AIR MAURITIUS - SOMAS APPAVOU À L’AÉROPORT HIER : Une correspondance des pilotes Ulyate et Hofman attendue aujourd’hui

Le directeur exécutif d’Air Mauritius, Somas Appavou, qui rencontrait la presse à l’aéroport hier, a affirmé que la direction de la compagnie aérienne nationale s’attendait à recevoir aujourd’hui ou dans un délai raisonnable une correspondance de deux des trois pilotes dont les contrats avaient été résiliés la semaine dernière avant de s’engager dans les procédures d’appel contre la décision prise par la compagnie à leur égard. D’autre part, un comité de sages composé de cinq personnes a été institué afin de poursuivre le dialogue avec les syndicats et les pilotes afin de trouver une solution pérenne à leur problème.
Le directeur d’Air Mauritius avait choisi l’aéroport pour son point de presse afin de bien montrer que la situation était revenue à la normale. Il était entouré des membres de la direction de la compagnie ainsi que de plusieurs pilotes.
Somas Appavou a rappelé que la direction d’Air Mauritius a eu une réunion de travail hier matin, au ministère du Travail, en présence des syndicats des pilotes. « Je suis heureux de dire que cette réunion s’est bien passée », dit-il. Il a expliqué que la direction d’Air Mauritius a encore une fois précisé que les deux pilotes dont les contrats de travail ont été résiliés peuvent suivre les procédures pour faire appel de la décision de la compagnie et a précisé que le ministère a indiqué que les pilotes Ulyate et Hofman ont l’intention de le faire. De plus, il a affirmé avoir appris des représentants syndicaux que les lettres sont en cours de rédaction et seraient envoyées au management aujourd’hui. « Une fois les lettres reçues, notre Conseil d’administration se réunira dans les meilleurs délais afin d’étudier ces deux cas », a-t-il dit. Il a indiqué que le troisième pilote initialement licencié, le capitaine Gébert, qui a remis une lettre à MK lundi, a déjà été réintégré au « roster » et reprendra ses vols ce week-end.
Interrogé sur ce que le management attend en ce qui concerne les correspondances des pilotes Ulyate et Hofman, Somas Appavou a expliqué qu’il s’attendait à leurs lettres soient raisonnables afin qu’ils puissent retrouver leurs emplois. « Les lettres concernent un incident malheureux qui s’est produit. On leur demande d’avoir un peu de retenue et d’écrire des lettres qu’il faut et dont il existe des modèles. Je les laisse à leur propre conscience pour qu’ils écrivent une lettre comme il faut », dit-il.
S’agissant du recours aux pilotes étrangers au cas où le problème actuel se poursuit, Somas Appavou a indiqué qu’Air Mauritius est dans une situation où elle recrute des pilotes. « N’importe quel pilote mauricien ou étranger peut soumettre une application. La procédure est ouverte. D’ailleurs un avis dans ce sens a été publié dans les journaux durant le week-end ». Il a précisé que les pilotes de toutes les nationalités peuvent soumettre leurs applications. « Ce que nous recherchons c’est surtout la compétence ». Sans entrer dans les détails, le directeur d’Air Mauritius a indiqué que les salaires des pilotes dépendent de leur niveau dans la hiérarchie, de leurs qualifications et de leur expérience. De plus, a-t-il précisé, les salaires relèvent de contrats privés qu’il n’est pas raisonnable de révéler. Le directeur avait révélé au début de la semaine que les salaires des pilotes représentent 40 % de la masse salariale de la compagnie qui tourne autour de Rs 2,8 milliards. À une question concernant les pertes encourues, Somas Appavou est revenu sur le montant de l’ordre de Rs 120 M évoqué durant les trois premiers jours.
Dans l’entourage du management, on faisait comprendre hier soir que l’idée de sanctions n’est pas à l’ordre du jour et que l’apaisement est souhaité.
Par ailleurs, un comité de sages a été institué et aura pour tâche de poursuivre le dialogue avec les syndicats et les pilotes afin de trouver une solution pérenne à leurs problèmes. Ce comité sera constitué de pilotes, à savoir Dominique Paturau, Pramil Banymandhub et Samad Essoof, ainsi que deux représentants du management, Sudhir Beharry Panray et Jean Bernard Sadien.
Somas Appavou s’est réjoui de la bonne marche des opérations d’Air Mauritius ces derniers jours, suite à la reprogrammation de quelques vols. « Je suis donc particulièrement reconnaissant envers nos pilotes et nos équipes qui ont œuvré sans relâche dans ce but », dit-il.
Selon les indications données par Somas Appavou hier soir, Air Mauritius a opéré 191 vols et transporté 25 000 passagers en 6 jours. Certains vols ont été reportés et certains passagers reroutés, et tous les passagers sont arrivés à leur destination.
Somas Appavou a annoncé que le nouvel Airbus A350-900 est attendu le 20 octobre prochain. Le premier vol commercial est prévu pour le 23 octobre sur Singapour.
Cet appareil, qui fait partie d’une commande de huit avions, vient rajeunir la flotte d’Air Mauritius et lui permettra de proposer de nouveaux sièges-lits en Business Class, des sièges de nouvelle génération en classe économique, un nouveau système de divertissement et le Wi-Fi à bord.

