Alain Langlois

Alain Langlois, ancien directeur de Raphaël Fishing et ex-General Manager de Saint Brandon, est également le porte-parole de l’association Les Amis d’Agaléga. Il s’exprime sur les événements ayant récemment touché ces deux îles de la République. Il déplore l’absence de communication du gouvernement sur des sujets qui touchent les citoyens. Regrettant d’une part l’absence de débats sur le projet d’accueillir des bateaux de croisière à Saint-Brandon, il se dit aussi inquiet au sujet de la situation à Agalega. Selon lui, les Agaléens sont frustrés et sont au bord de l’implosion. Contrairement aux Chagossiens, qui ont été déracinés, dit-il, on « laisse mourir les Agaléens à petit feu ». Cet entretien a été réalisé avant la tentative de déportation d’Arnaud Poulay vendredi dernier.

Vous avez été l’une des personnes à contester le permis EIA pour la visite d’un bateau de croisière à Saint Brandon. Avez-vous été contacté par les autorités à ce sujet ?

J’ai reçu un accusé de réception du ministère de l’Environnement et, depuis, rien. Je ne peux pas penser que mes points de vue ont été pris en considération. Un petit coup de téléphone du ministère, de la part des personnes s’occupant de ce dossier, pour une réunion avec ceux ayant émis des suggestions ou des objections pour débattre du sujet aurait été souhaitable. Dans une démocratie normale, c’est mieux que les choses soient faites comme cela. Surtout qu’il s’agit d’un sujet sensible. Tout ce qui touche à l’environnement mérite de l’attention. J’ai envoyé une lettre, je sais qu’il y a un copain à moi qui leur a aussi écrit. J’ai appris par les journaux que les pêcheurs avaient aussi envoyé une lettre… Comme je l’ai dit, j’estime qu’on aurait dû être convoqué autour d’une table avec les techniciens du ministère pour en discuter librement. Je ne crois pas que mon objection, celle de Judex Rampaul ou de qui que ce soit, soit quelque chose de définitif ou compris comme si nous étions contre le projet. C’est juste que nous avons émis certaines réserves, certains doutes et c’est humain.

Pourquoi, selon vous, faut-il être prudent avec ce genre de projet ?

Pour la bonne et simple raison qu’il n’y a jamais eu 120 personnes qui ont débarqué sur cette île une seule fois. Avant que ça se passe une première fois, la moindre des choses est d’évaluer les impacts possibles sur l’environnement. Une étude par des gens qui s’entendent en environnement, voire des biologistes marins. Vous ne pouvez pas, demain matin, ouvrir une route destinée à 120 véhicules pour 3 000 véhicules. Pour des choses comme cela, il faut des études au préalable. Je sais, qu’à un certain moment, il n’y avait personne qui était allé à Saint Brandon. Au moins depuis 2003. Alors, je me pose des questions. Même les gens de 2003 ont passé deux à trois heures dans les différents endroits, où les gens allaient débarquer. Alors, sur quoi se base-t-on pour donner un permis EIA? Qui connaît les faits et qui a accès au fait ? J’ai fait 25 ans là-bas et je me base sur les pêcheurs qui, eux, y ont passé 40 à 60 ans pour dire certaines choses. Et j’ai été plutôt déçu de la réponse du ministre Sinatambou. Je ne croise pas le fer avec lui. Je ne fais qu’émettre mon opinion. S’il a une opinion, je serai heureux de l’entendre. Mais il faudrait qu’il la base sur des choses qu’il connaisse, ou du moins sur des gens de son ministère qui connaissent le sujet. Je comprends qu’il ne peut être partout et tout connaître, mais il faudrait bien qu’il se base sur des gens qui savent de quoi ils parlent. Mais tout ce que j’ai entendu, ce sont deux grosses bêtises, à mon avis. D’abord, qu’on compare ce projet à une brasserie à qui on a donné un permis EIA et, d’autre part, qu’on prendra un avion pour aller voir. Quoi, le ministre n’est pas au courant qu’il n’y a pas de piste d’atterrissage à Saint Brandon ? Cela veut dire qu’il y a définitivement un manque de connaissance du sujet. Et d’ailleurs, dans ma lettre, j’ai justement demandé comment on allait faire en cas d’urgence pour les secours, lors d’une croisière, en l’absence d’une piste d’atterrissage.

