce n'est qu'après avoir été libéré le 28 avril que j'ai su que j'allais obtenir l'immunité du DPP", a-t-il dit. Il a aussi fait ressortir que la victime portait un bikini et un paréo.

Not an exact science
Vendredi, peu avant la clôture définitive des travaux de l'enquête préliminaire, la cour a entendu le Dr Sudesh Kumar Gungadin, Chief Police Medical Officer (CPMO) et le sergent Mohamad Reiaz Dhonye, du Scene of Crime Office (SOCO) et ce à la demande de la défense. En contre-interrogatoire par Mes Teeluckdharry et Bhoyrul, le n° 1 du département médico-légal de la police, qui avait autopsié le corps de Michaela McAreavey le 10 janvier a fait ressortir que l'heure de la mort se situait aux alentours de 16h. "Ascertaining the time of death is not an exact science. This is based on some post-mortem features of the body after death. So it could be one hour before", a affirmé le témoin en cour.
A d'autres questions, il a répondu que la victime portait un bikini coloré à rayures et une jupe de couleur marron. Il a rejeté la possibilité que celle-ci ait pu être drapé d'un paréo. Le Dr Gungadin a aussi expliqué avoir prélevé un certain nombre d'échantillons destinés à des tests ADN. Ces prélèvements se situent au niveau du cou, des ongles des deux mains, de l'intérieur des parties génitales, entre autres. Le Dr Gungadin, qui a aussi examiné les suspects quatre jours après le meurtre, n'a trouvé aucune blessure sur leurs corps respectifs.
Pour sa part, le sergent Mohamad Reiaz Dhonye du SOCO a expliqué qu'il avait récupéré deux cartes magnétiques qui se trouvaient dans la chambre 1025 le jour du crime. Cependant, a-t-il dit, une troisième carte, une "fausse carte", a été retrouvée par la police. Selon le témoin, cette fausse carte est celle qui a été expédiée en Grande-Bretagne à des fins d'analyses ADN.
A l'issue de ce dernier témoignage, la poursuite a clos son dossier. La défense a fait savoir à la magistrate qu'elle ne comptait pas faire assigner de témoins. La magistrate s'est ensuite adressée aux deux suspects, en leur faisant comprendre qu'ils pouvaient prendre la parole du box des accusés s'ils le souhaitaient. Les accusés Treebhowon et Moonea ont alors effectué de brèves déclarations from the docks en se tenant debout. (voir déclarations plus loin).
A l'ajournement de la séance de vendredi, la magistrate a alors déclaré: "Findings on the 18th of July".

Déclarations
Avinash Treebhowon: "Mes aveux ont été obtenus sous la torture"
"Ma déclaration à la police, qui a été lue en cour n'est pas la vérité. Je suis totalement innocent dans cette affaire. Je n'ai rien à voir avec tout ça. J'ai été battu par les membres de la Major Crime Investigation Team (MCIT) et torturé afin d'accepter la charge".

Sandip Moonea: "Je suis une victime de fausses allégations"
"Depuis le début de l'enquête, j'ai dit que je suis innocent. Je ne connais rien de toute cette affaire de meurtre. Je suis une victime de fausses allégations. Il semble que certaines personnes ont effectué de fait de fausses accusations contre moi. Ils ont planifié tout cela et dit beaucoup de mensonges afin de me piéger".