Solidarité des pilotes de France Alpa et Air France
La solidarité internationale envers les pilotes de la compagnie aérienne nationale, Air Mauritius, gagne en intensité. La dernière marque est venue des principales associations professionnelles de pilotes en France, le SNPL France Alpa et le SNPL Air France Alpa. Dans un communiqué émis en date d’hier, ces deux syndicats de pilotes de ligne apportent leur soutien au combat mené par la Mauritian Air Line Pilots Association et l’Airline Employees Association face à la direction d’Air Mauritius tout en mettant en exergue le sort qui a été réservé à deux pilotes expatriés.
Commentant l’annulation de quatre vols internationaux suite à l’épuisement de pilotes mauriciens « par des conditions de travail et des cadences devenues intenables, conséquences d’une pénurie chronique de pilotes », le SNPL France ALPA et le SNPL Air France ALPA affirment que « cette situation marque le paroxysme d’un malaise déjà ancien au sein de la compagnie. Une situation délétère, un dialogue social quasi inexistant, la multiplication des intimidations et les menaces régulières de la direction de la compagnie de remplacer les pilotes en poste par d’autres pilotes — indiens notamment — en effet devenue la règle depuis plusieurs années ».
Poursuivant, le communiqué note que « le SNPL France ALPA, et tout particulièrement le SNPL Air France ALPA, sont plus que jamais inquiets des dérives constatées chez Air Mauritius dans la mesure où les violences sociales exercées par sa direction, avec le soutien des pouvoirs publics, sont de nature à compromettre sensiblement la sécurité des vols. Rappelons que la compagnie mauricienne opère des vols réguliers en partage de code avec Air France. À ce titre, nos organisations considèrent comme inacceptable de voir des passagers d’Air France transportés par une compagnie méprisant à ce point les droits des individus ».
En conclusion, les associations de pilotes de ligne de France avancent qu’« à l’instar de l’IFALPA, le SNPL France ALPA et le SNPL Air France ALPA entendent mettre en œuvre tous les moyens légaux à leur disposition pour faire cesser ces pratiques d’un autre âge ».

La All Employees Confederation veut un changement de “mindset”

  •     « MK n’est pas un cas isolé. Les relations industrielles à Maurice sont complètement en panne », estime le président de l’AEC, Rashid Imrith

La All Employees Confederation (AEC) a lors d’une conférence de presse ce matin condamné l’attitude de la direction d’Air Mauritius dans le sillage des annulations des vols impliquant des pilotes. « Il aurait fallu suivre les procédures prévues dans l’ERA et non agir comme si c’est la voix du plus fort qui prédomine », soutient son président, Rashid Imrith. Il se dit d’avis que cette affaire n’est pas un cas isolé et que « les relations industrielles à Maurice sont complètement en panne ». La confédération condamne également le fait qu’à « chaque fois » que les employés font des revendications, le gouvernement a recours à un plan B, en frappant à la porte du gouvernement indien pour de la main-d’œuvre indienne. Les employés ont le sentiment que le gouvernement indien « agit comme un frein dans le combat des travailleurs ». Il demande un changement de “mindset” et de “heartset”.
« Nous craignons que si le problème est mal abordé, cela nuise à la compagnie d’aviation nationale, au gouvernement mauricien et crée un éloignement entre le peuple de l’Inde et de Maurice », affirme Rashid Imrith. Selon lui, « ce qui se passe à MK n’est pas un cas isolé. À Maurice aujourd’hui, les relations industrielles sont en panne, que ce soit dans la fonction publique, dans les corps para-étatiques ou dans les organismes où l’État détient des actions ». Il a cité en exemple la Beach Authority, l’Irrigation Authority où « il y a des harcèlements ». Quant au ministère de la Fonction publique, « qui est censé être une référence, nous avons envoyé une lettre en juillet, en août et en septembre pour demander une réunion avec le ministre au sujet des relations industrielles mais ce dernier n’a pas le temps. Le 7 août, nous avons frappé à la porte de sir Anerood Jugnauth pour lui expliquer la situation ».
Pour la All Employees Confederation, « ce n’est pas possible qu’on jette le blâme sur les employés quand ceux-ci sont exaspérés. On ne peut agir de manière dictatoriale ». Elle déplore par ailleurs qu’à chaque fois qu’il y a des revendications de la part des travailleurs, « le GM ait recours au plan B, qui est de frapper à la porte du gouvernement indien pour des travailleurs. Il y a eu cette menace au niveau des médecins. Maintenant, il y a une demande pour des pilotes auprès du gouvernement indien ». Pour la confédération, « le Premier ministre indien n’est pas conscient du tort que cela apporte au niveau des relations entre l’Inde et Maurice car cela ne concerne pas uniquement le gouvernement mais le peuple mauricien ». Le sentiment existe, selon lui, que « le gouvernement indien agit comme un frein dans le combat des travailleurs et devient complice des chefs d’entreprise de l’État pour empêcher les travailleurs de mener leur combat ». La confédération, dit-il, aura recours au Bureau international du Travail « en vue de dénoncer cette attitude du gouvernement indien ». Elle a aussi fait appel au syndicat en Inde qui regroupe les pilotes. Une lettre a par ailleurs été adressée au haut-commissaire indien à Maurice pour lui demander de « faire savoir à son gouvernement que les travailleurs à Maurice ne sont pas d’accord avec ce plan B et que nous ne sommes pas d’accord qu’il vienne freiner les revendications de la classe des travailleurs à Maurice ».
S’adressant au Premier ministre mauricien, le président de l’AEC a déclaré que « le gouvernement encaissera un rude coup s’il pense résoudre l’avenir d’Air Mauritius en licenciant trois pilotes ». Il estime que c’est « une humiliation à un adulte, un père de famille, de lui faire demander des excuses, comme s’il devait se mettre à genoux et demander pardon à des petits dieux. Ce n’est pas un problème de trois pilotes uniquement, c’est un problème de fond. Il faut un changement de mindset et de heartset ».