Pensez-vous qu’il y peut y avoir un développement touristique à Saint Brandon ?

Moi-même, j’étais dans l’administration de Saint Brandon pendant 25 ans et j’ai fait des avant-projets, allons dire ça comme ça. Mais avant de venir avec le projet final, on butait sur beaucoup de choses. Le transport, déjà, est quelque chose de pas facile à régler. Les gens qui partent pour Saint Brandon voudront très probablement avoir un certain confort. Pour cela, il faut payer le prix. Ceux qui veulent aller à Saint Brandon cherchent la tranquillité, être seuls au monde, un peu à la manière de Robinson Crusoë, monsieur et madame. Pour cela, il faut qu’il y ait des avions qui partent pour Saint Brandon. À un certain moment, j’avais émis l’idée d’un hydravion, mais il faut beaucoup de réflexions derrière. Si on veut faire quelque chose à Saint Brandon qui aurait de la valeur, il faudrait ce qu’on appelle l’“Environmental Friendly”. Par exemple, construire en bois noble, avoir des panneaux photovoltaïques, faire du recyclage et du captage d’eau… Il y a beaucoup de paramètres à mettre en place, et ce avant de se dire qu’on va faire un projet viable à Saint Brandon. Je crois que nos amis seychellois ont 25 à 50 ans d’avance sur nous dans ce domaine.

Il y a beaucoup de réticences sur les permis de pêche aux bateaux étrangers en ce moment. Qu’en pensez-vous ?

Il faut se dire que le permis aux bateaux de pêche étrangers n’est pas nouveau. Il y a toujours eu des accords de pêche avec les Taïwanais, les Japonais et les Chinois, entre autres. Par contre, ce qu’on voit en ce moment, c’est qu’il n’y a pas beaucoup d’informations qui transpirent quand on veut faire un projet. Il n’y a pas d’information qui va avec l’annonce. On a d’abord annoncé l’arrivée de bateaux étrangers, puis ça a bougé un peu avec le débat sur la pêche à la baleine avec les Japonais. C’est parti un peu dans tous les sens. Est-ce que l’accord avec le Japon inclut la pêche à la baleine ? Je ne crois pas qu’ils soient assez fous au gouvernement pour faire cela. Ce serait, sans doute, leur dernier chant de baleine à eux. Mais on aimerait bien savoir ce qu’il y a dans cet accord.

Les pêcheurs disent qu’il n’y a plus autant de poissons aujourd’hui, même sur les bancs. Qu’en pensez-vous ?

Il ne faut pas mélanger les choses. Il y a moins de poissons pélagiques, donc moins de thon. Mais pour ce qui est de poissons de fond, même sur les bancs, je crois que c’est moins exploité. La raison est que ce type de pêche est assez compliqué. Les bateaux étrangers font de plus en plus de “long line”. Mais qui va les contrôler ? Il ne faut pas se taper l’estomac et se dire qu’on a des garde-côtes. Ils surveillent peut-être les côtes, mais pas l’océan. Je ne croise pas souvent un bateau de Coast Guard quand je suis en mer. Je crois que c’est surtout là qu’il faut surveiller.

D’un côté, le lagon de Maurice est dépeuplé et ça va prendre beaucoup de temps avant que ça reparte. À Saint Brandon, il y a encore un peu de poisson. À Agalega, il n’y a plus rien. Le lagon est mort. Mais en haute mer, il y a des poissons. Et puis il y a les bancs, comme j’ai dit, où il y a encore des poissons de fond, mais qui sont un peu difficiles, voire onéreux à pêcher. Mais il faut savoir que la pêche dans son ensemble n’est pas un secteur très rentable. À part le thon, peut-être. Quand nous parlons de poissons la Perle, capitaine ou berri, ça n’a pas de valeur sur le marché. Ça coûte même moins cher d’importer le poisson que d’aller le pêcher ici.

