AGRO-INDUSTRIE: Du cacao cultivé à Maurice

Gérard Cangy demande aux petits planteurs abandonnant la canne à sucre de se joindre à lui
La culture de fèves de cacao peut aider à la diversification agricole

D’une première plante trouvée dans un chassé à Mon-Choisy il y a 12 ans, Gérard Cangy, planteur à ses heures libres, cultive aujourd’hui environ 2 800 plants de cacaoyers, arbre qui ne poussait pas auparavant à Maurice. Il envisage maintenant de monter une usine de chocolat dans l’île en partenariat avec un businessman russe, Andrez Soroking, qui finance son projet.
C’est par le biais d’un reportage diffusé sur YouTube que beaucoup d’entreprises engagées dans la fabrication du chocolat ont connu Gérard Cangy. « Ils voulaient tous voir cet arbuste que nous avons pu cultiver sur une terre qui n’est pas propice à sa culture. Certains sont venus, d’autres ont envoyé des agronomes et, finalement, nous nous sommes engagés avec un Russe », déclare Gérard Cangy, que nous avons rencontré à son domicile, à Baie-du-Tombeau. Ce partenariat vise à cultiver du cacaoyer pour produire des fruits que l’usine à venir transformera ensuite en chocolat. Notre interlocuteur estime de ce fait qu’il y a un bel avenir pour les petits planteurs de canne à sucre dans la culture de cacaoyer.
L’histoire entre Gérard Cangy et le cacao commence il y a 12 ans dans un chassé avec la découverte d’une « belle plante », qu’il ne peut toutefois pas identifier. « J’ai appris par la suite qu'elle produisait du cacao. Il y avait un fruit sur la plante. Je l’ai cassé et j’ai planté ses graines. Mais dix ans plus tard, ça n’a rien donné. Je me suis mis à bouquiner, je suis allé à Mon-Choisy plusieurs fois pour chercher des graines que j’ai essayé de semer à Grand-Baie, à Pamplemousses et à Rivière-du-Rempart, en tentant de trouver l’endroit idéal pour qu’elles poussent. Je devais apprendre que le cacaoyer ne se cultive pas dans notre région, sauf à Madagascar », raconte Gérard Cangy.
Ce n’est qu’après cinq années d’essais que des plants mis en terre à Montagne-Blanche rapportent des fleurs, puis des fruits. Il y a deux ans, un reportage vidéo lui offre une ouverture à l’international. « Des appels sont arrivés de par le monde, d’Europe, de Russie. Des entrepreneurs et des agronomes voulaient tous voir ces plants. Nous ne dormions pas car les appels affluaient de tous les coins de la planète, parski kakao pa ti trouv lor map Moris », relate-t-il. Certains entrepreneurs étrangers ont voulu se mettre en partenariat avec lui pour créer une usine de chocolat à Maurice. Ils étaient prêts à attendre cinq ans, le temps que les arbustes rapportent leurs premiers fruits. Puis, il y a environs huit mois, un businessman, nommé Andrez Soroking, est venu de Russie voir la plantation. Il était émerveillé. Gérard Cangy et lui ont alors conclu un accord avec, en finalité, la création d’une usine de chocolat à Maurice avant la fin de l’année.
De cinq à six plants il y a une décennie, Gérard Cangy cultive aujourd’hui 2 800 cacaoyers sur une superficie d’un arpent du côté de Montagne-Blanche. « Nous comptons offrir des semences aux petits planteurs pour qu’ils cultivent le cacaoyer à la place de la canne à sucre et nous vendent par la suite leurs fruits. Ceux qui cultivent la banane peuvent également  passer au cacao. Il y a un marché assuré pour eux », affirme-t-il. « Nou kapav fer kiksoz pou zot. »