Ceci étant dit, on parle beaucoup aujourd’hui d’aquaculture. Personnellement, je suis choqué d’entendre parler de ferme marine en haute mer à Maurice. A-t-on oublié que nous sommes dans une zone cyclonique ? On a oublié que dans les cyclones on a des vagues de 15 mètres et des vents de 250 km/ h? Qu’est-ce qui se passera si ces cages sont abîmées ? On va, sans doute, me dire que les cages sont solides, qu’elles peuvent résister aux vents cycloniques et que rien ne peut arriver. Mais on n’a pas vu des catastrophes nucléaires malgré des systèmes extraordinaires ? Les accidents arrivent. Pourquoi chercher des problèmes qui peuvent impacter sur notre industrie touristique ? On a beau dire que la présence de requins n’est pas reliée à l’aquaculture, mais c’est quand même bizarre que ces requins apparaissent juste là où il y a des fermes aquacoles. Il faudrait peut-être étudier la question un peu plus profondément au lieu de dire non, dès le départ, et rejeter l’argument d’autrui.

Quels sont vos intérêts pour Agalega ?

Je me bats pour des causes. Agaléga me tient beaucoup à cœur. J’ai été envoyé là-bas par le ministre Koonjoo en octobre 2015 pour faire un constat de la situation et lui dire un peu ce qu’on pouvait faire ou pas là-bas au niveau du secteur privé. À mon retour, je lui ai dit ce que je pensais, que l’île était dans un état déplorable, qu’il fallait restaurer le “law and order” et qu’il fallait un management convenable, qu’on recommence à nettoyer, car l’île est devenue une poubelle à ciel ouvert, etc., etc. Quand je lui ai brossé un tableau réel de la situation, au lieu de prendre les taureaux par les cornes, il n’a rien fait. Moi, ça m’a tellement choqué de voir qu’Agalega est en train d’imploser; les Agaléens sont en train de mourir à petit feu sur leur île. Les Chagossiens ont été déracinés. Les Agaléens n’auront pas besoin d’être déracinés, parce qu’ils vont partir d’eux-mêmes. Depuis 2005, les femmes n’ont plus le droit d’accoucher à Agalega. Donc, il n’y a pas d’Agaléen de souche. Il y a une génération qui disparaîtra. Et après ?

Finalement, les Agaléens, comme les Chagossiens, jusqu’aujourd’hui, ne sont pas propriétaires de leurs terres. C’est une de nos revendications d’ailleurs, auprès du gouvernement. Pourquoi ne pas leur permettre d’acheter un terrain pour essayer de faire un petit micro-projet pour gagner leur vie ? Jusqu’à l’heure rien. Ils sont tous employés par l’Outer Island Development Council, ce qui donne l’impression qu’ils ont un emploi, donc, tout se passe bien dans le meilleur des mondes. Ce n’est pas le cas.

Si on voit la productivité d’Agalega, c’est d’un ridicule achevé. C’est une île qui coûte approximativement Rs 550 M par an au gouvernement et qui rapporte peut-être Rs 500 000 de cocos à Maurice tous les ans. Et vous savez ce que ça veut dire Rs 500 000 de coco ? Si on ramenait seulement 100 000 noix de coco, qu’on vendrait, disons à Rs 10 à Maurice, on aurait eu Rs 1 M. À Agalega, vous avez 600 000 plantes de coco. Un cocotier est supposé rapporter 50 noix par an. En principe, il y a un potentiel de 20 000 000 à 30 000 000 de noix de coco. Et nous, qu’est-ce qu’on fait ? On ramasse 500 000 pour faire de l’huile de coco, qu’on vend à bon marché, pour retrouver Rs 500 000. Expliquez-moi la logique dans tout ça. Et si le gouvernement arrive à m’expliquer la logique, il a gagné aussi. Et personne ne revendique plus rien. C’est la logique qui manque là. Vous avez 140 personnes employées et techniquement parlant, il y a six à peu près, qui s’occupent de la production. Et les autres, vous avez les “storekeeper”, boutiquier, les gens de l’administration… you name it, you have it. Mais production, il n’y a plus. Je ne comprends pas trop l’approche derrière, s’il n’y a pas d’agenda derrière de dire on laisse tout finir comme ça, les gens seront dégoûtés et partiront. Comme je l’ai dit, aux Chagos ils ont été déracinés, mais là-bas on n’aura pas à déraciner. Ils choisiront de partir à un moment donné, parce qu’ils n’ont pas d’avenir. Et c’est ce qui se passe avec les jeunes. La majorité part parce qu’ils n’ont pas d’avenir. Et c’est ça notre revendication auprès du gouvernement, c’est d’essayer de leur donner une certaine autonomie. En leur donnant accès à la terre, vous leur donnez la possibilité de faire un petit projet. Que ce soit de nourrir des poules, des cochons, faire un potager… C’est une opportunité de gagner quelques sous en plus. Mais là, à ce jour, il n’y a rien, rien, rien. Tout ce que vous avez comme idée, on les casse à la base. Nous avons même été voir le haut-commissaire indien pour lui dire que s’il devait y avoir des gens qui allaient habiter sur l’île de donner l’opportunité aux Agaléens de leur fournir de la nourriture afin de développer de micro-projets. Il a accueilli l’idée. Au moins lui, il a eu une réaction. Mais de la part du gouvernement mauricien, il n’y a rien. Et depuis, ces cinq dernières années, ça se dégrade à une vitesse grand V.

Quand vous dites les cinq dernières années, vous pensez que cela a un lien avec les travaux en cours à Agaléga ?

Il y a certainement un “hidden agenda”, une “policy decision” en tout cas, que depuis 2005, personne n’a revu. À cette époque, il devait y avoir un projet de développement de lodges à Agalega, avec IBL qui devait notamment faire venir Cato Vert. Quand le Dr Ramgoolam est arrivé au pouvoir, on a tout arrêté. On a retiré le bail à IBL, Cato Vert a fermé et on s’est retrouvé back to square one. Et puis, on a tout de suite entendu dire que l’Inde va nous donner – pas nous passer une ligne de crédit – mais nous donnera une piste d’atterrissage et améliorera le port pour les Agaléens. À l’époque, on parlait de Rs 700 M. À l’époque, c’était le ministre Aimé qui avait la responsabilité d’Agalega. Plusieurs fois, je l’ai vu à ce sujet. Tous les Agaléens étaient contents, ils se sont dit qu’il y aura un mouvement d’avion, le bateau plus facile… Mais maintenant on entend parler d’une piste de 3,4 Km, soit même longueur que Plaisance. Ça devient intéressant, peut-être qu’ils accueilleront un million de touristes là-bas aussi. On va nous faire croire que c’est pour la population bien aimée ? Je ne vois pas le gouvernement indien venir donner une telle piste pour nos besoins, malgré toute leur gentillesse. Ils en ont besoin pour autre chose. Qu’est-ce qu’il y a de si important dans cet accord avec l’Inde pour ne pas le rendre public ? La ministre des Affaires étrangères indienne a dit qu’il n’y avait pas de clause de confidentialité et le Premier  ministre, lui, dit qu’il n’y a pas de base militaire… S’il n’y a rien à cacher, pourquoi ne vient-on pas rendre l’accord public ? C’est pareil que lorsque je vous parlais de la pêche. C’est la non-communication du gouvernement qui force les gens à penser à toutes sortes de choses. Ce serait beaucoup plus simple si les choses étaient dites et expliquées. Quoi que le gouvernement ait décidé pour Agaléga, il faut le rendre public. En tout cas, une chose est sûre : les Agaléens et Agaléennes n’accepteront pas d’être délogés. Ça va finir très très mal, même dans la rue à Maurice. On est en train de beugler sur tous les toits et dans tous les forums étrangers qu’on a déraciné nos Chagossiens et, de l’autre côté, on défend nos Agaléens, ne serait-ce que de planter. Il y a quelque chose qui n’est pas clair dedans. Et ça, aucun gouvernement, depuis ces 15-20 dernières années, n’a eu le courage politique de dire s’il y a un arrangement avec l’Inde au sujet d’Agalega. Les gens ne sont pas dupes. Il ne faut pas croire qu’on reçoit de l’argent parce qu’on est beau, qu’on a de grands sourires… Il y a certainement une contre-partie. Je crois que la population a le droit de savoir quelle est la contrepartie du métro léger, du “petroleum hub”. Agaléga est devenu un sujet tabou. Tout le développement que nous voulons faire, on nous dit non. Au contraire, on laisse mourir les cocotiers. Pourquoi laisser tout à l’abandon comme cela ? C’est qu’il y a un projet derrière. Et si ce n’est pas le cas, il faut qu’il y ait quelqu’un qui ait le courage de nous regarder dans les yeux et nous dire : non, il n’y a aucun projet ou alors, que c’est comme ça parce qu’il y a du mismanagement… Vous imaginez qu’on importe à peu près 300 000 à 500 000 noix de coco du Sri Lanka pour une fête comme le Maha Shivaratree, alors qu’on a 600 000 cocotiers à Agaléga ! Où est la logique ? Les Agaléens ne sont pas bêtes. Aujourd’hui, ils ont accès à Internet, ils savent tout. C’est un peu comme dans le passé, on disait les gens de la ville et de la campagne. Aujourd’hui, il n’y a pas de gens de la campagne. Ils ont tout comme tout le monde. Avant, on pensait qu’il y avait deux catégories de citoyens. Et puis il y avait les Ilois, la quatrième catégorie. On dirait qu’ils ne sont au courant de rien. Mais aujourd’hui ce n’est pas le cas. On ne peut les faire avaler n’importe quoi.

Il y a eu récemment le cas de ces deux malades, qui n’ont pu être transportés à Maurice. Avez-vous eu des explications concrètes à cela ?

Il a été dit à un moment donné que le Dornier est en panne, c’est pour cela qu’on n’a pas pu les récupérer. Ce n’est pas une raison. Le Dornier est parti pour Agalega le lundi matin pour aller chercher des employés de l’aviation civile qui étaient là-bas pour un travail. Et puis, on leur a dit, qu’il y avait un malade, pourquoi ne pas le transporter ? Le pilote, à tort ou à raison, a dit que ce n’était pas prévu et il est parti. Le soir, le responsable de l’hôpital a déclenché un “emergency sanitaire”. Si une telle urgence est lancée lundi, et que l’avion a un problème, celui-ci ne pourra pas partir, pour X raison, il y a obligation de trouver une alternative. Il ne faut pas attendre un “sit-in”général dans l’île le jeudi pour trouver la formule des Seychelles. Il faut aussi savoir que la formule des Seychelles est fréquente. Ce n’est pas la première fois que ça arrive. Mais on aurait pu le faire plus tôt. Surtout qu’il y a un des malades qui a eu besoin d’une intervention. L’impression que les gens ont, c’est que c’est parce qu’il s’agissait d’Agaleens que l’avion n’est pas retourné. S’il s’agissait des gens du service civil qui étaient dans l’île, qu’est-ce qu’on aurait fait ? Si pa zot bann, lot bann, so bann… on aurait envoyé l’avion. À tort ou à raison. On leur donne tout le temps l’impression qu’il n’y a rien qui est fait pour eux. Forcément, il y a cet aspect des choses qui entre en jeu.

Vous voulez dire que les Agaléens sont frustrés ?

Oui, ils sont frustrés. Ils sont même au bord de l’implosion. J’étais étonné d’entendre dire qu’ils ont déclenché un “sit-in” car ce n’est pas dans leurs habitudes. C’est un peu comme à Maurice, les Mauriciens aussi commencent à être frustrés, à en avoir ras le bol qu’on les prenne pour des imbéciles. C’est comme si une fois que vous avez voté, on vous dit au revoir, on se revoit dans cinq ans. Entre-temps, tout ce que je fais, c’est bon et vous, vous vous taisez. Mais ça ne se passe plus comme ça. Plus ça va, plus les gens commencent à descendre dans la rue. Avec les réseaux sociaux, il y a eu le printemps arabe. Si vous voyez des gens dans la rue en train de protester contre la pêche à la baleine, c’est que ça a commencé sur les réseaux sociaux, pareil. Le nœud de l’histoire pour moi, c’est la communication. Ce gouvernement-là ne communique pas. Quand vous posez une question, soit vous avez une réponse insultante : « ou sa pa regard » ou « we are government », des choses comme ça. Le citoyen n’a-t-il pas le droit de savoir ? Aujourd’hui, on ne va plus tolérer des choses comme cela.

Propos recueillis par Géraldine Legrand